L’« internet des objets » serait, pour certains la première vraie révolution technologique du XXIe siècle. En 2012, 15 milliards d’objets étaient connectés et ils seront 80 milliards en 2020. Une mutation qui peut faire beaucoup de bien à la planète mais également dégénérer façon « Minority Report. » Aperçu.

15 ans déjà que l’expression « objets connectés » a été inventée et que l’on nous promet monts et merveilles. Et puis, d’un seul coup, ça démarre vraiment : les magazines économiques en font leur couverture, un ami manipulant son smartphone vous explique qu’il est d’en train d’ouvrir la porte de son appartement à distance au réparateur, une start-up française (MEG) lance les pots de fleurs intelligents, une autre (hapi.com) la fourchette qui vous gronde si vous mangez trop vite, sans oublier la boîte à pilules Vitality qui passe automatiquement commande au pharmacien quand elle est presque vide. Au final, vous apprenez que près de 20 milliards d’objets sont déjà connectés, que tous les géants informatiques sont sur la brèche (Intel, Microsoft…) et que le secteur devrait créer plusieurs dizaines de milliers d’emplois dans le monde dans les 5 ans à venir.

 

Des objets intelligents et… écolos !
Bien sûr, dans le lot, il y a un tas de gadgets dédiés à notre époque follement narcissique : des bracelets (ou bagues) nous disant tout sur notre forme (11 % des Français équipés !) ou vibrant autour du poignet de notre conjoint pour lui signaler qu’on pense à lui (ça, c’est chou) ; des appareils photos et caméras microscopiques diffusant notre vie en continu sur les réseaux sociaux, mais aussi donc ces serrures, frigos, compteurs et/ ou centrales de chauffage « domotiques » dont on nous rebat les oreilles depuis trente ans et qui marchent enfin. Dans la série « petites et grandes économies », une mention spéciale sera accordée aux systèmes d’irrigation intelligents (on dit aussi bien « intelligents » que « connectés ») permettant aux agriculteurs de réduire de 30 % en moyenne leur consommation d’eau. Et jusqu’à 20 % la consommation de carburant des chauffeurs routiers qui installent un analyseur de conduite (si vous freinez ou changez de vitesse trop tôt) Ce qui faire dire à certains que la révolution des objets connectés sera l’une des solutions majeures à nos problèmes environnementaux. Mais là où le citoyen lambda mesurera le plus concrètement le progrès apporté par ces objets qui, comme dans les dessins animés communiquent entre eux, c’est lorsqu’il se garera dans certains quartiers de Nice et Toulouse où lui sont communiqués, via son smartphone ou son ordinateur de bord, les places libres les plus proches !

 

Big brother & Cie
A l’opposé, l’exemple du passant qui, à Tokyo, est aujourd’hui filmé à son insu par un panneau publicitaire lui renvoyant sur le panneau suivant la publicité la mieux adaptée à son look, donnera du grain à moudre à tous les tenants de la thèse Big Brother, revue à la sauce Minority Report, le film de Spielberg qui ouvrait justement sur une scène dans laquelle Tom Cruise est interpellé dans la rue par des publicités conçues pour lui sur mesure… Une question de confiance dans la neutralité des machines ? Ou bien plutôt de culture ?… En Corée, les automobilistes trouvent naturel que ce soit désormais la vidéo embarquée dans leur voiture qui détermine auprès des assurances s’ils étaient en tort ou non lors d’un accident. Un français accueillerait-il ce verdict objectif de manière aussi placide ?… Peu probable quand on sait que le gouvernement français vient de déposer auprès de la Commission Européenne un projet de loi consacré au « silence des puces » ! Derrière cette accroche poétique, « il s’agit, nous explique-t-on, du droit du citoyen à être certain que les objets présents dans son environnement ne parleront pas de lui sans son consentement » ! Déclaration tirée du Manifeste du Surréalisme ?… Du tout ; du site du ministère. Alors : bienvenue dans le monde des objets connectés !

 

JB