De gauche à droite : Amin Fehri, trésorier du Club Finance Philipp e Watrin, membre du Club Finance Viphone Rathikoun, membre du Club Finance

De gauche à droite : Amin Fehri, trésorier du Club Finance Philipp e Watrin, membre du Club Finance Viphone Rathikoun, membre du Club Finance

Le microcrédit se développe en France, pionnier européen en la matière, depuis une vingtaine d’années sous l’impulsion d’institutions privées et tout particulièrement de l’Association pour le Droit à l’Initiative Economique (ADIE). Il permet d’amener de la fraîcheur dans un système bancaire qui peine à relancer l’économie. L’une des principales entraves au bon développement d’une entreprise reste en effet le refus de financement bancaire. Un individu ou une entreprise peut se voir refuser un crédit même si elle est prête à payer un taux d’intérêt élevé. Ce phénomène, désigné sous le terme de « rationnement du crédit », reste difficile à évaluer, puisque demande et offre de crédit ne sont pas directement observables.
Cette inefficacité du marché se produit dès lors que les banques ne sont pas capables d’identifier parfaitement les caractéristiques de leurs clients et ne peuvent donc pas tarifer correctement le crédit au regard du risque. En offrant un tarif moyen indifférencié à une catégorie d’emprunteurs, les banques attirent principalement ceux dont le risque est supérieur au niveau moyen. Rehausser le tarif ne suffit pas à casser ce cercle vicieux. Ce phénomène, qualifié d’«anti-sélection», peut conduire les banques à se retirer du marché. On parle alors de « credit crunch ».
Dans de telles circonstances, le microcrédit peut se révéler salutaire. Il conviendra de distinguer deux types de microcrédit : le professionnel et le personnel. Le microcrédit professionnel, apparu il y a une vingtaine d’années en France, consiste en un prêt destiné à la création (parfois le développement, reprise) de l’entreprise.Le microcrédit personnel, qui n’a émergé que récemment en France, est lui destiné à l’insertion économique de l’emprunteur (exemple: achat d’une voiture ou ordinateur qui facilitera l’accès de l’emprunteur à l’emploi). Ces deux formes de microcrédit un possible tremplin vers l’emploi, et par conséquent vers le crédit traditionnel. En France, les prêts de microcrédit concernent des montants allant jusqu’à 10 000 €. 1En moyenne, les emprunts faits à l’ADIE sont d’environ 4000 € avec un taux d’impayé de 2,5 % et un taux d’insertion des personnes financées de 79 %. Ce sont là des résultats plus qu’honorables. Un rapport2 de l’Inspection Générale des Finances, publié en décembre 2009, estime ainsi à 48 000 le nombre d’emplois créés ou maintenus grâce au microcrédit en 2008.
L’impact positif du microcrédit sur l’emploi est donc réel et mesuré. Cependant, d’après un rapport3 publié par l’Observatoire de la microfinance fin 2010, 60% de ces emplois issus du microcrédit sont des CDD ou des postes d’intérimaires, « ce qui peut entrainer une certaine instabilité de nature à compliquer le remboursement du crédit ». Dès lors que des imperfections de marché contraignent l’accès au crédit, il paraît raisonnable d’envisager une intervention de l’État afin d’en limiter les effets. Et ce d’autant plus que le coût du soutien d’entreprises ou de travailleurs par le microcrédit est inférieur au coût de l’inactivité qu’il permet d’éviter. Au premier abord, le plus approprié (choisi par l’Etat français) consiste à garantir une partie des prêts bancaires. Ceci peut prendre plusieurs formes: l’Etat peut inciter les banques à leur réserver des ressources spécifiques pour se financer (« prêt fléché »), ou à accorder des conditions de crédit plus favorables que celles du marché (« prêt bonifié »).
Un des revers de cette solution est qu’elle semble rendre les banques plus enclines à accepter des prêts risqués sans suivi régulier des dossiers et sans accompagnement réellement efficace de l’emprunteur dans son projet. Or, les études expérimentales ont montré que cet accompagnement était recommandable voire nécessaire pour l’emprunteur. Peut-être faudrait-il alors, comme le préconise 4Anastasia Cozarenco et comme le fait déjà l’Etat belge, que l’Etat ne rembourse plus les prêts impayés, mais prenne par contre en charge l’intégralité des frais d’accompagnement et de suivi des emprunteurs. L’incitation des banques à effectuer un suivi approfondi de leurs clients et à leur apporter leur aide lorsque nécessaire serait en effet dès lors beaucoup plus grande. Et l’efficacité du microcrédit en tant que tremplin vers l’emploi s’en trouverait renforcée.

 

1 Rapport annuel de l’Adie 2010 : http://www.adie.org/ espace_presse_et_etudes/rapports_annuels
2 http://www.minefe.gouv.fr/services/rap10/ 1003rapmicrocredit.pdf
3 http://www.european-microfinance.org/data/file/news/ rapport-annuel-2010-de-l-observatoire-de-la-microfinance. pdf
4 COZARENCO Anastasia. «Les outils de la micro finance : leurs impacts, leur pérennité et leur efficacité ». Thèse encadrée par R. Bourlès et D. Henriet, de l’ECM. Janvier 2012.

 

Amin Fehri, trésorier du Club Finance
Philipp e Watrin, membre du Club Finance
Viphone Rathikoun, membre du Club Finance

 

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