Spécial Président(e)s

 

Katarina Balazs, professeur à ESCP Europe s’intéresse à la façon dont dont les dirigeants « projettent » le pouvoir. Leur manière de se présenter tient beaucoup à leur façon de communiquer, qui bien souvent assoit leur légitimité de patron. « Car c’est bien l’impression qu’ont les collaborateurs de leur patron qui va les inciter à être proches de lui. Chez les êtres humains, le pouvoir est contagieux. Si l’on veut avoir du pouvoir, il faut s’associer à celui qui le détient. Être accepté près d’une personne de pouvoir, interagir avec lui a un effet domino, un effet d’attirance et paradoxalement cela crée de la distance. Car le respect passe par une certaine distance. »

 

 

Katarina Balazs, professeur associé au département stratégie et organisation de ESCP Europe, fait également du coaching de dirigeants à l'INSEAD.

Katarina Balazs, professeur associé au département stratégie et organisation de ESCP Europe, fait également du coaching de dirigeants à l'INSEAD.

Les dirigeants efficaces savent donc trouver la bonne distance mariant proximité (dans une aura d’attirance) et distance (afin de susciter le respect). En se laissant approcher de trop près, le dirigeant deviendrait trop « humain », se montrerait sous un visage personnel. « Avec le risque de montrer des défauts. Se faire respecter, c’est aussi préserver un certain mystère. Les dirigeants usent beaucoup de leur intuition pour adopter le comportement adéquat pour monter dans la hiérarchie. Le dirigeant efficace fonctionne grâce à l’authenticité qu’il projette pas grâce à la peur qu’il inspire. Il peut néanmoins montrer une petite faiblesse bien choisie, qui le rend humain, mais ne nuit pas à sa position, ne touche pas à sa compétence. Par exemple un associé dans un cabinet d’audit n’a évidement pas intérêt à dire qu’il est hermétique aux mathématiques, mais peut laisser tomber innocemment qu’il est gourmand. Cela permet l’identification, on se sent plus proche de lui. Et en plus, on se dit qu’il nous a fait une confidence … » K. Balazs s’est intéressée aux caractéristiques qui, chez le dirigeant, incarnent le pouvoir. Ainsi, pour projeter une image, un statut de pouvoir, il vaut mieux donner l’impression que l’on est quelqu’un qui a des accès de colère que de quelqu’un de gentil. « Cette attitude provoque le respect. Ceux qui vont dans la colère donnent l’impression d’être sûrs d’eux, de savoir, d’être plus compétents. De même, celui qui interrompt est celui qui a le pouvoir dans une réunion face à celui qui se laisse interrompre et projette une faiblesse. Ce comportement est instinctif. Il est intéressant de noter que plus le dirigeant est haut placé, mieux il sait utiliser son intuition pour adopter le comportement gagnant. Ils ont un instinct très fort qui les conduit sur un certain chemin, ils essayent, observent ce qui fonctionne ou pas, et adoptent un comportement en conséquence. » Ce profil comportemental inspire le pouvoir chez les hommes dirigeants, mais pas forcément chez les femmes dirigeantes. « Une femme dirigeante qui pique une colère est cataloguée comme hystérique. Elle doit à l’inverse se monter très décidée, forte, sans laisser transparaitre ses émotions. Face à cette situation, certaines ont appris à montrer une certaine froideur qui fonctionne très bien et les identifie comme femmes de pouvoir. » Autre caractéristique du pouvoir : le fameux leadership. Il reste très complexe à définir car un mélange du tempérament, de l’éducation et de l’environnement. Il se fonde dès l’enfance, lorsque l’enfant voit comment s’exerce le pouvoir dans sa famille, ,comment il est lui-même traité, et comment son environnement lui permet de se développer. « Les vrais leaders sont donc tous très différents, aussi en fonction de leur relation à l’autorité. »