Dans un monde où l’individualisme semble la norme, certains prônent le retour aux valeurs d’empathie et de compassion. Et si l’on rallumait la flamme de l’altruisme ?

 

 

Le 13 novembre dernier, Psychologies Magazine a organisé pour la troisième année consécutive « la journée de la gentillesse », opération inspirée du « World Kindness Day » (mouvement mondial pour la gentillesse). Née à Singapour en 1997, cette organisation compte aujourd’hui plus de trois millions de membres dans une quinzaine de pays, dont l’Australie, le Canada, l’Angleterre, l’Italie…

En France, plusieurs initiatives ont eu lieu dans les écoles, les entreprises et sur Internet. Au programme cette année, deux axes majeurs : le monde professionnel avec le lancement de l’Appel à plus de bienveillance au travail et les écoles avec la création de la valisette Spéciale Gentillesse éditée chez Calligram.

 

Idée ringarde ou résolument moderne ?

Cette initiative a, au moins le mérite, d’avoir incité des milliers de personnes à faire du bien aux autres : rendre visite à son voisin malade, aider une personne âgée à faire ses courses, faire du bénévolat, donner de l’argent à une association… Si cette action surprend, c’est que notre époque est plus habituée à des logiques d’efficacité personnelle qu’à de la compassion et de l’altruisme.

Les individus « gentils » sont aujourd’hui brocardés de naïfs ou de simples d’esprit. Pourtant, quoi de plus magnifique qu’être tourné vers l’autre sans arrières pensées ?

C’est le pari relevé par Emilie, 22 ans, élève en deuxième année d’une grande école de commerce à Paris, en invitant ses amis à rejoindre son groupe de « gentils » sur un réseau social : « J’ai créé ce groupe car je ne connaissais personne dans la capitale. J’avais besoin d’être accompagnée et soutenue. Le bouche-à-oreille a bien fonctionné et j’ai rencontré des gens qui m’ont aidé spontanément dans mes recherches d’appartements sans rien me demander en retour. Cela m’a donné envie de rendre la pareille. » De nombreux professionnels regrettent que notre société ultra-compétitive ne valorise pas davantage cette capacité à se mettre à la place de l’autre, à ressentir ses émotions. « La concurrence économique exacerbée par la mondialisation pousse chacun à délaisser l’entraide et la solidarité », assure le psychanalyste Serge Tisseron.

 

Restaurer le lien social
Même conviction pour le psychosociologue Jacques Salomé : « L’empathie, qui suppose une présence et de la disponibilité se raréfie dans un monde où l’efficacité, la performance et le profit dominent et où les tentatives de communication se réduisent, trop souvent à une transmission d’informations. » Jean-Didier Vincent, Professeur de neurobiologie à Paris XI et membre de l’Académie des sciences, juge d’ailleurs le terme d’empathie trop réducteur : « Je préfère le mot compassion qui exige un partage de la passion et de l’affect entre l’un et l’autre. C’est beaucoup plus actif que l’empathie. L’un des maux de notre temps est la perte du lien social. » Sans jouer les oiseaux de mauvais augures, il reconnaît que de grands désordres sont à prévoir, si l’on ne restaure pas la primauté de ce lien. « Les bulles climatiques, financières, économiques que nous avons sécrétées comme de la mousse dans un vin, vont se rompre. Il nous faut à tout prix revaloriser la solidarité universelle et l’entraide. Cela suppose de réhabiliter les relations affectives et d’avoir souci de l’autre. » Sans aller jusqu’à imposer l’empathie sous la contrainte, chacun peut contribuer au bien-être de l’autre avec des gestes simples.

 

F.B