Entre opportunités et dangers, le big data s’immisce dans des professions jusqu’ici épargnées, impactant aujourd’hui la direction financière. Fanny Rabouille, coresponsable à Grenoble École de Management du Mastère Spécialisé Big Data, nous explique ces mutations.

 

(c) Pierre Jayet

Le big data est devenu une préoccupation importante de la fonction finance. Selon une étude PwC publiée en 2017, « 41 % des Directeurs financiers envisagent de mettre en place des outils de visualisation et de mobilité permettant à la fonction finance de gagner en efficacité ». Cette prise de conscience est née d’un flux de données de plus en plus important à gérer. « Les directeurs financiers continuent à juger que leurs équipes passent trop de temps à collecter les données. Cela s’explique par des reportings plus complexes et plus nombreux et un processus très manuel », précise l’étude.
Ce phénomène ne touche pas seulement les grandes entreprises. En effet, dans une étude publiée en 2016, EY indique les ETI et les PME intègrent de plus en plus les problématiques de big data.

Quels outils pour quels usages ?

Avant d’intégrer le big data dans les métiers de la direction financière, l’important est de fédérer les équipes autour des technologies. « Le succès repose avant tout sur la capacité à insuffler une culture digitale (…) Les entreprises affichant le degré de maturité le plus élevé ont toutes mis en exergue le rôle central de l’accompagnement au changement à travers : la formation des équipes opérationnelles, leur implication dans les phases clés du projet (…) [et] la communication », explique EY dans son étude de 2016.
Pour Fanny Rabouille, il faut transformer les usages de la technologie au sein des services pour gagner en efficacité. « Il faut changer la manière dont l’entreprise manage ses datas. Les bases de données restent en silos. Pourtant, les problématiques de big data touchent l’entreprise de façon transverse. La collaboration entre les départements est la clé d’une transition numérique réussie. »
Au sein des directions financières, l’instinct reste privilégié dans la prise de décision, cependant, les outils technologiques aident au pilotage. Selon l’étude de PwC, l’usage premier du big data est l’analyse prédictive au service des process de prévision budgétaire.

Le big data : porteur d’opportunités

Des métiers émergent dans les directions financières autour de la data comme le Chief Data Officer, garant de la qualité des données et de leur bonne analyse, mais également le Data scientist. « Avec l’arrivée de nouvelles problématiques comme l’intelligence artificielle, les compétences en data mining et en deep learning intéressent les recruteurs. Il y a énormément d’offres d’emploi », indique Fanny Rabouille.
Malgré ces opportunités, les données personnelles récoltées auprès de l’audience soulèvent bon nombre de problèmes éthiques, notamment sur leur utilisation. L’Europe a embrassé les problématiques de big data par la mise en place d’une nouvelle règlementation le 25 mai 2018. Elle renforcera notamment le contrôle des individus sur leurs données.

Le big data, quésaco ? « Ce sont des volumes de données importants analysés en temps réel de façon à pouvoir en tirer des informations. Ces données sont hétérogènes, il n’y a pas de formats identiques : cela peut être des bases de données structurées ou bien des informations émergeant des réseaux sociaux. Data scientists et data analysts sont les experts dont le rôle est de les extraire et les utiliser », explique Fanny Rabouille.

Étude de PwC : https://www.pwc.fr/fr/assets/files/pdf/2016/12/priorite-2017-directeur-financier-interactif.pdf
Étude EY : http://www.ey.com/Publication/vwLUAssets/Transformation_de_la_fonction_Finance_-_PME_-_ETI_-_Digitalisation_des_processus_comptables/$FILE/EY-Transformation-de-la-fonction-finance-ou-en-sont-les-PME-ETI-dans-la-digitalisation-processus-comptables.pdf