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La transformation numérique réduit le rôle des intermédiaires dans la relation entre les utilisateurs et les produits ou services. En particulier, l’accès à la connaissance, facilité et accéléré, est étendu à des informations précises sur des sujets très pointus. Cette évolution change également le rôle de l’enseignant qui doit désormais préparer les apprenants à embrasser ces transformations. Pour cela, il doit s’appliquer à lui-même les principes qu’il enseigne.

© Fotolia

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Personnalisation, désintermédiation et économie d’échelle
Dans tous les secteurs : les intermédiaires souffrent de la révolution numérique. Dans les médias, les producteurs sont mis de coté par la possibilité pour les artistes de s’adresser directement à leur public. Les journalistes sont en concurrence avec toutes sortes de sources d’information. Les grands distributeurs avec les « pure players » comme Amazon ou Ebay… S’il est possible d’avoir un produit apparemment équivalent plus rapidement et  pour moins cher, pourquoi s’en priver ?
La pertinence de l’offre numérique est également un atout ! Netflix et Amazon, pour ne citer qu’eux, sont les spécialistes lorsqu’il s’agit d’identifier les goûts de leurs utilisateurs afin de leur recommander les offres et les produits qui leur conviendraient le mieux.
Le numérique touche tous les secteurs et promet une instantanéité, une pertinence et une disponibilité inégalées. Les services en ligne, grâce à un marché mondial, peuvent toucher directement des millions d’utilisateurs potentiels. Les acteurs du web peuvent ainsi bénéficier d’économies d’échelle qui leurs permettent de proposer des prix défiant toute concurrence.
Plutôt que de chercher à battre les offres numériques sur ces terrains, les acteurs de « l’ancien monde » doivent prendre acte de cette révolution : l’accepter, l’embrasser et s’adapter. L’ESSEC et l’Ecole Centrale Paris forment leurs étudiants à ces réalités. Et dans ce nouveau système d’enseignement, s’appliquent à elles-mêmes les leçons qu’elles transmettent. Mais que peut faire l’enseignant
pour s’adapter à ce raz-de-marée numérique ?

 

Comment l’école doit prendre acte de ces changements ?
Les MOOCs (cours en ligne massivement ouverts) sont maintenant monnaie courante. C’est le moyen idéal pour avoir une courte introduction sur un sujet, qu’il soit grand public ou très pointu. Et il offre désormais la possibilité de suivre des programmes complets, portant sur un domaine d’expertise dans son ensemble.
La désintermédiation et la personnalisation de l’apprentissage permettent à l’étudiant d’accéder à des programmes sur mesure. Il a des lacunes dans un domaine ? Pas de problème : il peut suivre un MOOC spécifique. Il réussit très rapidement certain tests intermédiaires ? S’il valide des « pré-requis », il pourra avancer plus rapidement dans le programme pour éviter qu’il ne se lasse…
Les économies d’échelles naturelles liées au numérique permettront également d’offrir des mises à niveau et des introductions professionnalisantes aux employés ou aux demandeurs  d’emploi. C’est une opportunité d’autant plus  intéressante que la population active mondiale – actuelle ou future – aura besoin d’une quantité considérable de formations pour s’adapter aux transformations toujours plus rapide de nos sociétés. Il est donc plus que temps de s’en saisir !
Avec le numérique, les contraintes liées au nombre d’étudiants ou à la présence physique disparaissent. Des centaines de milliers de personnes peuvent suivre ces cours en ligne, sans en  augmenter le coût ni en diminuer la qualité.
En s’affranchissant de la contrainte de la présence physique l’éducation peut aussi aller à la rencontre de certaines populations (mobilité réduite,  déplacements chers ou impossibles) qui en étaient jusque là exclues. Loin de séparer, le  numérique peut être un facteur de rapprochement et de diversité sociale.
Le rôle du professeur se transforme. Il n’enseigne plus de matière dont l’apport académique pourrait être disponible par ailleurs sur Internet, mais se concentre sur sa valeur ajoutée. Il hiérarchise l’information, propose des séances interactives de questions/réponses, et surtout conçoit le programme lui-même afin de garantir la qualité et l’excellence de la formation. Il est toujours passeur, mais il devient aussi organisateur et animateur.

 

Il faut s’astreindre à ce que l’on professe ! L’école doit elle aussi prendre acte de la révolution numérique
Le numérique n’est pas un danger ni une fin en soi. C’est une opportunité et un moyen de mieux faire notre métier. C’est aussi un enjeu social puisqu’il permet de faire évoluer le processus d’apprentissage dans son ensemble en proposant tout à la fois des programmes plus adaptés, plus personnalisés et moins couteux.

 

Par Nicolas Glady,
professeur titulaire de la Chaire Accenture Strategic Business Analytics, et Directeur du Centre pour le
Business Digital de l’ESSEC
et Nikos Paragios

Professeur des universités, Membre Senior de l’institut Universitaire de France et Directeur du Centre pour la Vision Numérique de CentraleSupelec

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