La Conférence des Grandes Écoles a dévoilé en décembre 2010 son Livre blanc de l’ouverture sociale des grandes écoles. Ce recueil des pratiques retrace huit années d’expérience, et témoigne de résultats encourageants. La CGE veut aller plus loin encore, et renforcer une ambition partagée.

Pierre Tapie, Président de la Conférence des Grandes Ecoles

Pierre Tapie, Président de la Conférence des Grandes Ecoles

M. Tapie, pourquoi ce livre blanc ?
Il n’y a pas de solution unique, universelle et immédiate à un tel enjeu, qui concerne toutes les formations de Bac+5 dispensées en grandes écoles et en universités pour lesquelles se mettent en oeuvre les mêmes discriminants sociaux. A partir d’informations venues du terrain, avec prudence et humilité, nous souhaitons dire des choses d’intérêt national. Quel est l’objectif lorsque l’on parle d’ouverture sociale ? Est-il lié à la mission première de nos formations de donner la possibilité à chacun d’atteindre son niveau d’excellence ? Ou veut-on la réduire à la mesure du nombre d’élèves défavorisés dans cinq écoles très visibles en France ? Car si l’on considère l’ensemble des écoles, elles ont déjà accompagné 100 000 jeunes et le groupe ouverture sociale de la CGE compte 275 personnes. Toutes les approches placent l’individu au centre, avec l’objectif d’accompagner le plus grand nombre vers l’excellence et le plus loin possible dans ses études.

 

Chantal Dardelet, Responsable du groupe Ouverture sociale de la Conférence des Grandes Ecoles

Mme Dardelet, sur quels leviers agissent prioritairement les écoles ?
D’abord l’amont afin d’augmenter le vivier de candidats dans le cadre des Cordées de la réussite. Aujourd’hui 130 écoles sont têtes de Cordées, en 2010-2011 elles accompagneront 10 000 collégiens et lycéens dans des actions de tutorat par des étudiants. Un autre levier gagne en ampleur : le recrutement, qui se diversifie notamment par le renforcement des autres voies d’accès aux écoles alors que 46 % de nos élèves sont issus des CPGE. De nouvelles filières technologiques, cursus en apprentissage, passerelles universitaires, attirent des étudiants aux profils plus divers. Ces initiatives témoignent de la volonté de travailler sur les causes du problème, notamment l’auto-censure, et du refus de créer une voie spécifique sur critères sociaux. L’accompagnement des étudiants étant justement le troisième levier privilégié de l’ouverture sociale dans les grandes écoles. Enfin, on observe un réel développement des aides matérielles dans toutes les formations.

 

M. Tapie, quelles sont perspectives de l’ouverture sociale à moyen terme ?
Le mouvement est en marche. Il faut continuer à agir sur ces quatre leviers et communiquer sur le fait que les formations d’excellence sont ouvertes à tous. Il faut renforcer des actions identifiées comment ayant un impact rapide comme la gratuité des concours pour les candidats d’origines modestes, ou le décloisonnement des maillons éducatifs en créant des occasions de rencontres lorsque le milieu familial ne peut le faire. Cela suppose d’anticiper en accompagnant les lycéens dans leur orientation et en levant l’auto-censure. La CGE travaille également sur une évolution des modalités des concours. Si chaque concours doit conserver ses procédures et sa culture, nous pouvons néanmoins revoir des éléments pour une mise en valeur de la personnalité et des expériences de vie. Nous allons à ce titre lister les meilleures pratiques dans les épreuves orales. La CGE propose par ailleurs d’amplifier la diversification des filières d’accès aux grandes écoles. Nous nous attacherons enfin à lever le frein matériel à l’entrée dans nos écoles, en faisant mieux connaître les aides financières.

A. D-F