le grand entretien

 

Comme nous l’explique son président Philippe Boutry, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne est en plein développement. Les nombreux chantiers ouverts (environnement structurel, doubles cursus, relations avec les entreprises, formation continue, e-learning…), permettront une meilleur intégration professionnelle des étudiants.

 

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

 

 

Quelle est votre vision de l’université française du 21e siècle ?
Aujourd’hui, l’idée s’impose que le modèle universitaire constitue le seul modèle intelligible à l’échelle internationale. Le système d’enseignement supérieur français, dans lequel les grands établissements, les grandes écoles et les organismes de recherche coexistent avec les universités, n’est pas très bien compris à l’étranger. Dans son originalité spécifique et complexe, il se révèle très différent de celui des autres pays et va devoir évoluer vers le modèle universitaire. Le pari consiste à ne pas perdre la richesse des classes préparatoires, des grands établissements et des organismes de recherche mais à les fédérer dans un modèle d’université de type nouveau, lisible au niveau mondial.

 

La Loi Fioraso va-t-elle modifier votre stratégie en profondeur?
Précédée par les Assises de l’enseignementsupérieur et de la recherche qui ont permis une réflexion approfondie sur son avenir, cette loi ne règle pas le problème du système économique universitaire. Toutefois, elle présente un certain nombre de modifications importantes, notamment une ouverture plus grande à l’ensemble des bacheliers. En effet, elle prévoit un projet de démocratisation de l’université avec un taux de 50% de diplômés de l’enseignement supérieur pour chaque classe d’âge. L’insistance de cette loi sur la valorisation du doctorat est importante, car on s’aperçoit que les élites françaises actuelles sont peu tentées par ce diplôme qui représente pourtant le modèle international (PhD). De plus, les réformes structurelles de la loi débouchent sur la création d’un Conseil académique. Il va permettre de gérer de manière globale et efficace les questions d’emploi et de recrutement ainsi que de consolider les segments sur lesquels nous sommes les plus en pointe, tout en opérant avec souplesse un certain nombre d’ajustements entre les disciplines et les secteurs. La Communauté d’établissements à laquelle nous appartenons nous tire vers le haut. Ainsi, l’ESAM (Etudes Supérieures des Arts et Métiers ) regroupe Paris 1 avec ses 45000 étudiants, l’ESCP Paris, l’Ecole Nationale d’Administration, le CNAM, l’ENSAM et bien d’autres établissements.

 

Allez-vous développer d’autres départements ou formations dans votre université ?
La création de nouvelles UFR ou départements n’est pas à l’ordre du jour. L’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne se compose de trois familles disciplinaires : « Droit et science politique » ; « Economie, gestion, mathématiques et informatiques appliquées » ; « sciences humaines et sociales ». Cet ensemble permet une interdisciplinarité inscrite dans les gènes de l’université. Ceci remonte à la création de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, dans les années 70, lorsque des professeurs de ces trois spécialités qui ont voulu la fondation de cette université afin de sortir d’une perspective mono-disciplinaire. Cette pluridisciplinarité génétique nous permet aujourd’hui de proposer des doubles cursus conçus en interne. Ces doubles licences, très appréciées des étudiants, leur permettent d’acquérir deux diplômes à l’issue de la formation. Ainsi, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne propose aujourd’hui 15 doubles licences, parmi lesquelles : droit/économie, histoire/ science politique, philosophie/science politique, pour ne donner que quelques exemples.

 

Vos relations avec les entreprises sont-elles suffisamment développées ?
Nos relations avec les entreprises sont de différente nature. Comme cela est prévu par la loi, certaines siègent au Conseil d’administration de l’université. Mais au-delà de cela, elles sont partie prenante de nos activités de différentes manières. Nous avons, en particulier dans les masters professionnels, des intervenants issus du monde de l’entreprise qui dispensent des cours à nos étudiants. C’est ainsi pour eux un moyen de se confronter au monde professionnel dans lequel ils sont destinés à faire leur carrière professionnelle. Certaines entreprises entretiennent avec notre université une relation plus étroite dans le cadre de chaire qu’elles financent. C’est notamment le cas d’une chaire en géographie financée par le groupe Eiffage et intitulée « Biodiversité, Environnement et Grandes infrastructures ». Plus généralement, à l’échelle de l’université, la direction des partenariats entreprise et de l’insertion professionnelle (DPEIP) organise chaque année deux forums de rencontre étudiante avec des entreprises. L’un d’eux est centré sur les carrières juridiques et se déroule traditionnellement en décembre. L’autre plus généraliste se déroule généralement en février. Nos étudiants ont également accès à des offres de stages et offres d’emploi au travers de « Réseau Pro » sur lequel ils peuvent également créer leur profil et poster leur CV. Cet applicatif inter-universitaire est pour nos étudiants une interface avec le monde de l’entreprise, très utile. Enfin, la Fondation Panthéon-Sorbonne, en cours de lancement, nous aidera également développer nos relations avec les entreprises.

 

Pourquoi la formation continue constitue-t-elle un de vos axes stratégiques privilégiés ?
La formation continue est une activité historique à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Aujourd’hui notre structure, Formation Continue Panthéon Sorbonne, propose des formations dans un large spectre mobilisant potentiellement l’ensemble des disciplines enseignées dans l’université. Des entreprises ou organisations publiques comme privées, en France mais également étrangères, nous sollicitent pour des formations spécifiques plus ou moins longues. Notre dispositif est aujourd’hui en mesure de répondre à différents types de demandes qu’il s’agisse de formation longue ou courte, diplomantes ou non. Notre université propose également une offre de VAE.

 

Pour quelle raison mettrez-vous l’accent sur l’enseignement à distance ?
Avec la progression des outils numériques, ce type d’enseignement Notre université est dotée d’un Centre Audiovisuel d’Enseignement Juridique (CAVEJ) offrant une formation à distance en droit et préparant aux diplômes nationaux. Le Centre, porté par Paris 1 Panthéon-Sorbonne, réunit 6 universités de la région parisienne et répond également au besoin de formation tout au long de la vie. Il compte près de 5000 étudiants. L’importance d’un tel dispositif d’enseignement à distance réside notamment dans le fait qu’il permette à des populations pour lesquelles l’accès à l’enseignement présentiel à l’université n’est pas aisé, d’accéder à un enseignement de même niveau et de même qualité. Ainsi, le CAVEJ a-t-il développé des partenariats avec certains pays francophones d’Afrique de l’ouest pour la formation en droit et l’accès aux diplômes nationaux.

 

L’université que vous dirigez doit-elle s’ouvrir à d’autres publics que les étudiants ?
L’université doit être ouverte à un large public. L’université Paris 1 Panthéon- Sorbonne ne forme pas uniquement des étudiants en formation initiale, elle s’adresse également à des publics d’adultes en reprise d’étude ou en formation continue. Elle propose également une offre de formation à distance dans le cadre du CAVEJ comme évoqué précédemment. Mais au-delà des formations, notre université s’ouvre aussi à de jeunes publics, notamment lycéens qui viennent découvrir ce qu’est l’université et ce qui s’y fait. Ainsi, les économistes organisent-ils les journées PLEASE, ouvertes aux lycéens des trois académies franciliennes, permettant la découverte de l’économie au contact des chercheurs et enseignants-chercheurs. Dans un autre registre, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne lance cette année « Les Entretiens de la Sorbonne », conférence grand public autour d’un thème d’actualité et au cours de laquelle débattront des personnalités non seulement universitaires mais également issues de la société civile.

 

Que faites-vous pour faciliter l’intégration professionnelle de vos diplômés ?
La direction des partenariats entreprises et de l’insertion professionnelle (DPEIP), déjà citée, est en charge dans l’université de cet aspect. Ainsi elle organise des ateliers de rédaction de CV et lettres de motivation, des sessions d’entrainement et depréparation aux entretiens d’embauche, elle relaie les offres de stages et d’emplois sur « Réseau Pro » et facilite la rencontre entre étudiants et recruteurs tout au long de l’année. Parallèlement, les masters professionnels incluent un stage dans le cursus qui permet ainsi aux étudiants de se confronter au monde du travail et d’y acquérir des compétences complémentaires à celles apprises à l’université. A l’issue de leurs stages, les étudiants présentent et soutiennent un rapport de stage devant des jurys mixtes comprenant des enseignants et des professionnels de l’entreprise d’accueil.

 

Patrick Simon