La commercialisation de la microfinance est indispensable à la viabilité et la pérennité de ses institutions ; en effet, les fonds apportés par les acteurs publics ou les fondations sont insuffisants pour faire face à la demande actuelle et plus encore future. L’intégration de capitaux privés est incontournable, ce qui mène à l’intégration de la microfinance au système financier formel dans sa globalité.

Une Opportunité
Dès la fin des années 1990, de nombreuses IMF changent de statut juridique : autrefois ONG ou coopératives, elles se transforment en sociétés à capitaux privés. A cela s’ajoute une forte croissance de leur rentabilité qui se poursuit aujourd’hui avec l’arrivée récente et massive de capitaux privés. La commercialisation amène systématiquement la concurrence. La concurrence entre les IMF pourrait aboutir à une baisse des taux d’intérêts payés par les clients ainsi qu’à une amélioration de la qualité et du prix des services rendus : quand une concurrence saine pousse à une plus grande efficacité opérationnelle.

Des risques
Le danger premier de la commercialisation de la microfinance réside dans l’oubli de la sa mission sociale. En effet, les fonds privés investis dans le secteur peuvent entrer en conflit avec les principes fondateurs de la microfinance car ces capitaux privés attendent avant tout une rémunération. La question du profil des investisseurs est primordiale. Les investisseurs purement privés et commerciaux (fonds de pension ou hedge fund) cherchent une rentabilité maximale et ne se soucient pas de l’aspect social. Cela pose deux problèmes majeurs. D’une part, ces capitaux privés seront en priorité dirigés vers des IMF déjà matures et présentes dans des pays et pour des types de clientèle moins risqués et plus rentables. De plus, les nouveaux investisseurs poussent parfois les IMF à changer leur stratégie et à revoir leur mission sociale, c’est ce qu’on appelle la dérive de mission. Les demandes les plus courantes de ces investisseurs privés sont l’augmentation du prêt moyen (excluant la partie la plus vulnérable de la clientèle) ainsi que l’augmentation des taux d’intérêts. Le cas de l’introduction en bourse de Compartamos Banco, IMF mexicaine, en 2007 qui s’est suivie de plus values très importantes provenant de taux d’intérêts exorbitants (100 % alors que la moyenne avoisine les 30 %) en est une très bonne illustration. Il y a des risques mais il existe aussi une nécessité absolue d’attirer des capitaux privés pour les IMF. Pour répondre à ce paradoxe, il est primordial de mettre en place un encadrement attentif accompagné d’une régulation de l’Etat. Le défi est maintenant pour les IMF d’attirer un maximum d’investisseurs privés socialement responsables.

 

Julie Weber

 

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