Vivre le rêve à la française, obtenir un bon accord d’échange, ou encore, mettre un premier pied en Europe : les raisons qui poussent les étrangers à étudier en France sont nombreuses et varient en fonction des nationalités. Mais comment perçoivent-ils notre pays une fois sur place ?

© Ekaterina Pokrovsky - Fotolia

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Le choix de la France
Que savent les étudiants étrangers de la France avant d’aller y étudier ? « Mon oncle habite à Paris et j’avais été plusieurs fois en France quand j’étais enfant, explique Mathias. Le seul accord d’échange que proposait mon université en Argentine était avec l’INSAD Rouen. J’étais justement en train d’apprendre le français, donc ça tombait très bien ! » Si certains étudiants ont déjà eu la chance de découvrir l’hexagone et la culture française, d’autres n’en ont qu’une vague idée : « La plupart de mes camarades ont été aux Etats Unis, à Hong Kong ou à Singapour pour leur accord d’échange, explique Ziwei, originaire de Chine. Les frais de scolarité aux Etats-Unis étaient trop élevés pour mes parents, et je voulais faire quelque chose de différent : j’ai vu sur internet que les écoles de commerce françaises étaient réputées, et j’ai pensé qu’aller à Paris serait une belle expérience ! » Mais que sait-on de la France lorsque l’on vient de Chine ? Pour Ziwei, un séjour à Paris avait le goût d’une aventure : « Je ne savais quasiment rien sur la culture française, confie-t-elle. J’avais le sentiment que c’était un pays plein de beauté, avec un sens du romantisme plus développé qu’ailleurs. » De la même manière que les occidentaux ne font pas toujours la différence entre Hong Kong, la Corée ou la Chine, les jeunes Chinois n’ont pas le sentiment que les cultures européennes varient beaucoup d’un pays à l’autre, précise-t-elle. Anderson, lui, a plutôt choisi la France pour des raisons académiques : un double diplôme entre Centrale Paris et son université brésilienne lui a permis de partir étudier deux ans en France et de bénéficier d’une bourse d’études : « Je voulais faire un bon échange universitaire, pas juste aller dans un autre pays, précise-t-il. Je ne connaissais vraiment rien de la France : la tour Eiffel et les parfums ! Ce qui m’attirait surtout, c’était d’être basé en Europe et de pouvoir apprendre le français : j’ai toujours trouvé que c’était une belle langue. »

 

Surprises et rebondissements…
Originaire de Milan, Paola a étudié trois ans à Edinbourg, et connaissait déjà la France avant de se rendre à Science Po Paris pour y étudier pendant un an. « La France est la nationalité que je préfère après la mienne, confie-t-elle. Le sens de l’humour français me fait beaucoup rire, alors que j’ai plus de mal avec les blagues britanniques. En Italie, on dit pour plaisanter
qu’on est cousins mais qu’on se déteste ! »
D’après elle, les deux pays ont beaucoup en commun : le goût pour la gastronomie, la mode, le cinéma… « Mais les Français sont plus attentifs à leurs droits, ils sont plus informés et réactifs qu’en Italie, où nous sommes un peu résignés par rapport à la politique ». Habituée aux méthodes d’enseignement anglo- saxonnes, Paola exprime cependant des réserves quant aux pratiques pédagogiques françaises : « A Edimbourg, on est très indépendant : nous n’avons que quatre heures de cours par semaine, mais les professeurs sont très disponibles et nous poussent à mettre en place nos propres projets. En France, on accorde plus d’importance aux critères académiques, et on est plus contraint au niveau de la structure, de la thèse, de l’antithèse… » De manière plus inattendue, c’est la variété des transports qui a frappé Anderson à son arrivée en France : « Je trouve ça très pratique, on peut se déplacer en train, en avion, en covoiturage, en bus, il y a beaucoup d’options disponibles. Au Brésil, on se déplace essentiellement en bus ou en avion. »

 

Un conseil avant d’aller en France ?
« Essaye le plus possible d’être proactif et d’aller vers les gens : n’attends pas qu’on vienne te chercher ! »
Anderson, Brésil

« Trouve un petit boulot ou du bénévolat pour t’intégrer et découvrir un autre aspect de la culture locale. »

Paola, Italie

« Si je te donne trop de conseils, il n’y aura plus de surprise ! Essaye surtout d’apprendre le français le plus tôt possible. Au départ, tu ne comprendras rien. Mais ça s’arrange au bout d’un mois ! »

Matias, Argentine

 

Le choc culturel est naturellement plus important pour Ziwei, fraîchement débarquée de Beijing : si elle ne s’attendait pas à découvrir une ville avec autant d’Histoire et de vieux monuments, la qualité de l’environnement parisien l’a également surprise : « A Beijing, la pollution de l’air est terrible, nous devons parfois porter des masques. Ici, on respire mieux, il y a plus d’espaces verts, et j’étais étonnée de voir autant de pigeons dans les rues ! »
Ceci dit, sa plus grande surprise est avant tout liée à la découverte du style de vie occidental : les bars, la vie nocturne, ainsi que le caractère extraverti, décontracté des jeunes français et de leurs homologues européens ne laissent pas de l’intriguer. « Je n’avais jamais été dans un bar en Chine : je viens d’une petite ville traditionnelle en province de Beijing, et il n’y a que les filles de mauvaisevie qui fument ou qui vont dans de tels endroits. Quand nous voulons nous détendre, nous allons plutôt dans un café, dans un karaoké ou bien faire du shopping. » Autre élément de surprise : la place laissée aux loisirs et aux temps de détente dans la société française. D’après elle, la compétition est trop forte en Chine pour pouvoir se permettre de tels temps de rêverie. Ziwei habite en face d’un lycée, et s’étonne de voir tous les jours les adolescents traîner en fin d’après-midi devant l’établissement : « Depuis que nous sommes enfants, nous rentrons à la maison directement après l’école pour enchaîner sur nos devoirs. Ici, on dirait que les parents considèrent que le jeu n’est pas une perte de temps, mais quelque chose de nécessaire. Je trouve que c’est une bonne chose, ça permet sûrement à la créativité et à l’imagination de se développer. »

 

Le casse-tête français
Parmi les nombreux défis auxquels ont dû faire face nos anthropologues en herbe, un enjeu semble les animer en particulier : comment aborder les français ?
La question peut surprendre mais revient très souvent. Anderson est social et ouvert, mais certains de ses amis, confie-t-il, ont eu plus de difficultés pour s’intégrer en France : « Ici, c’est à toi, l’étranger, de faire le premier pas » explique Anderson. Pour lui, les relations en France sont moins directes qu’au Brésil, où il est très facile d’engager une conversation. « En France, ça prend plus de temps, mais après tu peux garder cette amitié toute ta vie, alors que nous faisons moins d’efforts pour garder contact au Brésil. » Pour Mathias, une surprise de taille à son arrivée fut notamment… La politesse des habitants français : « Les français ne sont pas impolis comme on le dit en Argentine, mais tout le contraire ! » « Au Brésil, la communication est très informelle, mais en France, il ne faut jamais oublier de dire Bonjour, Merci, Au revoir, quand on ne connaît pas la personne », confirme Anderson avec un sourire.
Paola a également constaté une division plus marquée entre les internationaux et les étudiants français que dans son université à Edinbourg, où d’après elle les jeunes sont plus ouverts aux échanges : « Ici, les gens qui ont déjà un groupe ne sont pas à la recherche de nouvelles rencontres. J’avais quelques amis à Paris avant de venir, et c’est par eux que j’ai pu rencontrer d’autres français. » Si les cultures latines s’adaptent en fin de compte à ces variations culturelles, Ziwei ne cache pas les difficultés qu’ont les chinois à s’immerger dans la culture occidentale. Davantage libérés, les jeunes européens s’expriment avec bagou et adoptent des comportements face auxquels ses camarades ne savent pas toujours comment réagir. « Ce n’est pas votre faute, précise-t-elle, c’est surtout que nous ne savons pas comment nous y prendre pour vous aborder. Je ne pensais pas que ce serait si difficile pour moi, car en Chine, je suis quelqu’un de très extraverti, et nous pensons tous que les Occidentaux sont des personnes ouvertes. Mais en Chine, par exemple, on n’ose pas contredire un professeur, rire en public ou se moucher devant d’autres personnes. »
De ces grands-écarts culturels, n’aurions-nous pas aussi quelque chose à apprendre ?

 

Et les français ?
Etudiante à ESCP Europe, Lauriane est engagée depuis un an dans l’association Shuffle (en anglais, « mélange »), qui a pour objectif d’intégrer les étudiants étrangers sur le campus. Le groupe organise des programmes Tandem (parrainage d’un étranger par un français) ainsi que des visites de Paris et des agglomérations voisines. Leur plus gros challenge ? « Intéresser les français qui sont sollicités par beaucoup d’associations et faire venir les étrangers le plus en retrait. » La vie associative sur le campus demeure essentiellement française, confie Lauriane : « la plupart des étrangers ont du mal à s’intégrer et confirment le préjugé que les Français ne sont pas très ouverts. mais qui ne savent pas où les trouver et comment les aborder. » D’après elle, les jeunes qui s’intègrent le mieux sont les Allemands, les Américains et les Latins. En plus grand nombre, les Chinois et les Indiens restent davantage en retrait et avec leurs compatriotes. « Mais tous les étrangers idéalisent Paris, il est très rare qu’ils soient déçus ! Ils s’intéressent beaucoup à notre nourriture : à une dégustation, quelqu’un m’a même demandé s’il était légal d’acheter du roquefort ! » Pour Lauriane, rejoindre l’association était un excellent moyen de pratiquer l’anglais et de « voyager en France » : « Je ne suis jamais allée en Asie, et les Indiens et les Chinois m’ont appris énormément de choses sur leur culture. L’image que nous avons d’eux est complètement fausse : on croit qu’ils sont froids et qu’ils préfèrent rester entre eux, mais ceux qui ont rejoint Shuffle sont complètement intégrés ! »

 

Alizée Gau