B.B King

B.B King

« Je ne savais pas qu’on pouvait faire ça. Juste chanter et taper des mains, et ça expliquait tout, tout le Rock n’ Roll, toute l’expression, la créativité et l’art. Un homme contre le reste du monde, et une seule chanson ». Ces mots sont ceux de Jack White, guitariste de White Stripes dans le très bon documentaire de Davis Guggenheim, It might get loud. Ces mots pourraient à eux seuls résumer tout ce qu’est le blues du Delta, qui a inspiré la quasi-totalité de la musique occidentale du 20e siècle.

Le Delta blues, dont les basses et les rythmiques hypnotiques sont caractéristiques, est né dans les plantations de coton du Delta du Mississipi d’où il tire son nom. Sa naissance remonte au début du 20e siècle, mais beaucoup affirment que ses origines datent de la fin du 19e siècle. Il consistait au tout début – et avant d’être transposé à la musique – en une forme de question réponse. Une personne lançait une question et le reste du groupe répondait en coeur. Beaucoup d’artistes, n’ayant pu enregistrer ou même transcrire ce qu’ils jouaient sur partition sont restés complètement inconnus. C’est quelques années après la fin de la guerre de sécession et l’abolition de l’esclavage que les Noirs commencent à exporter le blues vers d’autres horizons que celui des champs de coton. C’est W.C Handy qui, le premier, a transcrit les chants qu’il avait pu entendre sur les champs. Les premiers enregistrements sont arrivés plus tard, dans les années 20, avec des artistes comme John Lomax, Leadbelly, Son House, Willie Brown, Elmore James, mais aussi et surtout Robert Johnson qui reste aujourd’hui l’une des grandes icônes du Delta Blues (et ce notamment grâce à Eric Clapton qui lui consacrera un album, Me and Mr Johnson).

Si le Delta Blues est une musique a priori simple, ne comprenant que quelques accords et très peu d’instruments, les textes n’en demeurent pas moins très profonds, remplis de métaphores et empreints de la difficile condition des esclaves noirs du continent nordaméricain. De nombreux artistes estiment que le Delta blues est en réalité une des formes de musique la plus difficile à jouer tant l’émotion y est intense et difficile à communiquer. C’est ce que dira B.B King dans Red White Blues de Martin Scorsese : « certains disent que je joue le blues le plus facile, mais en réalité il n’y a rien de plus compliqué ! ». Cette musique est si intense et magnétisante qu’elle semble revêtir un caractère quasi diabolique. Le nom lui-même de blues, raccourci de l’expression « blues devil » vient renforcer cette impression. De nombreuses légendes naîtront d’ailleurs de cette impression.

Jack White né John Antony

Jack White né John Antony

La légende la plus connue elle celle de Robert Johnson. En 1931, il rencontre Son House qui se moque ouvertement de son niveau de guitare. Johnson décide alors de partir pour sa ville natale, Hazlehurst, et revient deux ans plus tard avec une technique de guitare hors du commun. Son House lui-même s’avoue dépassé… A l’époque où le vaudou et les produits stupéfiants étaient très en vogue, tout le monde est persuadé que Robert Johnson a signé un pacte avec le diable, rencontré dans un lieu qui donnera son nom à l’une des grandes chansons du blues, Crossroads. Le diable lui aurait non seulement donné en l’échange de son âme une grande maîtrise de la guitare, mais également la maîtrise de la blue note (quarte augmentée), si caractéristique du blues et qui exprime la nostalgie et la tristesse… Johnson sera le premier d’une longue série à mourir à l’âge maudit de 27 ans. Il laissera des titres aussi célèbres que Sweet Home Chicago, Ramblin on my mind ou Crossroads.

Le Delta blues a inspiré et continue d’inspirer de très nombreux artistes et genres musicaux dont le Rythm’n’Blues, le Jazz, le Rock & Roll, la Soul, la Funk, la Pop, le Hard Rock ou encore le Rap qui, de part ses textes protestataires, son rythme saccadé et répétitif, et ses racines afro-américaines, peut être rapproché du Blues.
Finalement, notre bon vieux Johnny aurait pu dire : « Comme quoi, toute la musique qu’on aime, elle vient de là, du Delta blues ! ».

Kévin Lepetit pour la Comu d’ESCP Europe