A l’occasion de son inauguration le 3 octobre 2017, l’Institut Catholique de Paris (ICP) a invité des acteurs clés du monde académique à s’exprimer lors de tables-rondes sur le rôle de l’université aujourd’hui. Les enjeux de la transmission des savoirs a ainsi au cœur des débats. Focus sur cette question plus que jamais d’actualité.

 

L’université à l’heure du numérique

On ne peut plus penser pédagogie sans penser digital. Face à ce constat, Philippe Bordeyne, Recteur de l’Institut Catholique de Paris, rappelle le choix fait par l’ICP il y a quelques années d’investir de façon importante dans les moocs. Un choix couronné de succès. On compte en effet déjà plus de 10 000 inscrits sur le mooc « Géopolitique de la Chine – choix stratégique ». Lancé sur la plateforme FUN en janvier 2017, le mooc de droit canonique « Loi de Dieu – Loi des hommes » rassemble aujourd’hui près de 4 000 inscrits.

Une génération « phygitale »

Pour accompagner cette révolution, l’ICP a également fait appel à un designer pédagogique. Car qui dit enseignement à distance, dit modification de la façon de transmettre et de se représenter les savoirs. « Mais la communauté des inscrits n’est pas pour autant une communauté virtuelle, ce sont des apprenants réels mais à distance. L’enseignement en ligne permet de déployer de nouvelles manières de communiquer sa discipline à une époque où on apprend différemment à une communauté désormais qualifiée de phygitale », insiste le recteur.

 

Une réponse au succès croissant de l’université

Pour Jacques Oulhen Maître de conférences à l’Université de Rennes 2 et VP chargé de la formation, l’enseignement à distance s’illustre aussi comme une réponse au phénomène croissant de surpopulation universitaire. En effet, il ne faut pas occulter que « la question de la transmission du savoir est aussi liée à celles des contraintes financières de nos universités. Aujourd’hui, dans de nombreux établissements, les bâtiments ne sont plus assez grands pour faire face à l’augmentation des étudiants. C’est ainsi qu’à Rennes 2, nous avons fait le choix de filmer certains cours et de les retransmettre en direct. »

« Il ne faut pas concevoir les moocs dans une politique de masse mais comme un levier de transformation. C’est l’incarnation de la fonction de l’université : faire apparaître de vraies questions dans l’espace public » – Philippe Bordeyne, Recteur de l’Institut Catholique de Paris

Et l’international ?

Pour Mathijs Lamberigts, Doyen de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Catholique de Leuven, le développement des mooc met aussi en lumière la question de la transmission des savoirs par-delà les frontières. « Les mooc se résument finalement souvent à des discussions orientées vers le monde anglophone et à destination d’un public qui a les moyens de payer cet accès aux savoirs. » Est-ce à dire que ces moocs, initialement voués à universaliser la transmission des savoirs, seraient en réalité devenus des outils de compartimentation de la connaissance ?

Vers une pédagogie active

Salim Daccache, Recteur de l’Université St Joseph de Beyrouth insiste enfin sur le point fondamental de l’interaction sachant / apprenant dans ces nouvelles pédagogies empreintes de digital. « L’étudiant est encore trop souvent perçu comme un recevant. Or, quand on parle de transmission – surtout dans le domaine social et religieux – il est indispensable de solliciter son intelligence. »

Inscrite dans une société libanaise pluraliste et confessionnelle (40% de ses étudiants sont musulmans) l’Université a ainsi développé des formations sous un mode de pédagogie active et transversale mettant l’accent sur la pensée critique, l’analyse et la recherche. « Notre objectif est de former des jeunes pouvant agir sur la transformation de la société et nous mettons les moocs au service de cette ambition », conclut-il.

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