La Chaire Innovation et création d’entreprises dans la communication et les médias organisait le 9 décembre les 5e Entretiens du CELSA sous la houlette de son professeur titulaire Yves Jeanneret. Sur le thème « Le débat en question », Laurence Monnoyer-Smith, vice-présidente de la CNDP (Commission nationale du débat public), Godefroy Beauvall et, directeur du fonds AXA pour la recherche et Robert Damien, professeur en philosophie à l’université Paris-Ouest Nanterre-La défense, nous ont éclairés sur son lien avec la légitimité et l’autorité.

Table ronde de g. à d. : Laurence Monnoyer-Smith vice-présidente de la CNDP, Godefroy Beauvallet directeur du fonds AXA pour la recherche, Yves Jeanneret professeur au CELSA, Robert Damien professeur en philosophie à l’université Paris-Ouest Nanterre-La défense.

Table ronde de g. à d. : Laurence Monnoyer-Smith vice-présidente de la CNDP, Godefroy Beauvallet directeur du fonds AXA pour la recherche, Yves Jeanneret professeur au CELSA, Robert Damien professeur en philosophie à l’université Paris-Ouest Nanterre-La défense.

Une norme de la démocratie
« Dans nos sociétés, débattre relève de l’évidence voire de l’injonction, constate Yves Jeanneret. La parole est donnée à tous et en toutes circonstances. » En démocratie, chacun a le droit à s’exprimer ; mais trop de débat tue le débat et finit par effacer la posture d’autorité, met en question la légitimité des savoirs et du pouvoir.

 

Débattre pour ne pas tuer
« Pour Socrate la démocratie est la foule idiote des opinions, explique le professeur Damien. Chacun est dominé par ses idées préconçues, n’arrive pas à atteindre un discours universel. La démocratie est fondamentalement conflictuelle. Dès lors, comment organiser la mise en question sans que cela dégénère en guerre ? » Par le débat.

 

« Le débat c’est un
peu comme essayer
de réunir les points
de vue de personnes côte-à-côte en haut d’une montagne : chacune a un point
de vue différent
sur la vallée ! »
Laurence
Monnoyer-Smith.

Débattre pour grandir
Le débat c’est donc arriver à transformer des désaccords, un processus pour faire émerger une autorité. « Personne n’incarne le bien, ne possède la vérité, l’autorité devenue est par là-même contestable, ajoute Robert Damien. La pire démocratie est la démocratie d’opinion car elle est déterminée par nos cultures symboliques, nos représentations. » Le débat permettrait donc de nous accroître d’un point de vue autre, de nous libérer de nos opinions.

 

Un exercice risqué mais essentiel
Le directeur du fonds AXA pour la recherche, Godefroy Beauvallet, a insisté sur l’importance de redonner écho à la parole du chercheur sur les grands risques sociétaux et économiques. « Nous cherchons à introduire la légitimité de sa parole dans l’espace public où il n’est pas toujours à l’aise. D’autant que le débat est parfois causé par la science elle-même et qu’il peut mener à des conflits, être instrumentalisé. » Le rôle de l’intellectuel n’est-il pas d’être reconnu dans son champ et dans sa capacité à exporter cette légitimité dans le débat ?

 

Débattre pour légitimer la décision
« La négociation est un compromis sur les valeurs, explique Laurence Monnoyer-Smith. La délibération reconnait la légitimité des valeurs exprimées et la possibilité d’exprimer un ordre de grandeur. » Le processus décisionnel implique d’arbitrer entre les normes et points de vue que chacun aura pu exprimer durant le débat. La CNDP parle de délibération pour donner un objectif au débat public et une place au citoyen dans le processus de prise de décision publique. « La légitimité de la décision passe par ce processus résultant d’une confrontation argumentaliste longue et sincère. » On en revient à l’idée qu’il est impossible de détenir la connaissance supérieure de ce qui est « bon » pour l’ensemble de la population. Deleuze décrit la consultation comme une organisation procédurale autour des points de vue qui permet de dégager un accord, asseyant ainsi la légitimité de la décision.

 

Entrer en mal
Pour Robert Damien, professeur de philosophie, un leader émerge s’il montre trois qualités :
1. L’intelligence instruite Le leader sait appliquer le savoir en situation de décision.
2. La lucidité judicieuse Le leader ne juge pas d’absolu. Il juge en action et dans l’action.
3. La continuité conséquente Le leader assume les conséquences de ses choix jusqu’au terme décidé en commun. « En démocratie, le leader est en débat, en discussion, mais il affronte toujours l’heure de vérité, d’exercer un droit exorbitant à être injuste au nom de la totalité. Il a légitimité à assumer cet acte souverain que Machiavel appelle : Entrer en mal. »

 

A. D-F

 

Contact : http://celsa-lesentretiens.blogspot.fr/