Si le MEDEF représente 750 000 entreprises, plus du tiers de ses adhérents sont des entreprises de moins de 10 salariés et 70 % d’entre elles ne dépassent pas la barre des 50 salariés. Il s’agit donc d’une structure majeure de notre économie dont la direction doit s’attaquer à de nombreux problèmes en jouant un rôle d’aiguilleur, de régulateur ou encore d’opposant aux décisions prises par les pouvoirs publics. Vice-présidente de l’IFOP, dont elle a été le PDG, Laurence Parisot, désignée pour diriger le MEDEF en 2005, a été réélue pour 3 ans le 10 juillet 2010.

 

 

Laurence Parisot, présidente du MEDEF

Laurence Parisot, présidente du MEDEF

 

Face à Nicolas Sarkozy
Ses prises de position donnent souvent lieu à d’âpres batailles qui se terminent par des demimesures sans grande importance, les protagonistes ne réussissant pas à insuffler une croissance suffisante à notre économie depuis 2005. Ainsi, la pression mise sur les patrons en 2011, suite à des rémunérations qui paraissent excessives à nombre de Français, a vu le Président contester les propos de Laurence Parisot qui défendait ce type d’avantages. « Je ne peux pas accepter les propos de Laurence Parisot… Quand elle dit qu’elle n’a pas le désir de parler du partage du profit, cela n’est pas possible », note Nicolas Sarkozy, en ajoutant que les « dégâts causés par les patrons voyous sont considérables. » Le résultat : une prime de 1000 euros pour certains salariés que Laurence Parisot trouve « incompréhensible » et « dangereuse pour l’emploi ». Par contre, mieux vaut faire appel à la main d’oeuvre étrangère à bas salaire car pour la présidente du MEDEF, toute immigration reste un atout : « L’immigration, il ne faut pas y toucher. Restons un pays ouvert, qui accueille de nouvelles cultures et profite du métissage. Je ne crois pas qu’il faille faire de l’immigration légale liée au travail, un problème », alors que Nicolas Sarkozy souhaiterait la restreindre et la cibler.

 

Le ratage des 35 heures
« Le déficit a dégringolé à partir de la mise en place des 35 heures », explique Mme Parisot. « La corrélation est évidente, on s’est mis à travailler moins lorsque le reste du monde se mettait à travailler plus. » Voici un raisonnement fiable en ce qui concerne la pente prise par notre économie au moment où la concurrence internationale devenait redoutable. Dans ces conditions, comment le MEDEF, avec tant d’arguments, a-t-il pu perdre le combat des 35 heures face à la Gauche et surtout, comment n’a-t-il pas réussi à convaincre la Droite au pouvoir depuis 5 ans ?

 

Vers un espace social européen ?
La présidente du MEDEF est « favorable à un espace social européen ». Un « SMIC minimum permettrait d’éviter le dumping social », estime-t-elle. Si cette vision relève du bon sens, elle devrait également prôner l’élargissement de cet espace social au monde. En effet, la concurrence déloyale que les entreprises subissent de celles installées dans les pays en développement à faible coût salarial, à faible charges sociales avec des coûts environnementaux quasi-nuls, favorise les délocalisations, les pertes de marchés ainsi que les faillites. Se développe ainsi un esprit hostile au libre-échange qui prône une démondialisation néfaste à l’économie française.

 

Vive la TVA sociale !
Laurence Parisot pense qu’il faut « diminuer les cotisations des entreprises et des salariés » et que « ces baisses de recettes pour la Sécurité sociale soient compensées par des hausses de TVA et de CSG ». Il est vrai que les cotisations sociales restent élevées en France, mais à l’heure de la récession, augmenter les taxes et les impôts entraînerait une baisse de la demande interne et un recul des ventes préjudiciables à la croissance.

 

Aucun intérêt d’instaurer une taxe sur les transactions financières ?
Laurence Parisot met en garde : « Si nous étions les seuls [à mettre en oeuvre une telle taxe], il y aurait immédiatement une délocalisation massive. Nous serions tous perdants, » ajoute-t-elle, « [ce serait] un mauvais coup [pour le financement de l’économie] ». De même, la présidente du MEDEF relativise l’intérêt d’une taxe sur les transactions financières. Souhaitable « au niveau européen », elle pense qu’une telle initiative « ne changerait pas grand-chose ». Elle milite plutôt pour une interdiction du « flash trading », la spéculation à haute fréquence. Ce n’est pas l’avis du Président. La montagne va-t-elle encore accoucher d’une souris ?

 

Patrick Simon

 

Citations extraites d’une interview réalisée dimanche 8 janvier 2011, lors de l’émission « Internationales », diffusée sur TV5-Monde et RFI en partenariat avec Le Monde et le site politique.lefigaro.fr/_politique/ sarkozy-laurence-parisot.html