Alors que L’ENA est la première école a avoir été créée mixte en 1945, malgré des progrès notables, la parité n’y est pas encore de mise en 2014. Nathalie Loiseau, sa Directrice, revient avec nous sur les outils mis en oeuvre par l’Ecole pour que hommes ou femmes, tous les talents soucieux de se mettre au service de l’intérêt général osent franchir les portes de cette école de l’élitisme républicain.

 

Nathalie Loiseau, Directrice de l’ENA © François Nussbaumer

Nathalie Loiseau, Directrice de l’ENA © François Nussbaumer

Est-ce vraiment possible d’atteindre la parité ?
Malgré le très grand nombre de femmes diplômées des grandes écoles et universités, la parité n’est toujours pas atteinte dans les instances dirigeantes, notamment parce que les pratiques professionnelles sont souvent mieux appropriées par les hommes. Je ne parle pas là d’autocensure mais bien de conditionnement culturel : nombre de femmes par exemple, ne se reconnaissent pas dans l’idée de faire parler d’elles. Il est donc nécessaire de mettre en place des quotas de façon temporaire pour contrebalancer ces barrières constatées, penser en termes d’adéquation des compétences avec un poste et ainsi parvenir à l’égalité. Malheureusement ces quotas ont parfois cet effet pervers de faire planer le doute sur les compétences de celles et ceux qui en bénéficient. On me dit d’ailleurs parfois que j’ai été nommée à la tête de l’ENA parce que je suis une femme : bonne nouvelle, être une femme ne m’a pas empêchée de prendre la Direction de l’ENA !

 

« On me dit parfois
que j’ai été nommée
à la tête de l’ENA parce que je suis une femme : bonne nouvelle, être une femme ne m’a pas empêchée de prendre
la Direction de l’ENA ! »

Pourquoi y a-t-il moins de femmes que d’hommes parmi les diplômés de l’ENA ?
Alors qu’on compte 60 % de diplômées de Master, l’ENA n’a jamais dépassé les 40 % de candidates. Pour comprendre pourquoi les femmes hésitent à se présenter, nous avons mené des travaux de recherches sur les dernières promotions. Nous avons d’abord constaté l’influence de l’entourage familial : celles qui ont réussi sont majoritairement celles qui ont été encouragées par leur père. Nous avons également mis en lumière le grand décalage entre le nombre de femmes admissibles à l’écrit et finalement admises après l’oral. Dans un contexte de concours et non d’examen, où il ne suffit pas d’avoir de bonnes notes mais où il faut être le meilleur, les hommes semblent être avantagés, notamment par leur façon de conduire un entretien, un domaine où ils sont généralement plus à l’aise que les femmes.

 

Comment pallier ces inégalités ?
Il faut d’abord convaincre les femmes de candidater ! En parallèle, nous travaillons depuis quelques années sur les épreuves orales et avons notamment récemment supprimé les questions différenciantes (comme celles relatives aux loisirs par exemple), souvent sources de discrimination envers les femmes, mais aussi de discrimination sociale. Dans cette optique, nous avons élaboré une liste objective de compétences pour guider les oraux et avons adjoint un spécialiste du recrutement à chaque jury. Nous sommes ainsi passés de 25 % de femmes reçues à l’oral en moyenne à 45 % en 2013.

 

« Je veux être énarque » : une ambition plus facile à affirmer quand on est une jeune femme aujourd’hui ?
Cela devrait l’être car il y a de plus en plus de femmes avec de vraies trajectoires d’excellence auxquelles s’identifier, même si elles restent très discrètes. On les met généralement en lumière par le prisme des sacrifices qu’elles ont du faire et des contraintes auxquelles elles ont du faire face, mais on oublie trop souvent de parler de leur épanouissement et de leur bonheur professionnel.

 

CW