Faire de la finance autrement. Voilà ce qui a poussé Eva Sadoun à cofonder, à seulement 24 ans, Lita.co, la première plateforme de financement dédiée à l’économie sociale et environnementale. Lancé en 2014, ce projet complètement inédit compte déjà 35 entreprises financées, 2 000 particuliers investisseurs, plus de 8 millions € collectés et près de 1 700 emplois créés. Rencontre.

 

Changer la finance de l’intérieur, cap’ ou pas cap’ ?

J’ai toujours eu envie de mettre la finance au service de l’économie réelle et de l’impact positif. Mais il y a quelques années, les formations en finance responsable se limitaient à la micro finance ou à l’investissement socialement responsable. J’ai voulu participer à changer le système de l’intérieur en rejoignant une grande banque. Je faisais de l’analyse extra-financière sur les secteurs sensibles et philanthropiques dans le but de limiter ses investissements négatifs (armes, huile de palme…). Mais ça n’allait pas assez vite pour moi. C’est là que j’ai décidé de lancer Lita.co.

Votre objectif est de reconnecter les gens avec l’économie réelle. Comment faire ?

Les particuliers ont une vraie méconnaissance du fonctionnement de l’économie. Ils épargnent mais savent-ils que seulement 10 % des transactions financières finissent dans l’économie réelle ? En leur proposant d’investir dans des entreprises à but social ou environnemental, nous leur permettons de devenir actionnaires d’une entreprise qui correspond à leurs valeurs et dont ils peuvent suivre la croissance et l’impact en temps réel.

« Il ne faut pas que le milieu de la finance reste entre les mains d’une majorité dominante, tout le monde doit s’en emparer. Quand ce sera le cas, la finance ne profitera plus seulement à une minorité. »

 

Qui sont les entrepreneurs que vous accompagnez ?

Leurs entreprises relèvent de quatre catégories : des startups for good (des boites numériques au service du bien commun et avec un fort potentiel de croissance), des entreprises matures de l’économie sociale et solidaire, des sociétés spécialistes de l’immobilier social et environnemental luttant contre le mal logement, et des structures développant des solutions d’énergies renouvelables. Une fois sélectionnées par notre comité d’investissement, elles lèvent des fonds auprès de particuliers investisseurs (de 100 000 à 2.5 millions €) sur la base du crowdfunding. Elles disposent alors d’un capital citoyen et travaillent avec des actionnaires qui adhèrent à leurs valeurs et à leur stratégie.

Avec quels types de projets ?

Des projets locaux ou plus systémiques. Une de nos entreprises propose des logements sociaux écologiques et économes pour les personnes en situation d’ultra précarité. Un projet qui conjugue impact social et performance : ses actionnaires bénéficient de 3 % de rentabilité minimum et d’une défiscalisation. Une autre a développé une appli pour les personnes malentendantes. Elle a déjà levé plus d’1 million € et a un fort potentiel de croissance à l’international.

Pourquoi investir dans l’économie sociale et environnementale aujourd’hui ?

Pour participer à la pérennité économique et financière du pays avec des projets qui touchent concrètement la vie des gens. Pour choisir un investissement qui répond à ses valeurs et qui apporte de véritables avantages financiers : défiscalisation jusqu’à 25 % de l’impôt sur le revenu et/ou intérêts significatifs. Aujourd’hui, à moins de faire du bitcoin, aucun produit de la finance « classique » ne rapporte plus de 3 % par an. En revanche, certaines de nos entreprises proposent un taux avoisinant les 7 %. Quoi de plus convaincant ?

Un message aux aficionados de la finance « à la papa » ?

La finance classique, opaque, structurée, destructrice d’emplois, libérale… c’est l’économie du passé. Si demain vous avez envie de faire partie des personnes les plus influentes du monde, faites le choix de la finance sociale, la seule à être pérenne car prenant en compte les risques du monde tel qu’il est.

#JeKiffeMonJob

Les grandes écoles ont coutume d’opposer philanthropie et business. Avec Lita.co, nous prouvons tous les jours que le business peut être au service de l’impact positif. Nous connaissons la finance, nous comprenons l’économie et nous pouvons la changer de l’intérieur en intégrant des visions différentes sur un secteur en silos et très complexe. Je fais partie des gens qui veulent hacker le système pour l’ancrer dans son temps.