Grenoble Ecole de Management

 

La double compétence est un atout pour une insertion réussie dans le monde de l’entreprise

Amir Arsia-Aslani professeur à Grenoble Ecole de Management

Amir Arsia-Aslani professeur à Grenoble Ecole de Management

Les entreprises de haute technologie se caractérisent par un profil industriel spécifique qui les différencient sur de nombreux aspects de la PME traditionnelle. Ces entreprises, qui occupent une position centrale dans les économies fondées sur la connaissance en assurant la jointure entre les progrès techno-scientifiques et les capacités de mise sur le marché détenues par les grandes firmes, se particularisent notamment par le profil des fondateurs (des scientifiques), par le mode de financement de leur activité (faible recours à l’endettement faute de garanties certaines), par la structure du capital (dominée par un actionnariat de référence, en particulier des capital-risqueurs), par l’objet de leur création qui repose sur l’innovation, par les incertitudes technologiques porteuses de risques de destruction de compétences et d’obsolescence des processus d’innovation, par l’importance du coût des projets technologiques qui les contraint à mutualiser la recherche en s’insérant dans des réseaux de complémentarité et de partage et par les fortes incertitudes environnementales multiformes (concurrence, réglementation, …). L’exemple des entreprises innovantes dédiées aux biotechnologies est très symptomatique au sens où elles connaissent un taux de mortalité des projets technologiques avoisinant les 70 % et dont la trajectoire est jalonnée de multiples risques de nature technologique, éthique, financière, réglementaire, commerciale, marketing, … Ces traits caractéristiques rendent complexe le management de l’innovation au sens où elles exigent du scientifique – entrepreneur des capacités managériales en confortement de leur excellent niveau technique. La double compétence est une exigence fondamentale dans ce type d’entreprise, car « la réussite d’une innovation dépend de l’envie et de la capacité du détenteur de cette idée à la vendre et à entreprendre » (Rapport de l’Institut Montaigne, 2011 ; le Monde, 2012). La pratique nous révèle malheureusement que l’une des causes de difficultés, voire de mortalité, des entreprises de haute technologie est due à une insuffisante appréhension par les scientifiques – entrepreneurs des enjeux économiques, financiers, voire stratégiques, de l’entreprise. Cette insuffisance explique aussi pourquoi dans les entreprises de haute technologie, où le financement de l’innovation fait appel à des capital-risqueurs à l’amorçage et aux marchés financiers en phase de croissance, le scientifique – entrepreneur est écarté par le marché financier de la direction de l’entreprise dès la phase de croissance. Les actionnaires en visant la création de valeur s’écartent en effet du Business Model initial orienté innovation en favorisant un modèle ouvert qu’ils confient souvent à des managers professionnels. Dans ce contexte, le scientifique – entrepreneur perd sa position initiale et donc souvent le contrôle de son entreprise. Cette lacune est aujourd’hui prise en charge par de nombreuses institutions d’enseignement supérieur (écoles d’ingénieurs, grandes écoles de commerce, universités) en favorisant le double profil de leurs élèves. La formation d’ingénieur est souvent articulée avec un parcours en management, destinée à permettre à de futurs fondateurs de start-up (et à de futurs managers dans des grandes entreprises) d’acquérir des compétences en finance d’entreprise, en finance de marché, en comptabilité, en marketing, en stratégie, en droit… C’est le cas notamment de Grenoble Ecole de Management, de Centrale Paris, de Télécom Bretagne, d’Audencia et de Centrale Nantes.
Grenoble Ecole de Management a développé de nombreux programmes permettant la double compétence soit en interne, soit en partenariat avec des écoles d’ingénieurs et des universités.
C’est le cas de l’Advanced Master of Biotechnology & Pharmaceutical Management mis en place en 2002 en partenariat avec l’Université Joseph Fourrier (UJF). Ce Master, très riche en contenu, recrute notamment des étudiants titulaires d’un diplôme en science de niveau Bac +5 et Bac +8 en chimie, en biochimie, en biologie, en pharmacie, en médecine… en vue de suivre une formation en management permettant la double compétence. Il permet également l’accès à des étudiants issus de cursus économiegestion à une spécialisation en management des entreprises de haute technologie.

 

Par Nacer Eddine Sadi et Amir Arsia-Aslani
Professeurs à Grenoble Ecole de Management