La parité Hommes/Femmes, enjeu majeur dans les Grandes Ecoles et dans les Grandes Entreprises

 

 

Pierre-Yves Gomez

Pierre-Yves Gomez

Pour Pierre-Yves Gomez, Directeur de l’Institut français de gouvernement des entreprises, professeur de stratégie à EMLyon Business School, la question de la représentativité des femmes dans l’entreprise n’est « pas économique, mais politique. L’économie est asexuée au plan théorique, mais sexuée en tant que pratique. Or, la pratique c’est le politique. »

 

Un enjeu politique…
La question est plus délicate encore si l’on considère qu’il existe des compétences féminines. « C’est une question subtile, car il faudrait alors préciser ce que l’on attend et entend par féminin. Et dangereuse, car l’apport des femmes est considéré d’un point de vue masculin. Il nous manque une étude scientifique des comportements et de leurs effets sur le management et la performance des entreprises. Cela suppose de définir à priori des critères pour établir par exemple le lien entre présence de femmes dans des conseils d’administration et prudence ou efficacité. Et par là même reviendrait à affirmer que les choix dépendent de la masculinité ou de la féminité, qui sont construits socialement. »

 

et de justice sociale…
La position est d’autant plus politique que l’humanité est composée de personnes des deux genres. « Faire participer les femmes aux instances dirigeantes au nom de la performance serait les placer en posture utilitariste. Il faut le faire parce que c’est juste et que l’entreprise, lieu social comme un autre, ne peut échapper aux lois du bon sens, et devrait refléter dans ses instances dirigeantes sa population de référence. Je suis frappé que l’on recoure à l’économie pour expliquer l’égalité. Si la diversité n’est pas neutre en termes de comportement dans une équipe, on ne sait déjà pas faire le lien scientifique entre travail d’administrateur et performance de l’entreprise, alors comment le faire entre nombre de femmes dans le conseil et performance ? »

 

que l’on sait mal traiter
Pour P-Y. Gomez, la maternité devrait aussi être considérée comme positive plutôt qu’en défaveur des femmes. « On évalue sur des références masculines sans considérer qu’une femme a eu des enfants et la maternité comme un élément de qualification. Je pense qu’il réside une vraie valeur dans le fait d’avoir des femmes administratrices et mères. La valeur est aussi sociale. Elles savent ce qu’est vivre une vie familiale et professionnelle. Les scientifiques constatent que les femmes s’arrêtent souvent pour élever leurs enfants, ce n’est neutre ni pour la société ni pour l’entreprise. La pression est énorme sur les femmes : elles doivent à la fois être de bonnes mères et épouses, et sont considérées sous le prisme de la performance dans l’entreprise. Le résultat est qu’on exige deux fois plus d’elles que des hommes. » La loi Copé-Zimmermann votée le 13 janvier 2011, prévoit que d’ici 6 ans, la proportion des administrateurs de chaque sexe ne peut être inférieure à 40 % dans les Conseils d’administration des entreprises d’au moins 500 salariés permanents et présentant un montant net de chiffre d’affaires ou un total de bilan d’au moins 50 millions d’euros. Cette loi concerne aujourd’hui 2 000 entreprises, soit 7 à 8 000 mandats d’administrateurs pour les femmes.

 

La loi pour engager une évolution concrète…
Pour beaucoup, il serait intellectuellement parlant plus positif que les choses avancent par une évolution des mentalités. Ces mêmes observateurs constatent qu’il s’avère nécessaire de passer par la loi pour engager une évolution concrète et rapide. La rupture est ainsi venue de la loi pour imposer la parité dans les listes politiques. Et aujourd’hui, tous les grands partis ont des femmes en responsabilité.

 

Demain 40 %
de femmes
dans les Conseils d’administration des grandes entreprises ?

qui peut avoir des effets pervers
Ainsi, prévient Pierre-Yves Gomez, Directeur de l’Institut français de gouvernement des entreprises à EMLyon Business School qui a été auditionné par la Sénatrice Zimmermann, « elle pourrait se traduire par un retour en arrière en termes de gouvernance. L’immense majorité des entreprises en France sont de taille moyenne. Elles peuvent être tentées de placer des femmes de la famille pour atteindre le quota sans pour autant leur laisser le pouvoir. » De là à dire qu’il existera un Conseil bis qui prendra les décisions il n’y a qu’un pas. L’Association des Femmes Diplômées d’expertise comptable Administrateurs, s’organise pour préparer et proposer des femmes hautement qualifiées pour prendre des mandats d’administrateurs. « L’Association s’attache à détecter les “ places “ à prendre au sein des CA, se faire référencer auprès des entreprises concernées, analyser ce que recherchent les CA et surtout à mettre en avant les atouts des experts-comptables, explique Marie-Ange Andrieux, co-présidente de l’Association. Les compétences des experts-comptables ont une forte résonance avec les besoins des CA : capacité à comprendre les enjeux stratégiques et le développement des entreprises ; à mettre en place une organisation adaptée à ces enjeux ; à contrôler et gérer les risques ; et à communiquer alors que les informations financières comme extra-financières prennent une part croissante dans la communication des entreprises. En outre, notre Association a un réseau national et couvre tous les secteurs de l’économie. »

 

Les femmes experts-comptables constituent un vivier d’administrateurs
« Après une crise financière violente, il faut aller vers de nouveaux business models de croissance durable, partagée, inclusive et qualitative. La compétitivité repose sur des leviers que nous avons parfaitement identifiés : une innovation opérationnelle qui permettra de passer du concept au cash flow. Les femmes expertscomptables proposent de porter de façon concrète et opérationnelles ces sujets au sein des CA. Notre Association a atteint la taille critique pour proposer ce capital féminin. Sur les 19 000 experts-comptables libéraux, 4 000 sont des femmes et déjà 1 100 adhérentes à notre Association en 6 mois d’existence. Notre second objectif est d’obtenir des mandats d’administrateurs. Nous avons aussi monté une plateforme de formation, de modules précis jusqu’au certificat d’administrateur IFA et Sciences Po. Nous sommes en ordre de marche et avons une core team immédiatement opérationnelle. »

 

Une immense opportunité pour les entreprises
« Les femmes ne doivent plus être considérées comme une option, mais comme une partie de la solution. Les entreprises doivent comprendre que cette loi n’est pas une contrainte mais une immense opportunité de compétitivité, de qualité, de croissance durable, de création de différence. Ce n’est pas une affaire de genre, mais bien d’équilibre performance/risque au service de la stratégie. Voilà pourquoi la diversité est si importante dans les sphères de décisions. » Marie-Ange Andrieux et Agnès Bricard, co-présidentes de l’Association des Femmes Diplômées d’expertise comptable Administrateurs. Marie-Ange Andrieux est directrice stratégie et partenariats de Deloitte, membre du Women Corporate Director et présidente de la commission international de l’Institut Français des Administrateurs. Agnès Bricard est présidente du Conseil supérieur de l’Ordre des Experts-Comptables.