« La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. »
Raymond Acquaviva

 

Raymond Acquaviva

Raymond Acquaviva

L’artisan
La culture est fondamentale puisqu’elle définit l’être humain. Malheureusement, les politiques ne s’y intéressent pas suffisamment. Ils privilégient l’économique qui, à mon sens, ne devrait pas être séparé de la culture. Si l’on donnait à la culture la place qui lui revient, l’harmonie règnerait davantage entre les peuples car ils seraient plus aptes à se comprendre, la culture jetant des passerelles entre les hommes et bien sur cela rejaillirai sur l’économie. La culture doit être inclusive et non exclusive. Ce qui est très difficile au pays de Descartes. En effet, l’esprit cartésien typiquement français considère qu’il faut tout étiqueter, classer et cloisonner. Nous sommes le pays du Ou au lieu d’être celui du ET. Ainsi, un artiste chez nous est chanteur ou danseur ou acteur alors qu’aux Etats- Unis, un artiste peut être à la fois et danseur et chanteur et acteur.

 

 

Les problématiques  du théâtre
Elles proviennent en grande partie du fait que ce domaine est la aussi sectorisé entre le théâtre subventionné et le théâtre privé. Il ne faut pas mettre dos à dos le théâtre de boulevard et le théâtre subventionné, mais simplement jouer de bonnes pièces de théâtre. Si le théâtre français est très connu à l’étranger en tant qu’institution, mon métier d’acteur m’ayant conduit à jouer partout à travers le monde, j’ai remarqué que la réduction de l’influence et du rayonnement de la culture française était proportionnel à la réduction des budgets affectés aux centres culturels Français. Cette descente est continue depuis les années 80. Même et surtout dans les pays qui du fait de la colonisation pouvaient se prévaloir d’une double culture et d’une double langue, la langue anglaise a depuis longtemps raflé la mise. Le théâtre est un univers magique qui s’offre aux spectateurs, comme le dit Paul Claudel dans « l’échange ». Le cinéma aussi mais un film comme « Avatar » m’inquiète car en bénéficiant de tels moyens techniques il peut, pour les besoins du scénario, transformer des acteurs réels en acteurs virtuels, si cette tendance se poursuit nous n’aurons bientôt plus besoin d’acteurs au cinéma et les studios pourront tourner des films en ressuscitant virtuellement Bette Davis ou Gérard Philippe. Le théâtre, en revanche, qui reste un spectacle vivant aura toujours besoin des acteurs.

 

Aujourd’hui, le théâtre n’est plus assez promotionné à la télévision.

Les émissions comme « Le petit théâtre de la jeunesse » de Claude Santini ou « Au théâtre ce soir » ont disparu. Les décideurs, estimant que l’audimat n’était pas assez élevé, ont supprimé ce genre d’émission en prétendant que le public n’était pas demandeur pourtant « Panique au ministère » que j’ai mis en scène tout en jouant le rôle principal, a été diffusé 24 fois avec 720.000 téléspectateurs au premier passage et 920.000 au dernier ; ce qui signifie que plusieurs millions de personnes ont apprécié la pièce et sa diffusion !

 

Pour définir mes
trois activités, je dirais que le metteur en scène est souvent frustré, l’acteur parfois contenté mais le professeur toujours comblé !

Mon arrivée à la Comédie-Française, en 1973, en compagnie d’Isabelle Adjani pour y jouer « l’école de femmes » a été un moment clé de ma carrière. Nous y sommes d’ailleurs entrés sans avoir fait le Conservatoire national, ce qui était impossible à l’époque, il manquait en effet dans la troupe deux jeunes acteurs pour jouer Horace et Agnès. Mais j’aime par-dessus tout mon métier de professeur de théâtre qui me remet chaque fois en question par le contact que j’ai avec la jeunesse. Lorsque François Florent m’a proposé de devenir professeur dans son école « Les cours Florent », je n’imaginais pas que cela deviendrait un tel sacerdoce. En enseignant, j’ai appris à écouter, à tisser des liens et à faire en sorte d’utiliser les défauts de mes élèves pour en faire leur qualité… et il y en a pas mal qui se sont singularisé depuis comme Jean Luc Reichman, Maruschka Detmers, Vincent Elbaz, Yvan Attal, Sandrine Kiberlain, Elsa Zylberstein, Isabelle Carré, Sylvie Testud, Anne Roumanoff, Anne Brochet, Denis Podalydes, Audrey Tautou, Olivier Martinez, Gilles Lelouche, Laura Smet, Mélanie Doutey, Mélanie Thierry… Place au jeu ! Qu’on en fasse son métier ou pas, les cours de théâtre apportent beaucoup aux jeunes gens. Ils en ressortent différents, en ayant acquis une assurance qui leur apporte une ouverture vers les autres ainsi qu’une connaissance d’eux-mêmes. Pour un étudiant, le théâtre est profitable car il améliore les rapports humains si importants dans le monde du travail.

 

Aux Ateliers du Sudden
Mon école de théâtre compte 120 élèves sur son cursus de 3 ans. Les élèves jouent régulièrement des pièces de théâtre au Sudden théâtre mais également écrivent et tournent des films, court-métrages ou moyenmétrage au sein de l’école Les cours comprennent de la comédie, de la danse, du chant, du masque, du cinéma et du théâtre en anglais.

 

Mon ACTU
Je viens de finir « panique au ministère » que j’ai mis en scène et joué avec Amanda Lear pendant deux ans. « Lysistrata » dont j’ai fait la mise en scène se joue au Sudden Théâtre (www.suddentheatre.fr)… et un important projet de mise en scène m’attend, dans un grand théâtre parisien, pour la rentrée.

 

Patrick Simon

 

Contact : www.ecoledetheatre.fr/