Parce que la gouvernance d’une entreprise est le reflet des influences culturelles du pays dans lequel elle évolue, la fonction de Vice-président englobe des pouvoirs et des responsabilités pouvant varier du tout au tout au fil des continents. Soutien de poids du Président ou fonction alibi, quel rôle le Vice-président joue-t-il vraiment à travers le monde ?

Une figure made in USA
C’est indéniablement en Amérique du Nord que la fonction de Vice-président (VP) est la plus répandue. Mais paradoxalement « dans l’entreprise américaine où la notion de manager est galvaudée, le VP n’est pas vraiment un VP », affirme Béatrice Collin, Professeur de Stratégie et Management International à ESCP Europe. « Aux USA, le terme de VP ne désigne pas celui qui seconde le Président mais plutôt celui qui remplit les fonctions d’un Directeur avec la responsabilité d’une activité ou d’un département. » Pour Pierre-Yves Sanséau, Professeur à Grenoble EM, cette fonction va même plus loin. « Le poste de VP en Amérique du Nord correspondrait en France à celui d’un « Directeur + », dotés de l’ensemble des prérogatives, des tâches et des fonctions d’un Directeur mais aussi d’un vrai pouvoir d’action lui permettant de prétendre à suppléer le Président dans certains cas. »

 

Eminence grise ou contre-pouvoir, le VP se fait rare en Europe
S’il est plus inhabituel de rencontrer un VP dans une entreprise européenne, lorsqu’il existe, l’étendue de ses responsabilités est à géométrie variable. En France par exemple, on parle le plus souvent de VP dans des entreprises dont la gouvernance est organisée en Conseil de Surveillance ou en Directoire. Il désigne alors un administrateur doté de prérogatives spécifiques. Si selon Béatrice Collin il peut alors y faire figure « d’éminence grise ou de contre-pouvoir », Pierre- Yves Sanséau voit dans la centralisation des entreprises françaises les origines d’un VP plus « poulain que contre-pouvoir, un Président bis qui a accès à la confidence et aux dossiers sensibles ». L’utilité de sa présence au sein des entreprises françaises fait donc débat, comme le note Loïc Dessaint, Directeur associé chez Proxinvest, première agence française d’analyse de gouvernance et de politique de vote. « Le VP du CA est sensé jouer un rôle de contre-pouvoir mais dans les faits il a souvent de grandes difficultés à trouver sa place face à un Président maître de tout. De son rôle initial d’administrateur référent, il risque de s’illustrer en réalité comme un administrateur révérend. »

 

De l’utilité du VP sur les marchés émergents
Mais alors de quel « VP modèle » les entreprises des pays émergents soucieuses de s’illustrer sur la scène internationale ont-elles bien pu s’inspirer ? Pour l’Asie, il est difficile de discerner une tendance générale. En effet, si on peut observer de grandes lignes directrices dans la gouvernance des entreprises anglo-saxonnes et des entreprises européennes, inspirées respectivement par les modèles protestant et judéo-chrétien, l’Asie est un cas à part, du fait de l’hétérogénéité des modèles culturels des pays qui la composent. Le Japon par exemple, apporte une grande importance à la notion d’Empereur et privilégie donc un modèle où le pouvoir est caché. Au contraire, la Chine, communiste, s’appuie sur un modèle où le pouvoir est fortement centralisé et où le vice-président n’a donc pas forcément un rôle prépondérant. C’est en revanche au Moyen-Orient que la fonction pourrait se développer. Dans cette zone où les entreprises familiales sont nombreuses, de grandes réflexions sont en effet en cours sur la gouvernance qui se complexifie avec l’arrivée aux commandes de la 3è et de la 4è génération. Un VP indépendant de la famille pourrait ainsi y avoir sa place pour permettre à ces sociétés de se rapprocher des modèles de gouvernance occidentaux et ainsi attirer des investisseurs étrangers et se développer plus rapidement au niveau mondial.

 

CW.