Spécial Président(e)s

Pierre Lellouche, Secrétaire d’Etat chargé du Commerce Extérieur, aborde pour nous différents sujets aussi passionnant que la situation du commerce extérieur, la Charte Nationale pour l’export, le patriotisme économique, le développement du Volontariat International en Entreprise et la mondialisation.

 

Pierre Lellouche, Secrétaire d’Etat chargé du Commerce Extérieur

Pierre Lellouche, Secrétaire d’Etat chargé du Commerce Extérieur

Quelles retombées attendez-vous de la Charte Nationale pour l’export ?
Si l’on met de côté les grands contrats et les postes excédentaires de notre balance commerciale, on constate que l’une de nos principales faiblesses est un tissu d’exportateurs trop limité (94 800 soit deux fois moins qu’en Italie, quatre fois moins qu’en Allemagne), morcelé (93 % de PME, 74 % de TPE), concentré sur les grands groupes (les 1 000 plus gros font 70 % des ventes) et trop concentré sur l’UE : 62 % de nos ventes vont vers l’UE-27, et seulement 8,1 % vers les BRICS contre 11,8 % pour l’Allemagne. Pour répondre à ce défi, le service public de l’export en région doit donc non seulement être le plus lisible et efficace possible pour les PME qui veulent recourir aux différents dispositifs de soutien mais aussi pro-actif pour détecter sur le terrain davantage d’entreprises ayant un réel potentiel de développement à l’international non encore exploité ou de manière insuffisante. C’est très exactement le double objectif de la Charte nationale des partenaires de l’export et de ses déclinaisons dans chaque région : – Elle clarifie le rôle des différents acteurs locaux dans la chaîne d’accompagnement à l’export : l’Etat à travers la DIRECCTE, le Conseil Régional, la Chambre régionale de commerce et d’industrie, Ubifrance, Oséo, la Coface et les Conseillers du commerce extérieur. Et surtout la charte met en place dans chaque région un guichet unique pour permettre aux PME de bénéficier des conseils et des aides à l’export les mieux adaptées à leur projet ; – Elle fixe à l’ensemble des acteurs des objectifs quantitatifs d’accroissement du nombre d’entreprises à l’international, qui prennent en compte le nombre d’entreprises sensibilisées, suivies et accompagnées à l’export, ainsi que le nombre de VIE. La Charte nationale et sept chartes régionales ont déjà été signées en 2011 et l’objectif des deux tiers des régions ayant signé une charte sera atteint dans les prochaines semaines.

 

Vous appelez également les grands groupes français au patriotisme économique ?
Oui. Rétablir la notion de patriotisme économique est un de mes objectifs prioritaires depuis le début de mon mandat. Dans cet esprit, j’ai fait du portage des PME, souvent trop petites pour se lancer seules à l’export, une priorité. J’ai souhaité que les grands groupes aillent plus loin dans leur politique de partenariat à l’international avec leur tissu de sous-traitants. Ainsi, j’ai déjà obtenu que 13 grands groupes signent un « Pacte export » dont un des engagements consiste pour eux à consulter systématiquement leurs sous-traitants français lorsqu’ils se lancent dans des contrats à l’export. C’est un progrès considérable pour les sous-traitants français concernés et je souhaite que d’autres grands groupes prennent à leur tour cet engagement.

 

Comment comptez-vous développer le VIE ?
Les expériences à l’étranger sont de formidables tremplins pour se lancer dans la vie active. Le dispositif a d’ores et déjà fait ses preuves avec 6500 jeunes en 2010 qui ont acquis une expérience à l’étranger, dont plus de 80 % ont été embauchés à l’issue. Voilà qui doit donner des idées ! J’ai donc assigné à Ubifrance un objectif chiffré de 15 000 VIE pour la période 2012-2014, dont 6000 dans les PME et ETI. Afin de démocratiser ce type d’opportunités, j’ai annoncé, avec le « VIE pro », l’élargissement du dispositif VIE à de nouveaux profils, notamment aux formations professionnelles et techniques et non plus seulement aux BAC+5.

 

Vous publiez un ouvrage « Mondialisez-vous – Manifeste pour une France conquérante » aux Editions du Moment où vous répondez aux « démondialisteurs ». Pouvez-vous nous en dire plus ?
Cet essai est parti d’un constat, fondé sur mon expérience personnelle et professionnelle : la France traverse une crise économique d’ampleur considérable. Face à cela, certains avancent une solution simpliste : le protectionnisme, national pour certains, européen pour d’autres. Les premiers nous mènent tout droit vers la guerre économique. Les seconds font mine d’ignorer la réalité européenne. Peut-on vraiment croire qu’Angela Merkel ou David Cameron se transformeront demain en parangons du protectionnisme ? L’imposture est grossière, mais surtout dangereuse, parce qu’elle fait l’impasse sur les questions fondamentales, qui sont celles de la compétitivité et du mode de fonctionnement de l’Europe. J’ai cherché dans ce livre à rétablir quelques vérités et à proposer des pistes réalistes pour une sortie de crise durable.

 

Patrick Simon