L’Ecole Spéciale des Travaux Publics forme des ingénieurs qui déclineront partout dans le monde des projets variés, notamment des projets aussi somptueux et complexes que le viaduc de Millau, les centrales nucléaires nouvelle génération où les habitats écologiques de demain. Par son efficience exceptionnelle, l’ESTP constitue l’une des clés de la formation et de l’innovation qui générera la croissance de demain en matière de développement durable. Florence Darmon, son Directeur Général, nous révèle l’identité de cet établissement.

 

Florence Darmon, Directeur Général de l’ESTP

Florence Darmon, Directeur Général de l’ESTP

Sur quoi repose votre devise « l’ESTP, l’Ecole des grands projets » ?
Notre devise couvre trois dimensions. Tout d’abord, « grands projets » ne signifie pas forcément projets coûteux. Pour nous, les grands projets sont ceux qui répondent aux grands enjeux de la société. De plus, il n’y a plus de projet simple car chaque projet recèle de plus en plus de complexité technique. Enfin, les projets professionnels personnels de nos étudiants constituent également une priorité.

 

La crise et la baisse des commandes publiques qui en résulte, peut-elle affecter le BTP et par la suite, le recrutement de l’ESTP ?
Nous constatons que le BTP et la construction au sens large n’ont pas subi la crise qui a débuté en 2008, nos étudiants n’ayant aucune difficulté à trouver un premier emploi. Les carnets de commandes des entreprises sont pleins à 3 ans. Par exemple, SPIE, prévoit de passer de 29 000 collaborateurs à 35 000 en 2015. Selon « les Echos », le secteur du BTP devrait créer 71 000 emplois d’ici 5 ans malgré une baisse des commandes publiques. Nous remarquons que la construction de logements ou leur réhabilitation représentent une mesure phare dans les programmes des candidats à la présidentielle. L’avenir est donc encourageant car tous les indicateurs sont rassurants.

 

Comment attirer un public encore plus féminin vers les métiers du BTP ?
Le problème relève avant tout de l’attractivité du secteur scientifique. Les journalistes ont un rôle primordial à jouer car, s’ils évoquent souvent les projets financiers ou les gains en bourse, ils abordent très peu les projets techniques alors que nous vivons au quotidien entourés de produits conçus par des ingénieurs. Si notre effectif compte aujourd’hui 25 % de jeunes filles, nous nous employons à en attirer d’autres en favorisant l’information sur les réseaux entre jeunes. Nous envoyons régulièrement nos élèves, notamment les filles, dans leurs anciennes prépas lors des journées « portes ouvertes ». Attirer des filles passe aussi par la communication dans les entreprises, qui s’occupent aujourd’hui davantage d’accompagner les carrières des femmes et trouvent des solutions pratiques concernant notamment la gestion de la phase maternité.

 

Où trouverez-vous les moyens financiers de développer la recherche et l’innovation pour affronter les défis urbanistiques de demain ?
En matière de recherche, nous nous appuyons sur les entreprises et la recherche publique. Dans ce cadre, nous travaillons avec le PRES Paris-Est et d’autres universités. Si nous avons créé une fondation qui nous permettra, par la défiscalisation, de drainer plus d’argent en provenance des entreprises, nous allons également définir nos besoins de développement avec elles, ce qui les incitera à nous aider, soit financièrement, soit par apport en équipement. Concernant le nucléaire, nous avons intégré à la construction et à l’exploitation, la dimension « déconstruction » et nos étudiants sont formés à participer à la rénovation du parc existant.

 

Comment préparez-vous vos élèves au management ?
Nous avons coutume de dire qu’un bon ingénieur est avant tout un bon manager. Il faut savoir encadrer des équipes et gérer des projets dans leur globalité. 1/3 de nos formations traite de la technique, 1/3 du management et 1/3 de la communication. La meilleure formation en management étant la pratique, nos étudiants effectuent 8 mois de stage en entreprise et 95 % de nos professeurs sont des professionnels. J’ajoute que les cinquante associations étudiantes présentes sur le campus ESTP sont aussi très formatrices sous l’angle gestion de projet.

 

Une fusion comme celles qui se pratiquent aujourd’hui dans les grandes écoles d’ingénieurs et de commerce est-elle en préparation aujourd’hui ?
Pour l’heure, nous renforçons nos partenariats sans envisager de fusion car nous sommes la 2e plus grande école en France derrière les Arts et métiers. En effet, nous diplômons 750 jeunes par an. Si cette taille nous permet de bénéficier d’une certaine assise, cela ne nous empêche pas de conclure des partenariats avec le PRES, une école d’architecture et plusieurs business school dont HEC Paris, Sciences Po et l’EDHEC, dans le cadre de cursus fléchés réservés à nos étudiants.

 

Quel est votre plus grand challenge pour l’ESTP ?
Conserver notre label comme étant l’école française de la construction au sens large. Un jeune sur trois, embauché dans ce secteur, vient de l’ESTP, ce qui signifie que nous marquons le paysage. Nous travaillons à conserver ce positionnement de leader.

 

Votre stratégie !
Le projet de l’établissement repose sur trois grands axes de développement. D’abord, la diversité, car il existe du potentiel dans toutes les catégories de la population. Nous développons ainsi les admissions parallèles pour donner aux Bac+2 la chance d’intégrer l’école en créant pour la rentrée de septembre 2012 une nouvelle filière par apprentissage « Génie énergétique de la construction durable ». Deuxième axe, nous développons des enseignements de haut niveau reconnus à l’international en invitant des professeurs étrangers très renommés. Nous souhaitons également recevoir davantage d’étudiants étrangers en offrant des enseignements en anglais. Enfin, nous entendons disposer de laboratoires à l’avant-garde des technologies en anticipant les besoins des entreprises. Ainsi, notre laboratoire « Electricité, acoustique, électronique », pourrait se transformer en « Génie énergétique ».

 

Etre une femme à la tête de la plus grande école de formation de cadres du BTP relève-t-il de l’exception culturelle française ?
Si l’on trouve peu de femmes à la tête des écoles d’ingénieurs, c’est parce que les directeurs, âgés aujourd’hui de 40 à 60 ans, ont été formés il y a 30 ans, époque où les filles représentaient 5 % des effectifs des écoles d’ingénieurs. Nous héritons de notre passé, mais avec 25 % de jeunes filles aujourd’hui dans nos effectifs, le cercle vertueux est en marche.

 

Votre positionnement dans les classements comparatifs des grandes écoles est très flatteur. Existe-t-il encore une marge de progression ?
D’autres écoles nous devançant, il existe forcément une marge de progression. Nous devons prendre la mesure de nos limites et de nos atouts pour améliorer notre position. Au nombre de 40 000 dont 25 000 encore en activité, les anciens de l’ESTP favorisent son image. Toutefois, notre budget étant limité à 22 millions € /an, nous disposons d’un nombre de permanents réduits pour mettre en oeuvre une communication efficace car nous utilisons notre argent en priorité pour moderniser l’école. Par comparaison, les Arts et Métiers qui bénéficient d’un budget de 100 millions €/an, forment tout juste 40 % de plus d’ingénieurs que nous. De fait, avec des moyens aussi limités et malgré notre efficience, il est difficile d’avancer plus vite que les autres.

 

Comment vous situez-vous face à la concurrence des établissements de formation à l’international ?
Même si les destinations prioritaires des étudiants étrangers sont plutôt Berkeley ou Boston, nous sommes bien positionnés. En effet, nous sommes reconnus grâce aux étudiants-émissaires que nous envoyons régulièrement dans les établissements partenaires, ce qui favorise le rayonnement de l’école. Si nous nous comparons à des départements d’universités étrangères qui travaillent dans le même domaine, nous formons souvent plus d’étudiants que ces départements, notamment au niveau « graduate ».

 

Comment aimeriez-vous que votre école soit perçue par les meilleurs élèves des classes prépas ?
Notre attractivité provient de l’aspect concret des métiers auxquels nous formons nos élèves, malgré le côté « gadoue » qui perdure dans l’esprit du public. Nous voulons être reconnus à travers les projets très techniques mais aussi esthétiques que nous réalisons (Infrastructures, habitat). Nous nous situons en plein coeur des projets sociétaux liés à l’environnement, à la construction durable et à l’efficacité énergétique. Enfin, dans le monde du BTP, il existe une fraternité qu’on retrouve peu dans d’autres métiers.

 

Patrick Simon