Entièrement conçu de manière écologique, le hameau des Buis, en Ardèche, est le premier écovillage de France. Une cinquantaine d’habitants y expérimentent une autre manière de vivre ensemble. Le vieux rêve des utopistes aurait-il enfin pris corps ?…

« Y’a plein d’enfants qui se roulent sur la pelouse. Y’a plein de chiens. Y’a même un chat, une tortue, des poissons rouges. Il ne manque rien… ». On dirait le sud, oui, et c’est vraiment bien. Cela fait maintenant trois ans que le hameau des Buis a surgi de terre, non loin de Lablachère, sur un plateau boisé d’Ardèche méridionale.
Tout commence en 1999, lorsque Sophie Rabhi, la fille du spécialiste d’agronomie biologique renommé Pierre Rabhi, devient mère, s’interroge sur l’avenir de ses enfants et décide de passer à l’action (voir encadré). 7 ans plus tard, en 2006, le chantier d’auto construction démarre. 1 500 bénévoles venus du monde entier viennent prêter main forte à la vingtaine de personnes qui se sont portées candidates pour vivre, ensemble, cette aventure écologique et humaine.

 

Ecololand
Habitat et matériaux écologiques (isolation à la paille), toilettes sèches, phyto-épuration, cultures maraîchères bios, élevage bio de poules, chèvres et cochons, c’est parti… Priorité est donnée à l’éducation : l’école de la Ferme ouvre donc en 2008, le collège suit en 2011 et en 2012, âgés de 7 à 82 ans, les habitants s’installent dans des logements allant du T1 au T4 (70 à 120 000 €). Six années de chantier au cours desquelles le rêve prend corps. Puis, chacun s’installe, on met en place l’organisation collective, l’intergénérationnel, « Ici, les retraités ne s’ennuient jamais ! ». Mais rien n’est fini, rien n’est gagné, bien au contraire !
Car toutes les expériences de vie collective menées à ce jour ont buté sur la dialectique individu-collectif. Le hameau des Buis ne fait pas exception. Pierre Rabhi avait prévenu : « Cet écovillage est d’intérêt général, mais l’expérimentation humaine y est presque plus importante que la concrétisation matérielle » : temps dévolu au collectif ou à soi (plusieurs doivent créer leur activité), bénévolat, implication dans le collectif, pratique du vivre ensemble (au sens propre !), mode de gouvernance… tant de choses doivent être définies, testées, validées. Pour que l’émotionnel « reste à sa place », un « cercle règles de communication non violente a été mis en place, chacun y exprime ce qui ne va pas, que cela sorte et qu’on puisse « grandir ensemble ».
Et cela marche… plutôt pas mal.

 

Une référence
Tant mieux, parce que s’il a vu le jour, c’est que le hameau répondait à une aspiration largement partagée. En conséquence, l’expérience attire nombre de curieux : « 2500 l’an passé, et cela ne cesse de croître ! ». En plus des visites, le hameau propose des formations sur la construction et la vie en écovillage, un gîte d’accueil est à l’étude. Là encore, il convient de trouver une solution viable, équitable. « Work in progress » comme on dit outre-Atlantique. « Après avoir essuyé pas mal d’orages et connu diverses crises de croissance, résume Sophie, nous sommes arrivés à une phase de stabilité ; nombre de questions restent à régler, mais plein de belles et bonnes choses se passent déjà ici ». Va savoir si, au hameau des buis, on ne pourra pas vivre « plus d’un million d’années.
Et toujours en été… »

 

Sophie Rabhi : celle par qui l’utopie est arrivée
« La maternité a levé en moi une prise de conscience : dans quel monde allais-je accueillir mes enfants ? Et surtout : que faisais-je moi-même pour leur offrir davantage d’espoir ? C’est là que j’ai décidé de créer la Ferme des enfants, chez mes parents, une école maternelle et primaire différente, inspirée entre autres de la pédagogie Montessori. Puis, un été, en voyant les enfants s’agglutiner autour de ma grand-mère clouée sur son fauteuil, l’évidence du lien intergénérationnel s’est imposée et le projet a évolué vers un habitat groupé, intergénérationnel, qui tacherait, de plus, de répondre à la question : comment vivre avec les ressources d’une seule planète ? Sachant qu’actuellement nous nous comportons comme si nous disposions de plusieurs… »

 

JB