Chez Lesaffre, groupe familial aux 165 ans d’histoire, on s’intéresse aux micro-organismes vivants : la levure, champignon infiniment petit et essentiel de la fermentation, mais aussi aux ingénieurs qui œuvrent pour en développer les usages et la fabrication de manière innovante et respectueuse de l’environnement. Rien ne passionne plus Philippe Chanteloup (AgroParisTech 1980) Directeur Industriel et Directeur Général Délégué, que de voir grandir ses collaborateurs au quotidien.

 

Pourquoi avoir rejoint le groupe il y a 36 ans ?

Un de mes professeurs d’AgroParisTech m’a appelé un soir pour me parler d’un poste chez Lesaffre à Marcq-en-Barœul qui pourrait m’intéresser. Le même jour, je recevais une proposition dans une autre société à Marseille. Tout en m’étant promis de ne pas rester longtemps dans le brouillard du Nord, j’ai choisi Lesaffre. Parce que j’ai eu un excellent contact avec les personnes que j’y ai rencontrées ; parce que leurs valeurs correspondaient aux miennes : je n’ai jamais voulu mettre un terme à cette aventure !

Quelles valeurs vous ont particulièrement touché ?

La ténacité, le goût du travail, l’humilité, le respect des hommes et de la nature. Etant petit-fils d’agriculteurs qui travaillaient la terre à la force de leur bras et fils de parents attachés à leurs origines modestes, j’ai une solide conscience humaine et environnementale. La famille Lesaffre de par ses origines, a toujours piloté le groupe avec une vision long terme et la volonté de s’inscrire dans un cycle de production le plus vertueux possible. D’ailleurs, ma première mission a consisté à élaborer un process de traitement de nos effluents afin  d’en diminuer l’impact.

 » Entreprendre ensemble pour mieux nourrir et protéger la planète », c’est la mission du groupe. Concrètement, ça donne quoi ?

En dehors d’une politique RSE active, nous avons choisi de développer notre activité Nutrition et Santé. La levure a bien d’autres usages que la panification et la production de spiritueux et boissons fermentées. Le tout est de trouver la bonne souche et le bon procédé. Dans le domaine de la santé végétale, nous travaillons sur des levures et dérivés alternatifs aux pesticides. En ce moment, nous étudions un produit adapté à la protection de la banane. En matière de santé animale et humaine, nous développons des probiotiques qui limiteront l’utilisation d’antibiotiques. Nous proposons aussi des extraits de levure qui permettent de réduire de manière significative la quantité de sel et de sucre dans les plats préparés.

Comment prenez-vous part à ces innovations ?

La R&D, composée de chimistes, de microbiologistes et de docteurs ingénieurs et pilier de la stratégie Lesaffre depuis 1965, œuvre en permanence pour développer de nouvelles applications pour nos micro-organismes. Une fois que ces découvertes ont été validées sur des échantillons dans un milieu constant, mon équipe prend le relai afin d’adapter le développement du produit dans des quantités industrielles et en prenant en compte les contraintes du site d’implantation. Un même produit ne sera pas développé selon le même procédé dans une usine au Chili ou en France.

Votre mission en tant que Directeur Industriel ?

Je pilote la stratégie industrielle du groupe, c’est à dire la gestion des 63 sites répartis sur les 5 continents et l’acquisition ou la construction de nouveaux sites. Concrètement, nous optimisons les outils, les investissements et les compétences qui doivent être en permanence en adéquation avec les besoins de nos clients en  intégrant les notions de sécurité, qualité, performance et pérennité.

Quel challenge présente votre métier sur le marché de la levure ?

Pour nos clients boulangers, l’aspect de la levure fraîche constitue un point essentiel. L’adéquation de nos produits avec les modes de panification locaux, la qualité des farines, les types de pains est essentielle. Nous devons être en adaptation permanente. Lorsque nous rachetons une usine, les procédés industriels ne sont pas parfaits, loin de là. Rénover un site demande donc de passer du temps sur le terrain, de bien cerner les compétences des équipes locales, de trouver l’alchimie entre homme et machine… Il faut en moyenne 5 ans pour le mettre à flot !

Qu’est-ce qui vous passionne le plus ?

Les relations humaines, le développement des compétences de mes équipes. Quand je vais dans une usine, je ne suis pas dans les bureaux mais sur le terrain pour échanger avec les techniciens et comprendre la réalité de leurs problématiques. Mettre en place un transfert de connaissances, guider les collaborateurs vers l’autonomie, développer l’entraide plutôt que la compétition, voilà ce qui m’intéresse le plus. Voir grandir les jeunes, fait partie de mon quotidien. J’ai la fierté d’avoir recruté et formé la majorité des directeurs industriels répartis dans différentes parties du monde sur qui je m’appuie quotidiennement. C’est très gratifiant de voir leur progression.

Lesaffre offre donc une belle perspective d’évolution ?

La croissance constante du Groupe génère effectivement de nombreuses opportunités. A mon arrivée, il comptait 7 usines dont 6 en France. Aujourd’hui nous avons 63 sites à travers le monde ! Nous en ouvrons un à deux par an. Dans ce contexte nous proposons de nombreux postes, dont une vingtaine de VIE chaque année. En plus de l’intérêt de travailler dans un environnement multiculturel, ces expériences internationales représentent souvent un véritable tremplin vers des postes à responsabilité. Pour ma part, j’ai passé 5 ans au Mexique et la grande majorité du top management de l’entreprise a effectué soit un VIE soit une mission à l’étranger au cours de sa carrière chez Lesaffre.

A quels postes peuvent prétendre de jeunes ingénieurs ?

Je m’appuie sur une fonction centrale au siège qui recouvre les Achats, Supply Chain, les Procédés, l’Ingénierie, la Qualité, la Sécurité et le Lean Management… Cette centaine de collaborateurs agit en support et en contrôle des différentes unités. Ils partagent leur temps entre le siège à Marcq et nos différents sites. Ils sont mes yeux et mes oreilles. 70 % d’entre eux ont un profil ingénieur de type AgroParisTech. Les acheteurs n’échappent pas à la règle, car négocier des produits aussi pointus nécessite de véritables connaissances techniques. Nous embauchons aussi des ingénieurs process pour les sites. Ajoutez à cela tous les postes qui composent la R&D. Pour les jeunes ingénieurs, Lesaffre, bien que peu connu, constitue une mine d’opportunités.

 » Je me sers encore de tout ce que j’ai appris à AgroParisTech !  » Il y a peu de temps j’ai déménagé dans un nouveau bureau. En faisant mes cartons, je suis tombé sur mes cours d’AgroParisTech, dont je n’arrive pas à me séparer. En les feuilletant, je me suis rendu compte de la qualité de l’enseignement que nous avons reçu. De la microbiologie à la distillerie, nous avons abordé énormément de matières sans rentrer dans les détails mais de manière à avoir des clés de compréhension. Ces bases me servent chaque jour dans mon métier.

Lesaffre en chiffres : CA : 2 Mds €/ 10 000 collaborateurs dans plus de 75 filiales / 63 sites de production dans plus de 50 pays

Contact  : l.vanhorrick@lesaffre.com

ac.delsaux@lesaffre.com