Pilier de l’industrie bancaire française non mutualiste, le groupe au logo rouge et noir a construit un empire sur 4 millions de m² dans 76 pays à travers le monde. Jean-Marc Castaignon (Ecole des Travaux Publics 77, MBA HEC 97), qui y exerce la fonction de Directeur de l’Immobilier depuis 15 ans, fait le point sur ce métier qu’il affectionne tant.

Jean-Marc Castaignon (Ecole des Travaux Publics 77, MBA HEC 97), Directeur de l’Immobilier © Véronique VEDRENNE

Jean-Marc Castaignon (Ecole des Travaux Publics 77, MBA HEC 97), Directeur de l’Immobilier © Véronique VEDRENNE

A quoi tient l’attractivité de la fonction immobilière ?
C’est un métier assez récent, qui a connu un essor depuis à peine une vingtaine d’années et a pris progressivement de l’importance au sein des grandes sociétés. Mal connue et pourtant pleine d’avenir, la fonction immobilière est créatrice de valeur pour l’entreprise. Intégrer cette filière au coeur de la stratégie d’un groupe apparait primordial, quand on sait qu’elle correspond au troisième poste de dépense, voire au deuxième dans certains secteurs. Son attractivité tient à la richesse des missions et des compétences qu’elle englobe. Pour ma part, je trouve qu’exercer cette fonction dans l’univers bancaire la rend d’autant plus passionnante. La diversité de clients, donc de besoins procure une matière première enthousiasmante aux constructeurs que nous sommes. règlementation, fait face à la grande vague du numérique… Autant de facteurs qui en font un monde en constante évolution, dans lequel il faut savoir d’adapter et se réinventer. Les challenges qu’il comporte, avec la maîtrise des risques opérationnels, le rendent encore plus attrayant. Dans notre métier, il n’est par exemple pas envisageable qu’un data center tombe en panne. Il y a donc de nombreux paramètres à gérer. Je les vois comme des notes de musique. Lorsqu’on arrive à lire la partition, la magie opère.

 

Comment s’organise-t-elle au sein de la Société Générale entre services centraux et direction par pays ?
En tant que directeur du service central, je définis avec mon équipe la stratégie immobilière du Groupe ainsi que ses engagements et veille à la conformité de leur déclinaison dans les autres pays. Les équipes locales travaillent en autonomie et réfèrent à leur direction générale selon une organisation matricielle. Elles ont la lourde tâche d’assurer la vie de tous les jours, et gèrent la technique, la sécurité, la sureté, les services généraux, les réorganisations perpétuelles. En France, elles managent 11 000 déménagements chaque année ! En revanche dès qu’un engagement immobilier excède le seuil de 5 millions d’euros ou qu’un désinvestissement atteint 3 millions d’euros, la fonction centrale prend le relai. Nous intervenons également sur les installations dites « sensibles « à l’instar des data centers ou des salles de marchés. Experts dans la gestion d’actifs et la négociation, nous assistons les directions des autres pays sur les projets d’envergure. Cette dimension interculturelle enrichit encore le poste. Je me souviens qu’à la fin d’un chantier que nous avions mené à New York, le N°2 m’avait confié : « Quand je vous ai vu arriver, j’ai été inquiet, mais aujourd’hui c’est votre départ qui m’inquiète. » Un des plus beaux compliments que l’on m’ait fait. Chaque maîtrise d’oeuvre nous livre son lot de défis mais aussi de belles rencontres.

 

« Dites moi comment vous vivez et je saurai construire votre maison »

Comment s’illustre la responsabilité environnementale dans la fonction immobilière ?
En nous basant sur les engagements de la Société Générale, à savoir la réduction de la consommation d’énergie de 27 % et des émissions de CO² de 26 % entre 2007 et 2015, nous avons développé des outils de diagnostic environnemental permettant d’évaluer la performance énergétique des bâtiments. Nous prêtons une attention particulière à ce critère dans tous nos projets de construction. L’immeuble Granite a été le premier en France à obtenir la certification HQE. Au quotidien, nous mettons en place la collecte des déchets et le système de tri pour permettre leur valorisation, ainsi qu’un système de méthanisation des déchets alimentaires dans les restaurants d’entreprises. Ainsi nous avons engagé et obtenu la certification ISO 50 001 de 19 bâtiments du parc des immeubles centraux. Ces actes concrets s’accompagnent d’une sensibilisation de tout le staff du groupe, qui partage ces valeurs et en devient acteur. Si une équipe dédiée prend en charge ces questions de responsabilité environnementale, chaque collaborateur est appelé à porter le message.

 

Que retenez-vous de vos grandes réalisations ?
La Société Générale s’inscrit dans une tradition de projets immobiliers audacieux. J’ai une immense admiration pour mes prédécesseurs à qui nous devons les tours jumelles (1995), mais aussi le 29 Bd Hausmann (1871), Siège du Groupe. De pures merveilles étonnamment modernes pour l’époque. Avoir la chance de prendre la suite de tels hommes m’a procuré un immense plaisir mais aussi pas mal de pression. Je me devais d’être à la hauteur. De constructions comme « Basalte » ou la tour « Granite », je garde une grande fierté. L’intérêt de ces challenges tient au fait qu’ils poussent à l’innovation. On ne peut se contenter de calquer des modèles existants. Enfin j’ajouterai qu’ils drainent de vrais professionnels, architectes, ingénieurs, entrepreneurs, également doués de belles valeurs humaines. Lorsqu’un projet touche à sa fin, il a souvent engendré de solides amitiés.

 

Quelle sera la construction de demain ?
Dans moins d’un an, la technopole « les Dunes » verra le jour à Val de Fontenay. Dédié aux nouvelles pratiques managériales, ce bâtiment imaginé en collaboration avec l’architecte Anne Demians, s’appuiera sur des expérimentations que nous menons à Londres depuis déjà 2 ans. Adapté au flex work, proposant des espaces de travail collaboratifs et co-créatifs, il sera entièrement connecté. Nous avons développé une application via laquelle il sera possible de réserver des salles de réunion, un covoiturage, un véhicule électrique, de visualiser en direct le taux d’occupation du restaurant d’entreprise ou de la salle de fitness, etc. Grâce aux nouvelles technologies du numérique, ce dispositif nous permettra – en plus d’apporter un cadre de travail privilégié à nos employés – d’avoir des données fiables pour optimiser les espaces. La construction de demain brillera donc par son innovation.

 

COMMENT ACCÉDER À LA FONCTION IMMOBILIÈRE ?
Une fois mon diplôme de l’Ecole Spéciale des Travaux Publics en poche, j’ai commencé par travailler comme ingénieur sur les chantiers durant 4 ans dans l’univers de la production. J’ai ensuite basculé dans la conception en accédant à unposte d’ingénieur d’affaires, afin de travailler à l’interface des clients avec les architectes et d’avoir une vision des projets en amont. Au cours de ces quelques années, j’ai rencontré de grands maîtres d’oeuvre qui m’ont donné envie de faire ce métier. Je me suis donc lancé lorsque j’ai eu l’opportunité d’intégrer la Direction de l’Immobilier au sein du Crédit du Nord. Travailler dans la maîtrise d’ouvrage nécessite de bien comprendre les tenants et les aboutissants aux prémices de la chaîne. On ne devient pas donneur d’ordres sans connaître la réalité du terrain. Je conseille aux jeunes ingénieurs attirés par ce métier de faire leurs armes dans des grands groupes immobiliers comme Bouygues ou Vinci, et dans des bureaux d’études. Au sein du service central immobilier, je recrute principalement des ingénieurs et des architectes, quelques profils écoles de commerce pour la partie négociation. Tous sont expérimentés dans leur domaine, bilingues anglais à minima et mobiles.

 

AM.

 

Contact : jean-marc.castaignon@socgen.com