«Au lieu de mener une vie paisible et confortable, il avait choisi de s’engager dans la lutte contre la pauvreté en développant le microcrédit, un outil qui a réussi bien au delà de ses attentes. Mais comme trop souvent dans l’histoire, personne n’est prophète en son pays. »

 

Le renvoi de Yunus de la Grameen Bank confirmé

Le renvoi de Yunus de la Grameen Bank confirmé

 

En ces mots, Jacques Attali, économiste et écrivain, partie prenante de Microworld, prend la défense de Muhammad Yunus suite à son éviction par la cour d’appel du Bangladesh, le 6 avril 2011. La pratique de taux d’intérêt trop élevés serait l’une des raisons « officielles » pour laquelle M.Yunus aurait été écarté de la Grameen Bank. Pourquoi cette éviction aujourd’hui alors que ce problème ne date pas d’hier (la Grameen ayant déjà été accusée à plusieurs reprises de pratiquer des taux d’intérêt élevés) ?

Par ailleurs, nous pouvons rappeler que ces taux d’intérêt élevés sont justifiables puisqu’ils permettent de couvrir des coûts administratifs importants et de développer une activité soutenable financièrement. D’autre part, les accusations portées à l’encontre de M.Yunus sont sans fondement et la manipulation politique se fait sentir à l’approche de futures élections gouvernementales. Si l’avenir de Yunus, « vieux sage » du microcrédit, semble assuré sur la scène internationale, son départ risque de mettre le futur de son organisation en péril. Car le premier actif de la Grameen Bank est bien le capital confiance de ses membres et de ses clients.

L’éviction de Yunus va-t-elle entraîner l’arrêt des remboursements par les clients ? Le risque est réel.
Beaucoup de personnalités du monde de la micro-finance considèrent cette éviction comme un acte irresponsable car elle risque de fragiliser une institution forte de 25 000 employés et de plus de 8 millions d’emprunteurs actifs. Plus largement, le secteur de la microfinance a besoin de l’expérience et de la légitimité du professeur Yunus pour affronter les questions de rentabilité et de surendettement. Enfin, les mesures que le gouvernement de Sheikh Hasina pourrait poursuivre à l’encontre du microcrédit sont également un danger potentiel pour l’ensemble du secteur, notamment sur les taux d’intérêt menacés d’être réduits arbitrairement.

 

Manon Boillot

 

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Membre d’eMicrOcrédit