Arrivé il y a 6 mois à la délégation générale de la Conférence des Grandes Ecoles, Francis Jouanjean n’a pas chômé. Les sujets de préoccupation des directeurs des écoles sont nombreux. La CGE multiplie les prises de position et propositions pour faire reconnaître sa contribution à la réussite de l’enseignement supérieur et des étudiants.

Francis Jouanjean a succédé à Pierre Aliphat comme délégué général de la Conférence des Grandes Ecoles en novembre 2013.

Francis Jouanjean a succédé à Pierre Aliphat comme délégué général de la Conférence des Grandes Ecoles en novembre 2013.

Les grandes écoles souffrent d’une méconnaissance de leur contribution à l’ESR, pourquoi ?
Le grand public et certains les dirigeants formés il y a 30 ans, n’ont pas qu’elles ne font pas de recherche, sont réservées à une certaine élite. Tout cela est faux ! (voir encadré) Ces dernières années, elles ont travaillé à s’internationaliser, ont développé des pédagogies innovantes, leur force de frappe en matière d’entrepreneuriat, de valorisation, de recherche.

 

Certaines décisions inquiètent les directeurs d’écoles, par exemple celle sur la taxe d’apprentissage
Les nouvelles dispositions vont conduire à une baisse de 10 % du montant de la taxe par an pour nos écoles en moyenne. Et si la CGE n’avait pas réagi, cela aurait été plus ! En outre, la réforme transfère aux régions 55 % de l’argent récolté par la taxe. Elles vont favoriser les formations qui ont un impact sur leur bassin d’emploi – du CAP au Bac Pro – au détriment des plus qualifiées. Or, 10 % des ingénieurs sont formés en apprentissage. Nous nous battons depuis 15 ans pour développer cette filière qui est aussi une porte vers nos formations pour les BTS ou DUT, ou des jeunes qui ne pourraient autrement financer leurs études. Cette mesure va à l’encontre de l’ouverture sociale.

 

« Notre modèle
est reconnu à l’international
mais fait défaut dans notre propre pays ! »

Les grandes écoles sont des pionnières du stage, là aussi les choses vont évoluer
Pour traiter 2 % des abus on va contraindre 98 % des cas où tout se passe bien ! Dans nos cursus les stages font partie du processus pédagogique et les élèves sont très suivis. Les stages sont un avantage du système éducatif français envié par d’autres pays. En rapprochant le statut des stagiaires de celui des salariés, les employeurs vont être rétifs à recruter des stagiaires compte tenu de la charge administrative. C’est aussi une mesure anti sociale qui va pénaliser ceux qui n’ont pas de réseau ou comptent sur la rémunération de leurs stages.

 

Comment est perçue la loi de 2013 sur l’ESR à la CGE ?
Elle entend limiter les interlocuteurs et mettre tout le monde sous le même régime. Nous constatons que des universités travaillent de leur côté à la rédaction des statuts de communauté d’établissements sans consulter les directeurs des écoles ! Au sein des PRES, les établissements avaient appris à se connaître et à travailler ensemble. La loi redresse une barrière entre universités et grandes écoles !

 

Que souhaite la CGE ?
Que les écoles soient reconnues et entendues. Car elles souhaitent partager leurs idées, expériences et savoirfaire au bénéfice de la réussite du pays et de sa jeunesse. Pourquoi la CGE n’est-elle pas conviée à la commission sur l’insertion professionnelle alors que nos diplômés ont le taux d’insertion le plus élevé ? Ce n’est pas un hasard si 6 de nos par le Financial Times ; et que de nombreux pays nous demandent de monter des programmes pour eux. Notre modèle est reconnu à l’international mais fait défaut dans notre propre pays !

 

La réalité des grandes écoles en 2014
CPGE et grandes écoles accueillent 380 000 étudiants
Moins de 50 % des élèves sont issus de CPGE
Le taux de boursiers se situe entre 35 et 38 % dans la majorité des écoles
Les écoles délivrent plus de 41 % des diplômes de grade master et jusqu’à 60 % en sciences de l’ingénieur et en management
Les étudiants sont 90 % à terminer leur cursus et décrocher leur diplôme
Le taux d’emploi à 6 mois est de 83 % et plus de 60 % sont placés en moins de 2 mois
35 % des thèses sont soutenues en écoles et jusqu’à 50 % en sciences de l’ingénieur et en management

 

A. D-F