Les enjeux environnementaux et techniques dans l’aménagement des villes : une vaste question à saisir à différentes échelles. Échelle du territoire, échelle de la métropole, échelle du quartier et échelle de son immeuble et dans plusieurs dimensions, esthétique, sociale et économique. 

 

Faire projet aujourd’hui oblige nécessairement à inclure les grands défis que nous vivons et à conjuguer transition démographique, transition énergétique, et transition numérique. Leur impact sur nos sociétés conduit à ajuster et à évaluer les modèles économiques afférents à l’aménagement des villes et à la production immobilière. Faire projet c’est aussi recourir à la participation citoyenne, considérer chaque habitant comme acteur, comme responsable de ses usages et de ses pratiques.

La ville du 20è siècle fut marquée par l’urbanisme fonctionnel avec des infrastructures routières importantes et un déploiement de différents types d’organisation spatiales destinés à satisfaire des besoins quantifiés et localisés.

Le passage au nouveau millénaire marque une prise de conscience considérable. Nos sociétés modernes prennent ainsi en compte les effets sur l’environnement et sur la santé, nos choix dans la production de nos artefacts. Nos modèles de développement sont ainsi soumis à une réflexion critique salutaire et nos approches urbaines sont remises en cause. Moins théoriques et abstraites, on assiste à l’émergence de démarches davantage pragmatiques et contextuelles. Elles laissent une large place à l’expérimentation et à la responsabilité collective. Pris dans ce mouvement, les urbanistes, les économistes et les citoyens se sont mobilisés pour inventer ensemble une nouvelle urbanité.

S’intéresser à l’ordinaire, au quotidien, n’interdit pas de spéculer sur les mondes futurs. La discipline architecturale continue de produire de nombreuses théories et fournir des concepts aptes à rassembler. La Smart City illustre ce phénomène. Si elle éclaire sur des problématiques de mobilité, de créativité, sur notre gestion des usages grâce aux nouveaux moyens numériques, elle cache parfois des intentions moins nobles plus proches du marketing que d’une vraie démarche innovante.

Le concept de smart city est difficile à définir. C’est dans le meilleur des cas un laboratoire pour tester de nouvelles formes de démocratie, de solidarité et de coopération. Elle mobilise ainsi des entrepreneurs, citoyens et créatifs à l’intérieur de communautés d’action, mises en réseau grâce aux technologies de l’information et de la communication et vise à améliorer la vie des habitants. Dans les grandes métropoles du nord de l’Europe, cette notion a favorisé l’optimisation des ressources, des transports propres, une gestion efficace des déchets, et la prise en compte du vieillissement des populations. Dans les pays émergents, la notion de Smart city apporte un cap et un cadre à la croissance et au développement de villes gigantesques, résultant de l’exode rural généralisé. On constate que les grandes métropoles chinoises et indiennes investissent massivement dans les technologies et font la promotion des smart cities comme idéal d’aménagement.

Mais quelle sera la capacité de résistance de la « ville intelligente » face au chômage, à la précarité, à la fragilité environnementale, aux grandes migrations climatiques et de la guerre ? Il y manque une notion essentielle, d’une actualité brûlante : l’hospitalité. La smart city sera hospitalière, transitoire, nomade ou ne sera pas.

L’auteur est Christian Dautel, Directeur Général de l’ensa Nantes (école nationale supérieure d’architecture de Nantes). L’école fait partie de l’Alliance Centrale-Audencia-Ensa.