ESSEC

 

D’où vient le microcrédit ? Pourquoi s’est-il développé dans les sociétés occidentales ? Quels sont les enjeux du microcrédit en temps de crise ?

 

François Longin

François Longin

 

Le microcrédit : une innovation financière  importée des pays pauvres.
Qui n’a pas entendu parler du microcrédit ou de la micro-finance ? Introduit ou du moins popularisé par le très médiatique Muhammad Yunus, entrepreneur et professeur d’économie au Bengladesh, fondateur de la Grameen Bank « la banque des pauvres », Prix Nobel de la Paix en 2006, cette partie du secteur financier a permis dans de nombreux pays d’aider la frange la plus pauvre de la population en leur apportant un soutien financier pour développer leur activité,  retrouver leur liberté économique, et leur  dignité humaine. Mais qui aurait pu croire quand Yunus lança le microcrédit dans  le pays le plus pauvre au monde il y a près  de 50 ans que cette innovation financière soit importée dans les pays occidentaux les plus riches de la planète ?

 

Analyse économique  du microcrédit
Pour les personnes les plus pauvres qui  souhaitent un financement pour démarrer ou développer leur activité, le recours au  financement extérieur comme le crédit est le plus souvent alors la seule solution car elles ne disposent pas de patrimoine et la totalité de leurs revenus ou presque est consommée et ne peut être épargnée pour entreprendre des projets dans le futur. Mais pourquoi le système bancaire traditionnel ne joue pas son rôle de financement dans ce cas ? Cela vient sans doute de la faible rentabilité de  ce type d’opérations pour les banques vu les faibles montants prêtés, ou du manque de solvabilité de ce type d’emprunteur.

 

Les enjeux du microcrédit dans le contexte de crise  aujourd’hui
Les institutions de micro-finance (IMF)  doivent depuis leur création trouver le bon compromis entre leur objectif social -aider les plus pauvres à s’en sortir économiquement- et leur objectif financier -assurer l’équilibre financier de l’institution ou faire  du profit selon le statut de l’IMF. Nul doute que la crise mettra sous tension ces institutions pour maintenir un bon équilibre entre les deux objectifs.
La crise a entrainé une forte hausse du  chômage et les perspectives de retrouver un emploi dans le futur proche sont incertaines. Pour les personnes ayant le goût de l’entreprise, une alternative est alors la création  de leur propre activité. La situation économique actuelle pourrait donc augmenter  la demande de microcrédits et renforcer le développement de l’activité des IMF avec peut-être l’apparition de nouveaux entrants. La crise économique atteint aussi les micro-entreprises déjà créées. En pratique, cela peut correspondre à une baisse de leur chiffre d’affaires ou encore au non-paiement de certains clients eux-mêmes en difficulté. Ces difficultés économiques impliquent alors des difficultés financières pour les micro-entreprises. En temps de crise, les IMF doivent donc faire face à une hausse de leur taux de défaut de la part des emprunteurs. Du côté de l’offre, un tel taux de défaut peut remettre en cause l’équilibre financier de bien des  institutions et on peut s’attendre à des regroupements au sein du secteur. Devant les cas de non-remboursement  de crédit plus nombreux, chaque IMF  devra sans doute se poser la question  du (re)positionnant de son curseur sur l’axe social/financier.

 

Simulations SimTrade
SimTrade est un outil pédagogique sur les marchés financiers. A base de simulations de trading, il vous permet de  comprendre les marchés financiers et d’apprendre à intervenir sur les marchés. SimTrade est gratuit et ouvert à tous. La simulation Mini-crédits Maxi-profits met en scène la société Yuneo qui est la première institution de micro-finance cotée en Bourse suite à une opération de members buy-out (MBO). Cette simulation vous apprendra quels sont les facteurs économiques et financiers qui affectent la valeur d’une telle institution. Le conflit entre l’objectif social et l’objectif financier est aussi un thème abordé dans cette simulation.

 

Par François Longin,
Professeur de finance  à l’ESSEC