« Je suis favorable aux développements d’alliances dès lors que cette action est créatrice de valeur et d’ambitions internationales »

 

Philippe Courtier

Philippe Courtier

 

 

Sur le directeur
Le fait de passer de la direction d’une école d’ingénieurs à une grande école de management constitue-t-il un challenge compliqué ?
Changer de direction constitue toujours un challenge personnel. On arrive dans une autre institution qu’il faut apprendre à connaître. Les enjeux sont de nature différente. Toutefois, passer d’une école d’ingénieurs à une école de management représente un virage moins important que de passer de la direction de Météo France à un établissement d’enseignement supérieur. La différence essentielle provient du domaine scientifique couvert qu’il convient de découvrir pour se l’approprier.

Qu’allez-vous apporter de plus du fait de votre formation d’ingénieur et de votre expérience?
Une entreprise réunit des personnalités dont les parcours professionnels différents s’enrichissent mutuellement. Ma formation initiale en 5 ans ne constitue qu’une partie de mon expérience. De nombreuses années de pratique en tant que scientifique et à des postes de direction générale m’ont permis de travailler dans des environnements variés et doté d’une vision stratégique. J’ai développé une sensibilité particulière à certains des grands enjeux actuels comme le changement climatique. Aujourd’hui, entreprendre dans un monde aux ressources finies constitue le véritable challenge. EMLYON a une responsabilité sociétale avec laquelle je suis totalement en phase.

 

Sur les rapprochements
Dans quelle stratégie globale se placent vos alliances avec l’ESC Saint Etienne et l’Ecole Centrale de Lyon ?
Notre alliance avec l’Ecole Centrale de Lyon nous permet de développer des projets communs mariant sciences et business qui nous enrichissent mutuellement. Avec l’ESC Saint Etienne, le projet s’inscrit dans une logique différente. Il s’agit de l’absorption de cette école par EMLYON afin de développer un programme Bachelor de premier rang international. L’ESC Saint Etienne va disparaître au profit du développement du campus Saint Etienne d’EMLYON. Il s’agit d’une opportunité pour les CCI de Lyon et de Saint Etienne – Montbrison, organismes de tutelle des deux écoles, de devenir créateur de valeurs dans le cadre de cette nouvelle dimension pédagogique.

Envisagez-vous d’autres axes de rapprochement avec des établissements étrangers ou plus éloignés géographiquement ?
Nous avons noué des accords d’échanges avec plus de 120 universités et business schools dans le monde ainsi que des partenariats forts et structurés avec des établissements étrangers autour de plusieurs formations. Le programme European Master in Management  (EMM) offre ainsi aux étudiants un triple diplôme EMLYON – Aston Business School (UK) et Ludwig Maximilians Universitat (Allemagne). Autre exemple, le Global Entrepreneurship Program est développé en partenariat avec Purdue University (USA) et Zheijiang University (Chine). Le développement du campus de Shanghai que 450 étudiants du Programme Grande Ecole rejoignent chaque année, constitue le fer de lance de notre action à l’international. Globalement, je suis favorable aux développements d’alliances dès lors que cette action est créatrice de valeur et d’ambitions internationales.

 

Sur les classements
EMLYON Business School a-t-elle encore une marge de progression dans les classements nationaux et internationaux ?
Si EMLYON Business School est déjà très bien classée au plan national et européen, nous avons toujours une marge de progression. Notre force est d’allier une base fondamentale solide à une grande capacité d’adaptation aux profondes évolutions pédagogiques et économiques en cours. Cela a certainement un impact sur notre relative stabilité dans les classements. Toutefois, les classements ne sont pas l’essentiel. L’excellence pédagogique et un accompagnement de haute qualité pour nos étudiants et nos anciens sont les premiers objectifs qui nous animent.

 

Sur les innovations pédagogiques
Comment un étudiant peut-il être à la fois acteur et moteur d’une nouvelle forme d’apprentissage ?
L’innovation pédagogique est un axe essentiel pour EMLYON qui a créé un poste de doyen dédié à cette thématique. Nous considérons que le mode traditionnel d’enseignement en cours magistral à l’oeuvre en France ces cent dernières années doit être complété par un renversement de la pédagogie, l’étudiant devenant demandeur d’apprentissage dans certaines matières. Le MSc in I.D.E.A. (Innovation, Design, Entrepreneurship & Arts) que nous avons initié en partenariat avec l’Ecole Centrale de Lyon s’appuie sur de nouvelles formes d’apprentissage pluridisciplinaires décloisonnant les savoirs. C’est cette approche novatrice qui nous a valus d’êtres sélectionnés pour ce projet l’an dernier dans le cadre des IDE FI (Initiative D’Excellence en Formations Innovantes). Nous sommes convaincus que la diversité est une source de richesse pour l’entreprise. C’est pourquoi nous avons fait le choix d’ouvrir le MSc in I.D.E.A. à des étudiants d’une grande diversité de parcours, avec notamment dans cette première promotion, trois étudiants intégrés via l’Institut du Service Civique et je remercie Martin Hirsch et Claire de Mazancourt pour le partenariat que nous avons pu nouer.

 

Sur la vision stratégique
Quels sont vos axes stratégiques-clés ?
Nous sommes dans une phase de réflexion stratégique qui se fonde sur trois axes.
• La première mission d’une école comme EMLYON consiste à se mettre au service de la compétitivité des entreprises, que ce soit au travers de la formation initiale, de la formation continue, de la recherche, de la participation au débat public ou de la diffusion de connaissances dans l’ensemble de la société. EMLYON entend prolonger cet engagement dans les secteurs clés pour la société que sont notamment la santé, les biotech et les clean-tech.
• L’Ecole peut apporter son savoir-faire dans ces domaines notamment en matière de marketing de l’innovation ou de management interculturel et contribuer à l’émergence de nouveaux marchés. Le décloisonnement des savoirs que nous mettons en place grâce à notre approche partenariale constitue une vraie réponse aux enjeux de notre économie en pleine transition.
• L’autre enjeu majeur pour notre école est de poursuivre et renforcer son engagement en faveur d’une plus grande accessibilité des jeunes à l’enseignement supérieur. C’est notamment la vocation de la Fondation EMLYON Entrepreneurs pour le Monde qui attribue annuellement 400 000 euros de bourses aux étudiants ou du programme d’ouverture sociale Trait d’Union Multicampus Multiquartiers. Depuis 2006, les étudiants impliqués dans ce programme ont accompagné plus de 1500 lycéens scolarisés dans des quartiers défavorisés leur ouvrant l’accès à l’enseignement supérieur.

Allez-vous privilégier la recherche ou l’entrepreneuriat ?
Nous menons les deux de front en mettant en oeuvre au quotidien notre mission, former des entrepreneurs pour le monde. L’incubateur d’EMLYON est le premier incubateur d’école en France avec plus de 800 entreprises et plus de 10 000 emplois directs créés, 85 % des entreprises survivant au-delà de cinq ans. J’ajoute que notre laboratoire de recherche est évalué « A » par l’AERES.

 

Sur l’international
Votre forte implantation régionale n’est-elle pas un frein au développement international de l’école ?
Avoir un fort ancrage territorial constitue au contraire un atout pour le développement national et international.

 

EMLYON nouveau partenaire de l’IMM Global Executive MBA
En octobre, EMLYON a rejoint l’International Masters of Management (IMM) aux côtés de Purdue University (Etats-Unis), TiasNimbas Business School (Pays-Bas), CEU Business School (Hongrie), GISMA Business School (Allemagne) et de deux autres nouveaux entrants, FGV Rio (Brésil) et Tianjin University (Chine). Lancé il y a 20 ans par Purdue, ce global executive MBA est régulièrement classé par le Financial Times parmi les meilleurs MBA. Les participants suivent le programme sur trois continents (Amérique, Europe, Asie), via cinq modules de 15 jours, dans six pays différents, complétés par un dispositif de distance learning. A l’issue de la formation, ils obtiennent un double diplôme : celui de Purdue et celui de l’établissement partenaire qui les a recrutés. EMLYON accueillera la promotion 2013/2014 sur son campus d’Ecully en juin.

 

Patrick simon