Une diplomate à la tête de l’ENA. Cette nomination serait-elle un symbole de renouveau pour cette institution parfois décriée pour sa réputation d’école du pouvoir ? C’est en tout cas l’ambition de sa nouvelle directrice, Nathalie Loiseau. Rencontre avec une femme de convictions et de caractère, à l’intérêt général chevillé au corps.

Nathalie Loiseau est Directrice de l’ENA

Nathalie Loiseau est Directrice de l’ENA

 

Votre nomination est-elle un symbole d’ouverture de l’ENA ?
Je ne suis ni la première femme, ni la première diplomate, ni la première non énarque à prendre la Direction de l’Ecole. En revanche, je suis la première à être tout ça à la fois ! Etre une femme n’a certainement pas été un défaut à ma candidature mais n’a pas non plus été la raison de ma nomination. C’est en effet la première fois qu’un processus de recrutement suivi par un Comité de Sélection a été organisé. J’ai été choisie pour ma connaissance des énarques acquise durant ma carrière de Haut Fonctionnaire, et pour mes ambitions pour l’Ecole. Je vois d’ailleurs le fait de ne pas être issue de ses rangs comme un avantage. Sans mauvais souvenir ni nostalgie, je suis prête à faire suite aux 25 réformes que l’Ecole a déjà connues. Après un très large tour d’horizon réalisé auprès de toutes les parties prenantes à l’avenir de l’Ecole, j’élabore aujourd’hui la feuille de route de demain.

 

« Depuis toujours, l’ENA est l’école de la méritocratie, celle de l’élitisme républicain. »

La diversification du recrutement compte-t-elle parmi vos priorités ?
Je suis convaincue de la légitimité de cette Ecole créée en 1945 avec deux ambitions : professionnaliser la Haute Fonction Publique et démocratiser son recrutement. Depuis toujours, l’ENA est l’école de la méritocratie et il faut être vigilant à ce qu’elle le reste. Il est impératif de ne pas tomber dans l’écueil de l’élitisme de castes et continuer à promouvoir l’élitisme républicain. Pour nous entourer des meilleurs, nous faisons place à toutes les formes de talents et recrutons depuis toujours des candidats issus de tous les milieux sociaux. Cette réputation d’ « école des particules » est un fantasme : l’Ecole est un miroir de la société, la diversité a toujours été une de ses priorités. Nous proposons par exemple un concours interne aux fonctionnaires en exercice, un concours aux salariés et acteurs associatifs qui souhaitent se réorienter vers le management public et avons créé une classe préparatoire spécialisée composée de 15 jeunes issus de milieux défavorisés et recrutés au niveau Master.

 

Comment améliorer la parité à l’ENA ?
La question qui se pose est celle de la différence entre le nombre de jeunes femmes admissibles et celles effectivement admises. Il semble en effet que le passage à l’oral reste une étape discriminante, du fait de la subsistance de certains stéréotypes sociaux et scolaires. Nous cherchons donc à améliorer la parité des jurys (déjà composés à 40% de femmes) et à mettre en avant la réussite de nos anciennes. Car si elles sont nombreuses à être devenues des actrices politiques ou des chefs d’entreprise de talent, elles restent moins médiatisées que leurs homologues masculins. Je souhaite mettre en lumière des figures emblématiques qui prouvent qu’il est possible d’être femme et énarque sans faire de sacrifices insurmontables. Nous comptons également simplifier certains éléments de la scolarité de celles et ceux qui ont charge de famille.

 

Des évolutions dans l’enseignement ?
L’ENA, ne m’a pas attendue pour évoluer. C’est l’école de l’intérêt général, celle des devoirs et des valeurs et elle s’adapte donc depuis toujours aux mutations du monde. Je souhaite que nous nous focalisions sur 3 pôles majeurs que sont l’Europe, les territoires et le management public. Si l’ENA n’est pas une business school, la notion de management doit en effet y être omniprésente dans toutes ses dimensions, du leadership à la conduite de projets. Je souhaite d’ailleurs encourager les stages dans le secteur privé afin de favoriser un échange des bonnes pratiques. C’est essentiel pour répondre aux évolutions des carrières des Hauts Fonctionnaires. Bien moins dans la linéarité qu’il y a 40 ans, elle sont en effet marquées par la mobilité interne, l’international et les expériences dans le privé. Cette problématique de la gestion de carrière pose d’ailleurs question de façon globale à la Fonction Publique.

 

Votre ambition principale pour l’Ecole ?
Tout d’abord une plus grande ouverture à l’international. Je souhaite que l’ENA puisse mieux échanger avec l’Europe et les pays émergents et agir pour une meilleure exportation de notre mode de gouvernance. L’ENA doit aussi être en avance sur la société : quand elle recrute un élève, c’est pour 40 ans, elle n’a donc pas le droit à l’erreur. Il est nécessaire qu’elle mène, avec des scientifiques notamment, des réflexions approfondies sur l’avenir des politiques publiques, de la santé, du développement durable,… L’ENA a pour mission de donner une vision claire de la société française d’aujourd’hui et de demain. Elle doit être au plus près des concitoyens. Un mess age aux jeun es talents ? L’ENA a autant besoin de connaissances que de caractères et de personnalités. Alors, venez !

 

CW.

 

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