Les cours en ligne ouverts à tous, Mooc en anglais, cachent-t-ils une révolution ? Gilles Babinet, porte-voix de la France numérique à Bruxelles en est persuadé : « Gutenberg a vidé les abbayes du Moyen-âge, les Mooc videront demain les universités. »

Suivre le matin un cours à Stanford aux USA et le soir à l’Ecole Polytechnique en France, c’est possible grâce aux Mooc. Un acronyme qui signifie Massive Online Open Courses. M pour massive, des milliers de personnes suivent un cours. O pour open, quiconque dans le monde peut s’y inscrire sans condition. O pour online parce que l’enseignement a lieu sur Internet et enfin C pour courses parce que le cours magistral devient interactif. Une nouvelle pédagogie est en train de naître car « un Mooc n’est pas un cours filmé » avertit Dominique Rossin, professeur, qui a ouvert le premier Mooc à l’Ecole Polytechnique à la rentrée 2013, « c’est une manière de dispenser un savoir. »

 

Une vitrine d’excellence
Concrètement un Mooc est un cours gratuit mis en ligne par une université, ou une école (cf encadré) sur une plateforme spécialisée. Chaque cours est découpé en vidéos de 10 à 15 minutes complétées par des illustrations, des graphiques, des exercices et des propositions interactives. Un Mooc se limite à un thème précis et ce n’est donc pas à proprement parlé un cursus complet. Le sigle Mooc apparaît en 2008 aux Etats-Unis mais l’essor de ces cours en ligne ouverts à tous ne commence véritablement qu’à la fin de l’année 2011. Deux ans plus tard, la France, s’y met. Pourtant pas question pour Centrale Lille, HEC Paris, Bordeaux III, Paris Panthéon-Assas, Montpellier II, Sciences Po ou encore Paris Ouest-Nanterre d’y mettre la totalité de leurs programmes. Seuls un ou deux cours phares permettent à ces établissements de jouer la carte du produit d’appel et ce d’autant plus qu’aux Etats-Unis ce sont les universités les plus prestigieuses qui ont lancé les Mooc. D’ici fin 2014, une cinquantaine de Mooc devrait fonctionner sur la plateforme nationale FUN, France Université Numérique, inaugurée en octobre dernier.

 

Un cours mondial
« Un Mooc demande plus de temps à préparer qu’un cours traditionnel, en moyenne une quinzaine d’heures pour une vidéo d’une heure » explique Dominique Rossin, « parce qu’on doit toucher des publics très différents. Il y a très peu d’étudiants derrière l’écran mais beaucoup d’adultes, des étrangers en Asie, en Afrique et même des lycéens. A l’arrivée j’ai beaucoup plus de retour sur la qualité de mon intervention que je n’en ai jamais eu pendant toute ma carrière dans un salle ! »
A quelques exceptions, ces cours ne débouchent pas sur des diplômes mais sur des certificats attestant qu’on les a suivis. Pour l’instant chaque université finance ses Mooc principalement sur ses deniers, l’hébergement sur les plateformes est gratuit. Un modèle économique pour les Mooc ? « Je n’en ai pas la moindre idée et personne ne l’a aujourd’hui ! » reconnait Lancelot Pecquet chercheur et enseignant en sciences numériques.

 

BigMooc
N°1 mondial du Mooc, la plateforme Coursera a été lancée par les universités de Princeton et de Stanford. Elle propose aujourd’hui 430 cours de quelque 70 universités dans 5 langues. Elle compte 5 millions d’utilisateurs. A but lucratif, elle fait payer certains de ces certificats.
Udacity
créé par un professeur de Stanford, ce Mooc à but lucratif revendique quelque 1,5 millions d’utilisateurs.
La plateforme edX
à but non lucratif a été fondée par Harvard et MIT en 2012, elle totalise 1,5 millions d’utilisateurs.
La Kahn Academy ressemble plus à une école mondiale ou à une bibliothèque de contenu média qu’à un Mooc. Fondée par Salman Kahn en 2008, elle compte 10 millions d’utilisateurs.

 

M.L.