Créée en 1973, la Conférence des Grandes Ecoles (CGE) a pour objectif de développer et de promouvoir l’excellence et la pertinence de ses 218 membres, en France comme à l’international. Le 11 juin dernier, à l’occasion de l’élection de son nouveau président, la CGE a convié à l’Institut du Monde Arabe des personnalités éminentes du monde économique, politique et éducatif afin de discuter des problématiques qui se posent à ces établissements et à leurs étudiants.

« La CGE a une vision globale de la chaîne de l’éducation, qui ne se limite pas à l’enseignement supérieur. »

 

La stratégie du nouveau président : internationalisation et représentativité

Philippe Jamet, nouveau président de la CGE, expose sa future ligne de conduite

Elu à l’unanimité, Philippe Jamet, directeur de l’Ecole des Mines de Saint-Etienne, prend la succession de Pierre Tapie, ancien directeur de l’ESSEC, pour un mandat de deux ans. Comme il le précise lui-même, ce nouveau bureau crée un équilibre entre représentants des écoles de commerce et d’ingénieurs. Philippe Jamet souligne que sa stratégie s’inscrira dans la lignée de celle de son prédécesseur, enrichie de ses propres expériences personnelles. A l’occasion de cette nomination, le nouveau président insiste sur trois points fondamentaux qu’il souhaite traiter en priorité. Le premier consiste à développer et consolider les liens entre CGE et établissements de province. Le deuxième s’attache à la multiplication des partenariats et de l’ouverture à l’international, un axe incontournable si les diplômés français souhaitent améliorer leur compétitivité mondiale. Le troisième, enfin, réside dans la représentativité de la CGE comme entité d’utilité publique. Celle-ci joue en effet un rôle transversal et multidisciplinaire dans le monde académique et professionnel au niveau national. Les diplômés des établissements labellisés Grandes Ecoles représentent ainsi 15% de l’effectif global et 40% des masters délivrés chaque année.

L’enseignement supérieur n’a pas vocation à se généraliser à tous

« La France a besoin de soudeurs ! » Par cette déclaration frappante, le nouveau bureau de la CGE répète avec force que le choix de l’enseignement supérieur n’est pas le seul possible et qu’il faut absolument valoriser les autres filières de formation afin de soutenir une société qui privilégie la diversité et donc le dynamisme. Cet élitisme actuel du diplôme, en cherchant à uniformiser les profils et les formations, pénalise de nombreux jeunes qui peinent à s’insérer sur le marché du travail. La France a besoin de toutes les compétences, et les parcours techniques ou très spécialisés manquent de plus en plus à l’appel. Cette prise de conscience confère un nouveau rôle de stratège de l’enseignement dans sa globalité à la CGE. L’adaptation des formations et des filières d’orientation représente un défi de taille face à la réalité économique et sociale du pays.

Des intervenants prestigieux

« Quand on sort de l’Ecole, l’important est de suivre des hommes et des femmes qui nous inspirent plutôt que de choisir des entreprises ou des concepts. » Xavier Huillard, PDG de Vinci

Jack Lang et Pierre Tapie, président sortant, accueillent les participants aux tables rondes

L’élection du nouveau bureau de la CGE a été suivie par une après-midi de débats et de tables rondes. Jack Lang, hôte et président de l’Institut du Monde Arabe, a réitéré son admiration dans le travail fourni par la Conférence. Il a notamment répété que la professionnalisation des formations et l’immersion croissante à l’international, deux axes d’action privilégiés par la CGE, offraient aux jeunes des éléments-clés pour réussir dans leur vie professionnelle. Le mot de bienvenue de Jack Lang a été suivi d’une table ronde sur le thème suivant : « Quelles pédagogies des grandes écoles pour répondre à la demande économique et sociale des entreprises ? » Cette discussion, modérée par Hervé Biausser, directeur de l’Ecole Centrale de Paris, a été menée par Michel Pébereau, Président d’honneur de BNP Paribas, et Xavier Huillard, PDG de Vinci. Michel Pébereau a souligné sa confiance dans la jeune génération par les mots suivants : « La génération Y est une génération très adaptée à l’entreprise, qui elle-même a besoin de s’adapter à cette génération et à ses modes de fonctionnement ». Le deuxième débat s’est quant à lui orienté sur la problématique de la recherche en France, de son lien organique avec les Grandes Ecoles et de son avenir dans un monde de plus en plus compétitif.

 

Le mot de la fin : la spécificité des étudiants français

S’il est certain que le mondialisation entraîne une compétition croissante dans le monde du travail mais aussi dans celui des études, les étudiants français peuvent, selon Michel Pébereau, se targuer de posséder un réel atout compétitif : leur force de travail. Héritée du système éducatif français et dans une moindre mesure du fonctionnement des classes préparatoires, cette caractéristique crée un gros décalage entre nos étudiants et les autres. Il s’agit donc de continuer à travailler sur les qualités complémentaires recherchées chez les jeunes diplômés, ouverture internationale, flexibilité et créativité.

Claire Mizrahi