Les acquis de ces dernières années dans le domaine de l’évaluation des politiques publiques sont importants et doivent être soulignés. Comment appréhender cette métamorphose ? Un casse-tête? Une révolution ? L’État a compris qu’il devait se comporter en véritable « manager » pour accélérer le pilotage de ses réformes structurantes et jouer un rôle exemplaire dans la gestion des deniers publics. Dans les arcanes de Bercy, un bras séculier souvent identifié derrière l’acronyme : IGF lui sert de pionnier. Face aux évolutions de son champ d’intervention, une nouvelle génération prépare la relève en endossant les habits de « défricheur » de la gouvernance publique.

De 1797 à nos jours : injecter du management dans la tradition administrative française
Depuis des siècles, appliquer les principes de bon gestionnaire réclame des outils performants d’information, d’évaluation, de pilotage de la décision, de comptabilité et de contrôle. La gestion et la valorisation des actifs de l’Etat remplissent-elles leurs objectifs d’efficacité ? Quels sont les réussites et les échecs ? Comment, enfin, aller encore plus loin dans les réformes à venir ? C’est précisément ces problématiques auxquelles l’inspection générale des finances déjoue en aiguillant les défis structurants qui jalonnent l’univers riche et complexe de la décision publique. Rien de linéaire ne prédispose l’exercice riche et vitaminé de ces missions d’audit. Face à eux, s’affronte une superposition impressionnante d’acteurs : les ministères, les services déconcentrés, les quelques six cents opérateurs para publics. Les besoins et diagnostics varient selon la taille des interlocuteurs, leur activité et leur localisation géographique. Sans oublier les enjeux de gouvernance qui en découlent.

 

My LOLF and my life !
Depuis les années 80, il apparaît comme une évidence que l’Etat doit rationaliser ses frais de fonctionnement et de gestion, en un mot, ses dépenses. L’entrée en vigueur en 2001 de la Loi Organique relative aux Lois de Finances (LOLF) qui s’applique désormais pleinement depuis 2006, s’inscrit dans cette dimension de rééquilibrage des finances publiques. Aussi, la réforme budgétaire, qui a traversé les quinquennats successifs, s’appuie désormais sur des outils qui évaluent, contrôlent et affinent les modes de gestion et de gouvernance, dans le but d’une meilleure efficacité économique. Face à ces enjeux, une nouvelle identité de manageur public a émergé sous l’impulsion de l’inspection générale des finances. L’ADN managérial est devenu en quelques années une fonction inhérente au pilotage des politiques publiques. Il s’agit d’animer une communauté en analysant les non-dits, décomposant les coups bas, fluidifiant les circuits de décision et combattant l’immobilisme là où il est soigneusement entretenu. Bref, déceler les « dessous du social » pour assurer culture du résultat et performance publique.

 

Banque publique d’investissement : fertile ou faire style ?
Dans un monde où les talents sont nomades, les capitaux voyageurs et les emplois également, l’inspection générale des finances jouera un rôle primordial pour stimuler la vision stratégique de l’Etat. L’un des chantiers les plus emblématiques sera vraisemblablement d’ériger un modèle conquérant de nouveaux leviers de financement et d’accompagnement des secteurs phares ou en devenir de notre économie. D’un corps d’inspection né dans la tourmente de 1797 où la France post-révolutionnaire vivait une faillite économique, le XXIe siècle laissera place à des serviteurs de l’Etat devenus chercheurs d’or des temps modernes. Ces hussards de l’action publique seront aux avant-postes pour conduire des fonctions pilotes d’anticipation et d’ingénierie de projets en matière d’investissement public. C’est tout l’enjeu de la banque publique d’investissement et des batailles d’arbitrages qui placeront la nouvelle génération dans des dynamiquessans cesse renouvelées d’audace et d’inventivité.

 

Kevin Lognoné, Responsable du pôle stratégie et décision publique, Sorbonne Junior Conseil