Selon une étude publiée par News Tank sur l’évolution des frais de scolarité des écoles d’ingénieurs entre 2012-2013 et 2016-2017, “13 des 192 écoles d’ingénieurs analysées […] ont plus que doublé leurs frais de scolarité en cinq ans.” Un chiffre très inquiétant pour les élèves et futurs élèves-ingénieurs français.

 

Notre association étudiante, le Bureau National des Elèves ingénieurs, représentative de la filière ingénieur et fédérant l’ensemble des associations des élèves des 201 écoles d’ingénieurs, déplore cette hausse généralisée[1]. Elle concerne notamment un nombre croissant d’écoles publiques sous tutelle du Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, ce qui représente un changement majeur dans le modèle de l’enseignement supérieur français. Si elle dénote d’un manque flagrant de solutions pour le financement de l’enseignement supérieur, la hausse des frais d’inscription relève aussi de la mise en place d’une stratégie qui pousse les écoles à pointer du doigt une concurrence déloyale et donc à s’aligner sur cette hausse.

Le BNEI donnait déjà l’alerte en 2014[2] : sans construction d’un nouveau modèle de financement avec tous les acteurs au préalable, il serait difficile d’assurer la pérennité du financement de notre système d’enseignement supérieur. En mars 2017[3], le BNEI rappelait que les frais d’inscription des étudiants ne sont pas une variable d’ajustement des budgets des établissements.

Aujourd’hui, et malgré les sonnettes d’alarme tirées par le BNEI, le résultat est sans appel : nous constatons les résultats de l’étude de News Tank sur le terrain avec les retours d’étudiants qui ont vu leurs frais d’inscription augmenter nettement au cours de leur scolarité. Beaucoup d’écoles connaissent des augmentations brutales comme par exemple l’école des Mines d’Albi (+153% en cinq ans), l’ENSTA Bretagne (+221%) ou encore dernièrement l’école des Mines de Nancy où les frais s’élèvent pour la prochaine rentrée à 2500€ (+316% en un an). La hausse est observée dans la plupart des écoles, sans distinction des ministères de tutelle ; de quoi inquiéter les élèves et en particulier les futurs élèves qui ne pourront bientôt plus se projeter vers un modèle de l’enseignement supérieur accessible à tous.

Le BNEI dénonce un problème d’image élitiste pesant depuis longtemps sur les écoles d’ingénieurs et qui se maintient avec ce phénomène : comment continuer à développer l’ouverture sociale des écoles alors que les frais de scolarité augmentent ? Comment casser cette perception d’élitisme très fermée et conserver le formidable ascenseur social que représente l’école d’ingénieurs alors que les frais de scolarité enrayent la mécanique ?

Cette augmentation des frais de scolarité est à la fois une solution de facilité et un aveu de faiblesse de la part des établissements acculés par les baisses de dotations publiques et de la taxe d’apprentissage. Les directions d’établissements sont en très grande majorité favorables à cette hausse nécessaire de leur point de vue pour compenser les manques, mais minimisent les incidences sur la diversité sociale des élèves-ingénieurs et l’autocensure de ces derniers.

Les étudiants boursiers restent certes exonérés, mais tous les étudiants aux moyens modestes à peine au-dessus des critères d’attribution des bourses subissent eux de plein fouet cette hausse ! Nous ne voulons pas assister à une segmentation de la population des élèves en école entre d’un côté les élèves boursiers et de l’autre des élèves en situation aisée. Les élèves-ingénieurs ne veulent pas que le modèle des écoles d’ingénieurs rejoigne celui des écoles de commerce.

 

[1] +17 % en moyenne entre 2012-2013 et 2016-2017 selon News Tank

[2] https://www.bnei.fr/blog/2014/05/28/hausse-des-frais-dinscriptions-dans-les-ecoles-dingenieurs/

[3] https://www.bnei.fr/blog/2017/03/03/hausse-des-frais-dinscription-leleve-ingenieur-ne-doit-pas-devenir-client-de-son-etablissement/

 

 

Les conséquences de cette hausse sont graves

 

Les conséquences sont multiples pour les étudiants, en particulier sur trois volets.

Le premier : l’orientation. Un étudiant aux moyens modestes réfléchira à deux fois avant de s’engager dans une formation d’ingénieur reconnue si les frais d’inscription montent en flèche. Il est même tout à fait possible que les étudiants s’autocensurent eux-mêmes en éliminant directement les formations d’ingénieur de leurs possibilités d’orientation, et en ne les considérant pas comme des choix crédibles. Dès lors l’accès aux écoles d’ingénieurs devient encore moins ouvert et les conditions sociales, un critère renforcé d’orientation. Ceci est à contre-courant d’une politique de démocratisation et d’ouverture de l’enseignement supérieur à toutes et à tous : la sélection par les moyens est à proscrire !

Le second : la vie étudiante. Les activités sociales et de loisirs, dans lesquelles 59% des étudiants déclarent accorder 85€ chaque mois en moyenne[4], ont un effet direct sur la vie quotidienne des élèves et leur réussite : santé, sommeil, stress, vie sociale, divertissements… Les hausses des frais d’inscription deviendront donc un frein au bien-être des étudiants dans la mesure où elles auront des conséquences directes sur leur budget culturel, sportif et influencera ainsi directement leur ouverture sociale. L’école comprend un ensemble d’expériences culturelles, sociales et ludiques en plus des expériences académiques et professionnelles. Ne privons pas les élèves d’une part de leur budget qui leur est consacrée ! Le BNEI tient à le rappeler : les frais d’inscription ne doivent en aucun cas constituer un frein ni à la réussite des étudiants ni à leur bien-être.

Le troisième : la clientélisation. Demander une contribution croissante aux élèves pour financer leur formation peut entraîner un phénomène de clientélisation : l’étudiant achète son diplôme au lieu de le construire. En outre il est absurde de considérer que la qualité d’un diplôme se résume au montant des frais de scolarité. Le fait de payer un diplôme plus cher n’augmentera pas sa valeur. Il suffit pour s’en convaincre de citer des exemples de formations reconnues comme celles de l’Ecole Polytechnique ou de l’Ecole de l’air qui n’ont pas de frais d’inscription ou encore l’EI Cnam dont les frais d’inscription sont parmi les plus bas parmi toutes les écoles d’ingénieurs françaises.

La hausse massive des frais d’inscription n’est en aucun cas une solution pérenne et juste et remet sérieusement en question le système français qui s’approche dangereusement du modèle anglo-saxon où les étudiants s’endettent parfois toute leur vie pour accéder à de bonnes études ou aux études de leur choix.

 

Protéger un modèle d’enseignement supérieur français accessible et ouvert à tous est une ambition qui doit être portée nationalement. Ainsi, le BNEI propose que le choix de la hausse des frais d’inscription soit débattu au Parlement, et non pas fixé par simple arrêté ministériel ou interministériel comme c’est le cas aujourd’hui pour les écoles publiques. Une telle volonté ne peut se résoudre à une simple décision réglementaire !

 

Les établissements ne pourront résoudre l’équation seuls sans actionner le levier des frais d’inscription. Le BNEI rappelle ainsi sa volonté de repenser et de co-construire, à l’aide de tous les acteurs de l’enseignement supérieur, un modèle qui nous permette de nous projeter dans le long terme. Nous restons convaincus qu’une hausse des droits d’inscription ne résout pas un problème de financement intrinsèque et que cette solution de facilité repousse le problème tout en se mettant les étudiants à dos.

Nous devons considérer l’ensemble des ressources possibles telles que les subventions publiques, la taxe d’apprentissage, la formation professionnelle, les contrats de recherche, la formation continue, ou encore le potentiel financement direct par les entreprises sous réserve que les écoles puissent conserver leur indépendance.

 

[4] Enqûete CdV de l’OVE 2016

 

 

Les propositions du BNEI

 

Le BNEI appelle l’ensemble des acteurs de l’enseignement supérieur à réfléchir autour de propositions concrètes, notamment :

  • remettre le choix de la hausse des frais d’inscription entre les mains du Parlement français, garant du budget de l’Etat, et non sous réglementation ministérielle. La transformation de notre modèle d’enseignement supérieur ne peut se faire sous simple décision réglementaire ;
  • si la hausse des frais d’inscriptions doit se poursuivre de la sorte, ce que le BNEI ne souhaite pas, un système de prêt national permettant à tout étudiant de pouvoir choisir l’école de son choix sans risque le moment venu parait incontournable. Le risque de ce prêt ne doit alors pas être assumé seulement par l’étudiant. Des discussions doivent s’ouvrir entre les établissements, l’Etat et les entreprises à ce sujet ;
  • un système d’exonération des frais d’inscription pour les étudiants en situation précaire et un système d’exonération progressif pour les étudiants boursiers sur critères sociaux doivent s’étendre dans les écoles d’ingénieurs.

Le BNEI invite encore une fois l’ensemble des acteurs à se pencher sur la question afin de trouver des solutions pour un modèle d’enseignement supérieur accessible et juste. Nous proposons pour cela au MESRI d’ouvrir un groupe de travail en invitant les directions d’établissements, la CDEFI, la CGE et l’ensemble des parties prenantes dans le but de garantir aux élèves que cette hausse ne s’accentue pas dans les années à venir.

La qualité des formations en écoles d’ingénieurs et la réussite des élèves dépendent d’un modèle dont le financement doit être à la fois stable et juste. La France peut et doit se donner les moyens, sans distinction de moyens, de garder un système d’enseignement supérieur de qualité ouvert à tous.

 

 

Contacts

Brice Pugenc – presidence@bnei.fr
Grégory Barrère – representation@bnei.fr