Nous passons 35 minutes par jour sur Facebook. Dans toute une vie, notre activité sur les réseaux sociaux équivaudra à 5 ans et 4 mois. Face à ce constat, une journée mondiale sans Facebook a été instaurée en 2012 et prend place chaque 28 février. Pourquoi avoir besoin d’une telle journée ? Quels sont les dangers des réseaux sociaux ? Nous avons interrogé Yannick Chatelain, professeur à Grenoble École de Management et expert de la question.

 

Chatelain Yannick © Pierre Jayet

Comment a été créée la journée mondiale sans Facebook ?

Cette journée date de 2012. Son corollaire est la journée mondiale sans smartphone.  En effet, la plupart des connexions se font depuis le mobile. L’objectif est de faire comprendre l’usage déraisonné des réseaux sociaux.Pour l’instant peu d’études sont consacrées à ce phénomène. Mais il n’y a pas besoin d’être un expert pour savoir que cette addiction aux réseaux sociaux et au smartphone n’est pas sans conséquence. Il y a une scénarisation de soi. Nous sommes dans une selfie society, une société autocentrée. À force, les gens oublient qu’il y a du monde autour d’eux !

Pourquoi est-ce important de se déconnecter ?

Cette journée peut paraître anecdotique, mais les études commencent à faire émerger un vrai problème. Notre jeunesse a inventé les 35h par semaine sur smartphone. La Royal Society a interrogé les 14-25 ans sur leur usage des réseaux sociaux et ce qu’il en ressort c’est que Facebook est le plus nocif. Pourquoi ? Car ces générations sont à un âge où elles construisent leur identité. Imaginez, vous avez 17 ans, vous postez une photo de vous sur Internet et les gens vous disent que vous êtes moche. Cela a un impact énorme. On parle de même de Facebook Depression, dû à l’exposition continuelle à une forme de vie irréaliste. La vie des autres paraît tellement géniale que la nôtre paraît désespérée. De plus, les réseaux facilitent le harcèlement.

Qu’en est-il pour les adultes ?

Malheureusement les adultes souffrent également d’une pression sociale pour être présents sur Facebook. Bon nombre d’entreprises poussent leurs collaborateurs à se créer des profils sur les réseaux sociaux pour se faire voir et faire du marketing personnel. Facebook peut engendrer un burnout informationnel. Nous n’avons pas idée du nombre de sollicitations et de messages publicitaires auxquels nous sommes soumis chaque jour. De plus, les adultes n’ont pas su donner les clés aux jeunes pour comprendre les réseaux sociaux et les mettre en garde contre leurs dérives. C’est la première fois de l’histoire que la jeunesse se retrouve seule face à une innovation, sans aucun repère. Le grand espoir que je nourris, c’est que cette génération « sacrifiée » réussira à avoir une approche plus vigilante vis-à-vis des générations à venir, sur l’utilisation de Facebook et de ces réseaux. L’autre problématique, c’est le manque d’exemplarité des politiques qui dénoncent la violence, mais n’hésitent pas à s’écharper sur les réseaux sociaux. Il faut que l’exemple vienne d’en haut pour que les choses puissent changer.

Justement, les choses sont-elles en train d’évoluer ?

La première chose, c’est qu’on se soucie de plus en plus de l’utilisation de nos données. On peut le voir avec des outils comme Qwant [moteur de recherche français qui met en avant la protection des données de ses utilisateurs, NDLR]qui commencent à faire de la publicité, parce qu’ils savent que c’est une préoccupation importante. Chez les jeunes, Facebook est en perte de vitesse. Ils préfèrent utiliser Snapchat, car pour eux, le côté éphémère est plus intéressant, même si une fois que l’on poste sur Internet, tout peut être utilisé contre nous. Aux USA, le fonds de pension des enseignants de l’État de Californie, gros actionnaire d’Apple, commence à s’emparer du sujet. Ils veulent que l’entreprise à la pomme promeuve la recherche sur les impacts d’une attention prolongée sur smartphone et offrent la possibilité aux parents de vérifier ce que font leurs enfants sur leurs téléphones. Tout le monde peut agir. C’est une forme d’habituation que nous nous sommes donnée, mais nous pouvons en sortir, notamment avec les digital detox.