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Un an après l’attentat du 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo et ceux qui ont suivi, il est plus important que jamais de répéter que la liberté de la presse demeure l’un des fondements de nos libertés et de notre société. Un combat pour la liberté que la jeune journaliste indépendante kurde syrienne, Ruqia Hassan, âgée de 30 ans, a payé de sa  vie.

Ruqia HassanDiplômée de philosophie à Alep, cette journaliste, plus connue sous le nom de « Nissan Ibrahim », son pseudo de journaliste, relatait sur les réseaux sociaux l’horreur du quotidien des habitants des territoires occupés par l’État Islamique, n’épargnant aucun détail tel que les bombardements, les meurtres…

Ainsi, un de ces messages expliquait que, sur le marché central, les habitants se cognaient les uns aux autres, « non pas à cause de la foule, mais parce que tous marchent avec les yeux rivés sur le ciel, de peur d’être bombardés ».

Une journaliste engagée

Opposée au régime dictatorial de Bachar al-Assad et proche des militants en faveur de droits de l’Homme, Ruqia collaborait également avec le média citoyen Raqqa is Being Slaughtered Silently (RBSS – Raqqa se fait massacrer en silence). C’est parce qu’elle a choisi de rester à Raqqa, sa ville natale, qu’elle a été enlevée en août dernier par Daesh. Depuis, très peu voire aucune nouvelle d’elle, laissant peu d’espoir quant à son sort.

Or, nous avons appris sa mort cette semaine, mort qui toutefois remonterait à septembre ou octobre dernier. L’État islamique avait alors laissé plané le doute sur son exécution afin de pirater son compte Facebook et tenter, ainsi, de rentrer en contact avec d’autres activistes afin de les piéger, d’après une information du journal britannique The Independant.

Je préfère conserver ma dignité que vivre dans l’humiliation

Abu Mohammed, l’un des fondateurs du média RBSS, a diffusé les derniers mots de Ruqia Hassan, publiés le 21 juillet 2015 sur son compte Twitter, quelques jours avant son enlèvement, alors qu’elle avait reçu des menaces : « Je suis à Raqqa et j’ai reçu des menaces de mort, Daech va venir m’arrêter et me tuer, mais je préfère être décapitée et conserver ma dignité que vivre dans l’humiliation avec l’État Islamique. » Une conviction qui s’apparente à celle de Char, rédacteur en chef de Charlie Hebdo, assassiné le 7 janvier 2015 : « Je préfère mourir debout que vivre à genou. »

tweet de ruqia hassan

Près de 100 journalistes et blogueurs tués en 2015

Le baromètre 2015 de la liberté de la presse vient d’être publié : l’an dernier, 67 journalistes ont été tués dans le monde, ainsi que 6 collaborateurs et 18 « net-citoyens – citoyens journalistes ». Parmi eux, 8 ont été tués à Charlie Hebdo, plaçant ainsi la France comme le 3e pays le plus meurtrier pour les journalistes derrière l’Irak et la Syrie.

67 journalistes tués dans le monde en 2015

En tant que femme et journaliste, la mort de Ruqia Hassan me touche particulièrement mais je me rends compte à quel point je peux effectuer mon travail dans de bonnes conditions malgré tout. On en est encore loin dans le reste du monde et il est important de rappeler que dans certaines zones du globe, des journalistes sont très exposés et meurent toutes les semaines… encore plus s’ils sont des femmes.

Ruqia était l’une d’entre elles : une jeune femme de son temps, souriante, qui rêvait de liberté et d’une autre vie. Nous ne pouvons aujourd’hui que saluer son courage et continuer à écrire en pensant à elle. Merci Ruqia.

Violaine  Cherrier

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