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L’ENTREPRENEURIAT FÉMININ EXISTE-T-IL VRAIMENT ?
Depuis quelques temps déjà, le thème d’entrepreneuriat féminin est à la mode et, dans tous les pays européens, en particulier en France, les instances gouvernementales et l’ensemble des institutions afférentes multiplient les mesures pour inviter les femmes à créer leur entreprise, l’objectif étant de dépasser le fatidique taux de 30 % de femmes entrepreneurs. Les modalités visées portent surtout sur la promotion de la création d’entreprise et à l’accès à des financements pour initier la croissance de l’entreprise encore au berceau. Sans pour autant remettre en cause cette volonté, on peut s’interroger sur l’efficacité de ces mesures et, pour cela, repartons des fondamentaux en posant la question, sans doute impertinente, suivante : l’entrepreneuriat féminin existe-t-il vraiment ? En effet, derrière cette question, se cachent deux réalités sur l’entrepreneuriat chez les femmes, en particulier en France :

 

UN CA TROP FAIBLE POUR VÉRITABLEMENT PARLER D’ENTREPRENEURIAT ?
Bon nombre de femmes entrepreneurs ont des entreprises petites, si petites qu’elles ne permettent pas à leurs propriétaires de générer des revenus conséquents (en moyenne moins de 50 KEuros selon le Comité D’analyse Stratégique ; La femme auto-entrepreneur dégageant à peine 5 KEuros de revenus durant les 3 premières années…). Cela est très problématique pour les femmes qui souhaitent vivre de leur activité… et c’est contradictoire avec l’idée d’émancipation féminine sous jacente à la promotion de l’entrepreneuriat féminin. Dans de telles situations, pouvons nous réellement parler d’entrepreneuriat ? Sans pour autant généraliser la définition initialement donnée par Schumpeter au terme d’entrepreneur (l’individu qui crée une firme pour créer et développer un marche associe a une innovation), la question mérite d’être posée…

 

DES SITUATIONS TROP VARIÉES REGROUPÉES DANS LA MÊME CATÉGORIE « ENTREPRENEURIAT FÉMININ »
Que signifie vraiment entrepreneuriat féminin à part le fait de regrouper des créateurs d’entreprise femmes ? Difficile de trouver un point commun entre une femme de 45 ans, mère de deux enfants, directrice d’une entreprise spécialisée dans les tests de médicaments cardio vasculaires, avec plus d’une centaine de salariés dans la région de Rodes, une femme de Reims qui crée a 54 ans une entreprise de conseil en communication sans salarié, gérée par un cabinet de portage salarial avec quelques clients qui sont récupérés de manière éparse, une femme de 38 ans qui reprend une entreprise de BTP de 15 salariés sur Grenoble ou encore une jeune étudiante d’HEC de 22 ans qui va créer un site de gestion financière en ligne ? Outre les âges et sans doute les contextes familiaux et sociaux dans lesquels ces femmes baignent, les activités et leurs potentiels respectifs en termes de croissance de chiffre d’affaires, de modèle économique et par conséquent de développement et de pérennité différent.

 

UN « LIFE STYLE » DOMINANT, D’AILLEURS PAS PROPRE AUX FEMMES : LA RECHERCHE D’UN ÉQUILIBRE
Pour autant, et au-delà des grandes disparités de situation entre les femmes entrepreneurs, un élément récurrent demeure chez les femmes (source : Etude 2014 GEM – Réseau Entreprendre – Fédération Pionnières) : la recherche d’un équilibre entre entre deux mondes, voire plus : le monde économique avec celui des loisirs, de la vie de famille mais aussi de l’engagement associatif, dans la vie locale… L’appétence pour la croissance de l’entreprise n’est pas première. Pour autant, l’obtention de l’équilibre doit demeurer compatible avec la gestion d’une entreprise qui génère un revenu suffisant pour vivre. Cette caractéristique n’est d’ailleurs pas spécifique à certaines femmes. Dans le monde de l’entrepreneuriat de tourisme et des sportifs, ce phénomène porte un nom : le lifestyle entrepreneur.

 

PLAYDOYER POUR FACILITER CET ÉQUILIBRE
Dans ce contexte, les mesures actuellement prises pour développer l’entrepreneuriat féminin sont bonnes mais elles en seront plus efficaces si les outils de financement et d’accompagnement proposés reposent sur une réflexion autour du modèle économique de l’entreprise compatible avec ce life style business model. Ce n’est qu’à ce prix que l’entrepreneuriat féminin, dans son ensemble, pourra se targuer d’avoir des entreprises pérennes et des revenus décents pour vivre.

 

Par Séverine
Le Loarne – Lemaire,
Professeur Grenoble EM
severine.le-loarne@grenoble-em.com