L’année de césure passée en entreprise devient une étape de plus en plus courante du cycle supérieur des étudiants des écoles de commerce et se répand progressivement parmi les écoles d’ingénieurs. Face à ce nouveau phénomène,  Grandes Ecoles Magazine s’est interrogé sur l’utilité de l’année de césure et s’est entretenu à ce sujet avec des responsables pédagogiques de grandes écoles ainsi que des professionnels RH.

 

Marchand Agnès

Agnès Marchand, responsable Pôle Conseil Carrières, Audencia Nantes

Une réflexion préalable nécessaire
L’année de césure, c’est d’abord l’opportunité de mener un travail d’introspection et de connaissance de soi ainsi que de réflexion sur ses goûts et ses objectifs professionnels, afin d’orienter ses recherches en termes de fonction, de secteur et d’organisation visés. Un questionnement initial sur le projet professionnel semble donc indispensable au choix d’une année de césure correspondant aux attentes de l’étudiant. « Le stage de césure permet de conforter un projet professionnel, l’année de césure n’est pas là pour s’essayer bien qu’on ait toujours droit à l’erreur », précise Agnès Marchand, responsable du pôle Conseil Carrières d’Audencia Nantes.

 

« L’étape terrain du cursus »
Lors de leur année de césure, les stagiaires étudiants acquièrent de nombreuses compétences et
connaissances métier et secteur complémentaires de leur formation académique. Aussi, grâce à une meilleure appréhension du fonctionnement de l’entreprise, ils développent souvent une grande maturité professionnelle. En effet, l’expérimentation du monde du travail pendant une année complète permet à l’étudiant de mesurer le contenu quotidien à la fois effectif et stratégique des missions confiées, de s’habituer au rythme de la vie active différent de celui des études, de prendre conscience des implications du travail en équipe et de réaliser l’importance de la culture d’entreprise dans l’épanouissement professionnel.

 

Une étape clé de sa construction professionnelle
Les enseignements tirés des stages de césure aident l’étudiant à identifier ses forces et faiblesses, puis à orienter et à affiner son choix de spécialisation en dernière année d’étude. « Après une année de césure, les étudiants deviennent proactifs dansleurs choix et se consacrent à leur spécialisation avec plus d’intérêt», remarque Agnès Marchand. En effet, les étudiants apprécient pouvoir confronter l’enseignement théorique à leurs expériences concrètes. Enfin, cette année d’immersion en entreprise favorise la formation d’un réseau professionnel et représente un tremplin pour le 1er emploi, puisque de nombreux étudiants décrochent leur 1er job grâce à leurs stages de césure.

 

Lionel LUQUIN

Lionel Luquin, directeur des études Ecole des Mines de Nantes

Un an ou deux fois six mois ?
L’année de césure se présente généralement sous la forme d’une année complète de stage au sein d’une même entreprise ou sous forme d’une succession de deux stages dans deux structures différentes. Selon Véronique Dusser, directrice des Relations Ecoles et du Recrutement France chez L’Oréal, « il y a des périodes pour s’essayer, d’autres pour construire. Il ne faut pas hésiter à essayer divers secteurs et cultures. La diversité construit et enrichit l’individu, c’est une force que de s’être confronté à différents environnements ». Selon Alain Châtaignier, DRH de Nestlé en France, un an de stage permet une réelle mise en situation, durant laquelle le stagiaire aura le temps d’apporter des éléments correctifs à ses propres réalisations. Les missions proposées semblent plus intéressantes car elles s’inscrivent davantage dans la durée et dans la stratégie de l’entreprise. Cela permet également d’appréhender un métier de manière approfondie, de bien comprendre les codes et les normes de l’entreprise et d’expérimenter un cycle complet d’activité.

 

L’année de césure, un « passage obligé » ?
En plus d’un diplôme reconnu pour sa qualité académique et son caractère professionnalisant, la tendance actuelle est de cumuler un temps d’expérience professionnelle souvent supérieur à ce qui est exigé pour la validation du diplôme. Cependant, Lionel Luquin, directeur des études de l’Ecole des Mines de Nantes, indique que « toutes les entreprises ne sont pas absolument fanatiques de cet allongement de la scolarité ». Généralement, l’entreprise souhaite avoir certaines certitudes par rapport à la qualité de la formation du candidat c’est-à-dire un parcours qui lie une formation d’excellence académique et un projet pédagogique construit et professionnalisant. Véronique Dusser, souligne que « que si cela a tendance à devenir la loi du marché, il faut d’abord considérer l’année de césure comme une réelle opportunité d’apprentissage et de maturation de ses projets ».

 

« L’année de césure, c’est pas automatique »
En dépit de cet engouement pour l’année de césure, certaines écoles demeurent peu promoteurs de ce dispositif à l’instar de l’Ecole des Mines de Nantes, dont le directeur des études, Lionel Luquin, rappelle que «l’année de césure constitue avant tout une interruption de scolarité». Selon ce dernier, la formation est une affaire qui doit être maîtrisée et contenue, et l’année de césure ne représente pas forcément une utilisation efficace et optimale du temps de formation. Il est indispensable de construire des actes de formation en amont et surtout en aval des expériences professionnelles afin d’en tirer le maximum d’enseignements. Une expérience courte peut être plus formatrice qu’une année de césure dans la mesure où elle est suivie d’actions pédagogiques et de capitalisation (retour d’expériences, actions de débriefing, etc.). La formation en école demeure la pierre angulaire du cursus et la dynamique de certaines formations ne peut se permettre une si longue interruption de l’apprentissage technique. La césure doit donc être un choix non contraint et opéré avec prudence. « Il est important de faire un choix de césure pertinent en optant pour une entreprise reconnue pour développer les stagiaires et pour une mission au contenu formateur dans laquelle le stagiaire pourra s’impliquer et se montrer proactif » explique Alain Châtaignier.

 

« L’année de césure est une vraie chance pour les étudiants : 60% des jeunes diplômés d’Audencia trouvent leur 1er emploi grâce à leurs stages » Agnès Marchand, Responsable Pôle Conseil Carrières, Audencia Nantes.
Audencia a mis en place un ensemble de dispositifs obligatoires et facultatifs afin d’accompagner l’étudiant dans la construction de son projet professionnel et d’en optimiser l’étape cruciale et obligatoire de l’année de césure : des ateliers axés sur la connaissance de soi et la découverte des différents métiers, l’entretien individuel obligatoire pour préciser le choix du stage de césure, etc

 » Nous avons développé un système pédagogique qui peut se passer de l’année de césure  » Lionel Luquin, Directeur des études, Ecole des Mines de Nantes.
Les demandes d’année de césure sont peu nombreuses et étudiées de près par l’équipe pédagogique. Elles sont validées à condition qu’elles soient construites en cohérence avec le projet professionnel de l’étudiant et mises en oeuvre dans un cadre défini et structuré. Les étudiants ont l’obligation de cumuler un an d’expérience professionnelle mais cette immersion en entreprise est graduée et étroitement liée à des actes de formation et à des actions pédagogiques de capitalisation.

« Les étudiants ne doivent pas avoir peur de se mettre en zone d’inconfort et de s’exposer à des choses qui les feront mûrir. Cela représente peu de risques à leur âge. » Véronique Dusser, Directrice des Relations Ecoles et du Recrutement France, L’Oréal.
L’Oréal propose aux étudiants de nombreux stages de césure ou de fin d’étude de six mois. Des stages d’un an sont parfois possibles dans la mesure où L’Oréal est capable de proposer deux expériences bien différentes dans une sphère cohérente de métiers. Il s’agit d’un réel dispositif de pré-recrutement puisque 75% des jeunes diplômés recrutés ont au moins au cours de leur scolarité poursuivi un stage chez L’Oréal.

« L’année de césure favorise lors du recrutement un bon choix réciproque entre le jeune diplômé et l’entreprise: le candidat a une meilleure connaissance de ses motivations et le recruteur est mis en confiance quant à son adéquation avec la mission » Alain Châtaignier, DRH de Nestlé en France.
Nestlé a le souci de développer ses stagiaires, qui sont considérés comme de potentiels futurs collaborateurs. Des entretiens sont régulièrement organisés avec les stagiaires pour faire le point sur leur évolution, et les maîtres de stages sont formés aux exigences pédagogiques de ce dispositif. Les missions proposées possèdent un contenu intéressant et formateur qui correspond aux principaux métiers du Groupe Nestlé.

 

AB