La question n’est pas tant « qu’est-ce-que la culture générale au sein des grandes écoles ? », mais « pourquoi son enseignement doit-il faire part intégrante de la formation académique des étudiants ? ». En effet, l’objectif pédagogique principal des grandes écoles est d‘initier l’étudiant aux univers interfaces de la gestion, du management et des sciences de l’ingénieur, afin de l’aider à répondre aux futures problématiques qui lui seront posées, en tant qu’acteur de l’entreprise et de la société.

 

Former des hommes réfléchissants, « citoyens du monde » et acteurs de la société
La première utilité de l’enseignement de la culture générale se situe à un niveau de vocabulaire, d’idée et de concept minimum qu’il est recommandé de maîtriser en tant qu’acteur de la société. Une connaissance légère suffit pour poser les principales questions et participer activement à une discussion. Ainsi, l’étudiant parvient à décrypter et à comprendre son environnement, ce qui représente une étape élémentaire avant d’exprimer le moindre jugement. Il ne s’agit pas d’une simple accumulation de connaissances mais d’un apprentissage à l’observation, au questionnement et au jugement. La culture générale est donc primordiale pour former un homme, pour élever sa capacité d’abstraction et de réflexion. « Former l’étudiant pour sa vie future au-delà du seul enseignement d’un métier : il s’agit aussi d’une des missions des formations d’enseignement supérieur », précise Philippe De La Chevasnerie, étudiant à l’Ecole Polytechnique.

 

La culture générale, élément fondateur des managers de demain
En plus des outils managériaux, techniques et scientifiques, la culture générale aidera également nos futurs cadres à honorer efficacement leurs responsabilités vis-à-vis des entreprises, de leurs équipes et de la société. L’expertise technique et la maîtrise de la culture générale sont essentielles pour satisfaire ces exigences et faire preuve de leadership. « En absence de culture générale, nous sommes démunis pour former quelconque jugement, de plus la culture générale favorise le développement nécessaire d’un esprit critique sur les techniques scientifiques et les outils managériaux », explique Olivier Fourcadet, professeur à l’ESSEC. La culture générale est centrale chez nos futurs managers et ingénieurs, car « ce qui fait la différence aujourd’hui dans les organisations, c’est la qualité de l’humain et non l’expertise technique même si cette dernière demeure indispensable» évoque Anne Witte, professeur de culture à l’EDHEC. Les entreprises recherchent en effet des collaborateurs communicatifs, réfléchissants et créatifs, faisant preuve de curiosité et d’ouverture d’esprit. La culture générale devient aussi de plus en plus utile dans l’exercice des fonctions managériales à l’heure d’une émergence des enjeux de la RSE et de l’éthique au sein des entreprises. Ces nouvelles exigences appellent à la maîtrise de connaissances transdisciplinaires qui permettra à l’individu de développer les qualités nécessaires et de faire face aux défis de demain, parmi eux, « rendre la France compétitive face aux nouvelles formes de concurrence que sont l’innovation, la réactivité et l’intelligence sociale et éthique » déclare Anne Witte.

 

« Redevenir acteur de sa curiosité intellectuelle »
Certains jugeront que la place concédée à la culture générale au sein des grandes écoles est insuffisante, d’autres, superflue. En effet, certains étudiants ont compris l’utilité de la culture générale dans les prises de décision et ont goûté au plaisir de se cultiver, alors que d’autres minimisent son rôle et considèrent son enseignement trop dense. La question de la transition en termes de pédagogie entre la classe préparatoire et la grande école est alors ici capitale. Le caractère urgent et stressant de la préparation des concours conduit malheureusement à une accumulation de connaissances, à un travail de réflexion mécanique, n’impliquant aucun recul de l’étudiant par rapport à la pratique du questionnement. L’enseignement de la culture générale dans les grandes écoles vise donc à redonner à l’étudiant l’espace de liberté pour juger. « Il faut sortir de la mécanique du concours », souligne Olivier Fourcadet. Il s’agit désormais d’accompagner le questionnement de l’étudiant et de l’amener à redevenir le moteur de son étonnement du monde et de la société. Dans ce sens, Olivier Fourcadet privilégie les méthodes pédagogiques anglo-saxonnes du tutorat dont le fonctionnement en petits groupes favorise l’acquisition de nouveaux réflexes. Dans cette même optique, Anne Witte souligne la nécessité d’innovation dans l’enseignement. Les voyages culturels représentent également une approche très pertinente de la culture générale tout comme les activités proposées par les associations culturelles étudiantes ou les conférences organisées par les écoles. « Je participe régulièrement aux sorties culturelles organisées par le BDA et aux conférences du Café des Sciences qui m’extirpent du carcan scientifique », témoigne Cécile Vaudevire, étudiante à l’Ecole des Ponts ParisTech. « Je regrette parfois que dans certaines grandes écoles, la culture générale soit délaissée en fin de cursus au profit d’une spécialisation et d’une professionnalisation de la formation. Nous devons veiller à ne pas former des technocrates, le projet de formation est à construire en multidisciplinaire » indique Anne Witte. Toutefois, outre la culture générale, Olivier Fourcadet rappelle également l’importance de l’enseignement des sciences et des techniques, de la culture populaire et des cultures étrangères indispensables aux futurs acteurs de demain à l’heure de la globalisation et des divers enjeux scientifiques, technologiques et éthiques.

 

La culture générale, un avantage concurrentiel individuel et collectif
La maîtrise de la culture générale représente donc un réel avantage pour l’étudiant et son futur parcours professionnel. C’est pourquoi, les grandes écoles jouent un rôle de 1er plan dans l’enseignement de cette dernière. « Ce qui compte, c’est de montrer aux étudiants la valeur de la culture générale, mais cette dernière n’est pas assez “ marketée” », rétorque Olivier Fourcadet. Enfin, il ne faut pas oublier de placer la culture générale dans l’environnement international et prendre conscience que le modèle français est unique sur cette question, il s’agit d’un réel avantage concurrentiel dont on ne tire malheureusement pas assez profit.

 

AB