Ancien directeur de l’INT et président de la Conférence des Grandes Écoles, Christian Margaria a rejoint le monde ministériel en 2009 comme conseiller spécial pour l’enseignement supérieur du Commissaire à la Diversité et à l’Égalité des Chances, Yazid Sabeg . Il est depuis octobre 2012 conseiller spécial formation et enseignement supérieur auprès du Délégué Interministériel à la Lutte Contre le Racisme et l’Antisémitisme (DILCRA). Il nous présente le plan d’action pour les écoles, collèges, lycées, grandes écoles et universités décidé par le comité interministériel de lutte contre le racisme et l’antisémitisme qui s’est réuni fin février .

Quand a été créée la DILCRA et avec quelles missions ?
La fonction de délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme a été créée en février 2012 puis confiée au préfet Régis Guyot. Il oriente sa mission autour de 3 axes :
• Coordination de l’action quotidienne de l’État aux côtés du Premier ministre et des membres du gouvernement,
• Écoute et alerte, pour relayer au gouvernement les préoccupations des acteurs de la société civile,
• Impulsion et mise au point d’initiatives nouvelles avec l’ensemble des acteurs concernés.

 

Quelle est votre mission auprès de Régis Guyot ?
Je suis son conseiller sur ce qui touche à l’éducation et à la formation, de la maternelle au supérieur, et en matière de formation initiale et continue des acteurs de l’État. Je lui apporte ma connaissance de la chaine éducative et la capacité à activer, au service de notre mission, les réseaux correspondants

 

« L’ambition est de travailler aujourd’hui sur l’ensemble de la chaine éducative pour que les choses aient réellement changé dans 25 ans et que le mot racisme n’existe plus ! »

LES COMPORTEMENTS RACISTES ET ANTISÉMITE S MULTIPLIÉ S PAR 5 EN 20 ANS

Quelle est la réalité du racisme et de l’antisémitisme en France ?
En 20 ans, le nombre total des actions et des menaces racistes, xénophobes, antisémites et antimusulmans a été multiplié par 5. En 2012 plus de 1500 actes et menaces ont été dénombrés par les services de police et de gendarmerie, soit plus de 4 par jour. Notons que ces chiffres sont fondés sur les dépôts de plainte et sont donc en deçà de la réalité.

 

Faciliter le dépôt de plaintes est d’ailleurs l’une des propositions de la DILCRA ?
Pour les faits racistes sanctionnés par la loi sur la liberté de la presse, le dépôt de plainte doit se faire avec constitution de partie civile et auprès du procureur de la République ce qui est difficile pour un individu isolé. Nous proposons donc d’étudier le dépôt de plainte simple pour les injures, diffamations et provocations racistes et antisémites ainsi que la pré-plainte en ligne qui n’existe pas encore pour les infractions contre les personnes.

 

ÉDUQUER

Que faire ?
Éduquer, sensibiliser, informer, former à la connaissance et au respect de l’autre, voilà le cap qu’a fixé le gouvernement. Travailler avec les enfants afin que les préjugés ne s’installent pas et qu’ils découvrent la richesse des autres. Intervenir auprès des étudiants pour leur faire prendre conscience de leurs propres préjugés car nous en sommes tous porteurs et chacun d’entre nous doit prendre conscience de ceux qui le concernent puis les remettre en cause par un effort personnel.

 

Quelles actions préconisez-vous dans l’Éducation nationale ?
Des actions pour vivre ensemble et démontrer que chacun apporte à la collectivité. On peut le faire dès la Maternelle au travers de travaux collectifs, chacun apportant sa contribution et créant dans la complémentarité avec les autres. L’éducation civique et la future morale laïque constituent aussi une priorité. La construction des préjugés vient de l’ignorance et de la non-connaissance des autres. Il faut donc faire en sorte de mieux se connaître et faire connaître les cultures et les histoires. Nous avons proposé de faire rédiger un livre sur les apports des différentes cultures et civilisations à la construction des savoirs. Chaque enseignant pourra ainsi s’approprier ce thème dans son cours.

 

« Je rêve que nous ayons enfin appris
à voler ensemble par delà nos différences
et en nous enrichissant les uns les autres de notre diversité »

Et dans le supérieur ?
L’objectif est de donner aux futurs cadres les clés de compréhension du monde et de leur propre comportement. Dès 2013, les établissements seront incités à organiser des opérations de « vivre ensemble », séquences pratiques et ludiques où chacun partage sa culture, ses traditions, son histoire, sa cuisine, sa musique… Nous souhaitons ensuite évaluer les effets induits correspondants avant éventuellement de les généraliser. Dans le cadre de la future réforme de la licence prévue en 2014, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche expérimentera la création de projets de groupe sur la thématique du racisme et de l’antisémitisme, donnant lieu à rédaction d’un mémoire et comptant pour la délivrance du diplôme.

 

CULTURE ET MÉMOIRE

Vous pensez aussi vous appuyer sur les lieux de mémoire, dans quel but ?
Nous sommes persuadés qu’il faut utiliser les initiatives culturelles et mémorielles comme pédagogie de lutte contre la haine raciale. Il s’agit de faire prendre conscience que l’horreur raciste et antisémite n’appartient pas qu’au passé, et qu’au sein de la collectivité chacun peut, et doit, exercer sa responsabilité. Le nombre des scolaires, collégiens et lycéens qui visitent ces lieux doit donc être accru. Les 1200 musées de France seront aussi encouragés à organiser des actions spécifiques afin que l’ensemble du territoire national soit couvert. Des projets de recherche permettront ici aussi de mieux comprendre les réactions des jeunes lors de leur passage dans ces lieux.

 

Quels sont les autres vecteurs de communication auprès des jeunes ?
Les chaînes de télévision publique ont un rôle éminent à jouer dans la prévention de la formation des préjugés racistes et antisémites, notamment à travers les fictions et programmes diffusés aux heures de grande écoute. Cet objectif sera donc inscrit dans le cahier des charges de France Télévisions. Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) portera une attention particulière aux scénarios traitant de la lutte contre les préjugés racistes et antisémites. Le respect de l’autre et la capacité à vivre en société se construisent aussi dans le cadre des activités d’éducation populaire et sportive. La sensibilisation et la formation des animateurs et cadres intervenant dans les accueils collectifs de mineurs et les clubs sportifs sera donc renforcée et les organismes de préparation aux diplômes de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport seront mobilisés. Notons aussi que la DILCRA soutient le Challenge du « monde des Grandes Écoles et des Universités » qui se déroulera au stade Charlety le 1er juin.

 

Les rêves de Christian Margaria
Pour la France
Que les dictionnaires ne mentionnent les mots « racisme, antisémitisme, xénophobie, discrimination, préjugé… » que comme des phénomènes lointains et oubliés.
La DILCRA
Que le pays n’ait plus besoin d’une telle structure pour oeuvrer contre la formationdes préjugés racistes, antisémites et xénophobes.
Les jeunes Français
Que chacune et chacun puisse être orienté (e) puis recruté (e) en fonction de ses compétences, abstraction faite de son milieu d’origine, de ses caractéristiques ethno-raciales, de son genre et de ses éventuels handicaps. Que nous ayons enfin appris à voler ensemble par delà nos différences et en nous enrichissant les uns les autres de notre diversité.

 

A. D-F