Si l’ingénieur a depuis toujours réfléchi, étudié, conçu, produit…, il est désormais amené à évoluer dans un environnement mondialisé qui change très vite. La dynamique de l’évolution, – qu’elle soit technique, économique ou sociale -, est beaucoup plus grande aujourd’hui qu’hier. Cela impacte directement la formation de l’ingénieur. Homme de synthèse et d’innovation, nous avons plus que jamais besoin d’ingénieurs.

Avons-nous bien prévu pour demain ? Cette interrogation, qui peut sembler anodine, est pourtant fondamentale. Elle conditionne l’environnement dans lequel sont formés et évolueront les ingénieurs de demain. A l’ESME Sudria, comme dans tout lieu de formation, nous œuvrons pour que nos jeunes soient le mieux formés possible, qu’ils fassent preuve d’éthique et qu’ils génèrent de l’innovation, synonyme d’activité économique, indispensable au développement.

 

Rigoureux et imaginatif
A mon sens, les qualités premières de l’ingénieur de demain sont la rigueur et l’imagination. L’ingénieur, dans son domaine, est un homme qui possède à la fois des connaissances et des compétences. Il parle vrai. Les exemples aujourd’hui ne manquent pas : l’environnement, l’agroalimentaire pour citer les plus actuels. Dans ces domaines, les politiques ne prennent de décision qu’après avoir consulté les experts. Cette démarche, logique, confère à l’ingénieur une autorité morale en plus de son autorité scientifique. La question n’est désormais plus de savoir « comment faire ? » car nous avons les hommes capables et la puissance de calcul pour ce faire, mais de se demander « que faire ? » C’est en créant des produits, donc en générant de nouveaux marchés que l’on créé un surplus de richesse. L’imagination favorise la créativité et dans ce domaine, il est clair que l’incitation à la création d’entreprises est une excellente piste, pour la création d’emplois, donc de richesse.

 

L’esprit d’entreprendre
Pour autant, ce n’est pas dans les écoles d’ingénieurs ou de commerce que l’on acquiert l’esprit d’entreprendre. En revanche, il me semble que ce sont de bonnes structures, où l’on peut y enseigner les conditions du succès et également révéler l’esprit d’entreprendre. Nous, représentants de l’enseignement supérieur, devons aider, accompagner et faciliter les créateurs potentiels. Mais si la création d’entreprise était simple et à la portée de tous, alors la quasi-totalité des enseignants-chercheurs spécialistes le feraient eux-mêmes…
Les futurs ingénieurs que nous formons n’ont pas, loin s’en faut, le même profil et heureusement. Si certains sont destinés à devenir manager, d’autres seront amenés à devenir des entrepreneurs. Les deux fonctions sont bien sûr différentes. En effet, si le manager a des objectifs à atteindre, l’entrepreneur doit plutôt être un visionnaire. Si le manager s’adapte au changement, l’entrepreneur créé le changement et enfin l’entrepreneur modifie l’environnement dans lequel le manager évolue.

 

Une société en mutation
En un siècle, la demande de la société a considérablement évolué. La demande d’ingénieurs était forte pour reconstruire un pays détruit par les guerres. Cette demande a engendré un surcroît d’activité commerciale, ainsi les règles de la gestion, du commerce, de marketing se sont affirmées, ce qui a généré une forte montée en puissance des écoles d’ingénieurs et de commerce.
Aujourd’hui, sur un plan mondial, et avec la crise toujours présente, il semble que la création d’entreprise soit un nouveau générateur d’emplois. Et il est probable que la moitié des métiers accessibles dans les dix années à venir n’existe sans doute pas encore. Nous formons aujourd’hui en France, de très bons ingénieurs, l’une des rares filières peu touchée par la désertion des jeunes générations pour les sciences, encore que… Il suffit de constater que certaines entreprises étrangères s’installent en France alors que le coût de sa main d’œuvre peut atteindre 100 fois celui d’autres pays. Ils s’y installent avant tout parce que la qualification des hommes et des femmes est reconnue.
Depuis un certain temps, force est de constater que les pays occidentaux s’orientent vers le développement de la technique et du commerce. Ce sont évidemment deux axes susceptibles de drainer de la croissance. Or par définition, l’ingénieur est précisément l’homme de la synthèse, capable d’intervenir dans ces deux axes. C’est pourquoi il est devenu incontournable dans la société. Qui pourrait d’ailleurs imaginer une société sans ingénieur ?

 

Par Roger Ceschi, directeur général de l’ESME Sudria