HISTORIQUEMENT, LE MÉTIER D’INGÉNIEUR A SURTOUT ÉTÉ OCCUPÉ PAR UNE POPULATION MAJORITAIREMENT MASCULINE, CE POUR DES RAISONS PRINCIPALEMENT CULTURELLES. MÊME SI LES CHOSES SEMBLENT ÉVOLUER POUR LES FEMMES DANS LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE 2014, LE NOMBRE DE CES DERNIÈRES EXERÇANT LE MÉTIER D’INGÉNIEUR PEINE À AUGMENTER DE MANIÈRE SIGNIFICATIVE ET LES ÉCOLES D’INGÉNIEURS DU NUMÉRIQUE AFFICHENT RAREMENT PLUS DE 15 % DE FILLES DANS LEURS RANGS. IL EST DONC PERTINENT DE SE DEMANDER CE QUI RETIENT LES FILLES DE CHOISIR CE GENRE DE CARRIÈRES À L’ISSUE DU BACCALAURÉAT ET DE SE QUESTIONNER SUR LE STATUT DE LA FEMME INGÉNIEUR UNE FOIS EN ENTREPRISE.

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NOUS AVONS CHOISI D’INTERROGER TROIS ISEPIENNES, appartenant à trois générations différentes de femmes ingénieurs, sur leurs visions de la place de la femme dans le monde de l’ingénierie numérique mais aussi sur ce qui a motivé ce choix de carrière. Il faut souligner que l’ISEP accueille en moyenne 19 % de filles au total chaque année, un nombre au-dessus de la moyenne nationale que l’école s’efforce de faire augmenter d’année en année.

 

Après le Bac, et pour des raisons historiques et sociologiques, il semble que les filles n’envisagent pas forcément la possibilité de poursuivre des études d’ingénieur. Pour Nathalie Saint Martin, cela est « dû à la méconnaissance des carrières possibles à l’issue des études scientifiques qui ne sont pas forcément limitées à l’unique laboratoire de recherche et développement ». Géraldine Zanolli, quant à elle, pense que « la société renvoie une image de l’ingénieur qui génère des préjugés et ne donne pas envie aux jeunes filles de se lancer ». Celles qui choisissent en revanche cette voie sont souvent motivées par une « attirance naturelle pour la science et la logique », ce qui fut le cas d’Anne Minault. Cette dernière nous explique d’ailleurs qu’il est même « agréable d’être en minorité dans une classe constituée principalement de garçons, lesquels ont tendance à chouchouter et prendre soin de leurs camarades féminines ». Les stages choisis par les élèves filles lors de leurs études d’ingénieur peuvent constituer un marqueur de différence par rapport à leurs camarades masculins. « Très peu de filles de ma promotion ont fait un stage orienté technique ou développement. Nos stages étaient orientés chef de projet ou marketing », nous explique Géraldine. Pour Anne, la différence dans sa promotion n’était pas flagrante même si « pas mal de filles choisissaient des stages en télécommunications plus qu’en développement ». Cela peut être en partie expliqué par « l’envie personnelle de certaines jeunes filles, le poids des clichés et des a priori véhiculés par la société depuis de nombreuses générations, y compris dans les milieux enseignants et les cellules familiales, un manque de confiance des jeunes filles dans leurs propres difficilement la vie familiale et la vie professionnelle » pense Nathalie.
Dans le contexte professionnel, Anne (qui travaille comme ingénieur avant-vente chez Orange depuis 3 ans) a toujours eu une expérience très positive. Comme sur les bancs de l’école, son statut de femme dans des équipes majoritairement masculines lui conférait un « statut privilégié » et elle s’est donc ainsi toujours sentie « bien entourée par ses pairs ». Même retour positif de la part de Nathalie, Business Unit Managing Director chez Continental Automotive Trading France, qui pense « que l’on se souvient beaucoup plus des femmes qui évoluent dans ce milieu. Voilà bien l’avantage d’être aussi rares dans cette activité ». Géraldine, actuellement en 3e année du cycle ingénieur à l’ISEP, a pour sa part effectué un stage en webmarketing, travaillait dans une équipe purement féminine où la bienveillance n’était pas de mise, bien au contraire. « Les filles entres elles ne sont pas faciles », nous confie-t-elle. Moralité, la difficulté n’est peut être pas toujours là où on l’attend. Pas de mauvaise expérience vis-à-vis de leurs collègues masculins donc pour nos deux diplômées qui ont dû, au cours de leur carrière, manager des hommes. « Si rencontrer une femme peut être inhabituel, tout est ensuite affaire de compétences » explique Nathalie. Quelques accrochages peuvent toutefois arriver, ce qui est parfois le cas d’Anne lorsqu’elle rencontre pour la première fois des interlocuteurs masculins, ouvertement dubitatifs quant à ses compétences techniques en raison de son apparence féminine. « Il suffit d’entrer dans le vif du sujet et, rapidement, les sceptiques se rendent compte que je maîtrise parfaitement mon sujet ». Même chose pour Nathalie, qui a dû par le passé « diriger des hommes très expérimentés qui ne s’attendaient pas à être un jour managé par une femme. Il a donc fallu que chacun trouve sa place et sa complémentarité afin de pouvoir travailler sereinement ». Les femmes haut placées hiérarchiquement peuvent même devenir des modèles pour les plus jeunes générations. « J’ai connu plus de femmes que d’hommes parmi mes supérieurs hiérarchiques et je les garde comme modèles. Étant nouvelle dans le milieu masculin de l’écosystème français des start-ups, je les admire car il n’est pas facile de s’y imposer et il faut une grande force de caractère » nous explique Géraldine.
Et l’avenir alors ? L’évolution professionnelle peut être un sujet épineux pour les femmes, notamment pour celles qui souhaitent monter hiérarchiquement et atteindre des postes de direction. Mais cela n’inquiète pas nos ISEPiennes, qui ont confiance en l’avenir et en leur statut de femme ingénieur. Pour Géraldine, la cadette de cet article, « le statut de femme n’influencera pas mes perspectives professionnelles ». Nathalie, quand à elle, pense « qu’il y a de nombreuses perspectives possibles non pas liées à mon statut de femme mais plutôt en relation avec mes qualités et mes compétences qui seront utiles à l’entreprise. Par exemple, je me suis vue un jour proposer une forte évolution de poste par un supérieur qui savait que je devais accoucher quelques semaines plus tard… Une vraie marque de confiance et de reconnaissance ! » Même vision du futur pour Anne qui n’entrevoit pas « d’obstacle pour son évolution professionnelle, puisque dans son entreprise, on recherche plutôt des profils investis et motivés, peu importe le genre ». Elle conclut en encourageant les jeunes filles à ne pas hésiter et à choisir « ce métier très porteur dans lequel être une femme ne sera pas un obstacle, bien au contraire ».
Trois témoignages croisés plutôt positifs de la part de ces ISEPiennes pourtant issues de générations différentes, qui laissent espérer que le statut de femme dans le monde de l’ingénierie à l’ère du numérique sera de moins en moins marginal, et que de plus en plus de jeunes bachelières se lanceront dans cette voie prometteuse.

 

Par le service de la communication
de l’ISEP