Lorsque Muhammad Yunus publie ses premières réflexions sur le microcrédit il explique que ce nouvel outil de lutte contre la pauvreté s’adresse essentiellement aux femmes car les femmes ont un taux de remboursement des crédits bien plus élevé que celui des hommes et que « l’argent, quand il est utilisé par une femme dans un ménage, profite davantage à l’ensemble de la famille que lorsqu’il est utilisé par un homme ». Fort de ce constat le microcrédit s’est tourné très majoritairement vers les femmes qui bénéficient à 80 % des services de microcrédit dans le monde. Les instituts de microfinance (IMF) en ont massivement conclu que le microcrédit était favorable à l’émancipation des femmes dans les pays pauvres en leur donnant prioritairement accès au capital. Les IMF ont alors parlé « d’’autonomisation » des femmes grâce au microcrédit.

 

Mais depuis plusieurs années la réalité de l’autonomisation des femmes grâce au microcrédit est questionnée.

Romain Balmary

Romain Balmary pour eMicrOcrédit

En effet, la capacité des femmes à rembourser presque systématiquement leurs prêts ne suffit pas à conclure à leur réelle émancipation. Dans les pays pauvres ou en voie de développement où les femmes bénéficient de microcrédits, les pressions sociales, politiques et religieuses qu’elles subissent restent très importantes.Si des rapports comme celui de Microfinance Investment Support Facility for Afghanistan de juillet 2009 révèlent qu’en Afghanistan, 74 % des clientes de la microfinance participent aux décisions financières de leur famille, contre 53 % parmi les non-clientes, de nombreuses zones d’ombre persistent quant à la réelle émancipation des femmes. De nombreux cas de violences domestiques ou de confiscation par le mari ou la belle famille de l’argent prêté ont été constatés.Pour y répondre plusieurs IMF n’accordent plus d’argent en liquide mais des bons d’achats correspondant aux besoins de chaque femme pour son entreprise. Les maris et belles familles ont aussi tendances à pousser les femmes à demander des crédits car elles sont les seules à y avoir accès. Elles peuvent alors se retrouver endettées sans moyen de rembourser leur emprunt à terme.Isabelle Guérin dans Femmes et Microfinance, Espoirs et désillusions de l’expérience indienneexplique aussi les problèmes liés à la gestion du temps et à la surcharge de travail. La plupart du temps le titre de chef d’entreprise ne permettant pas aux femmes de changer de statut au sein du foyer, elles demeurent responsables des tâches ménagères et de plus en plus de cas de surcharge de travail son détectés. L’accès plus facile au microcrédit pour les femmes que pour les hommes ne permet pas de résoudre les problèmes de genre au sein de la société.

La critique légitime qui peut être faite aux IMF est donc de conclure à l’autonomisation des femmes sur la seule base de leur accès au crédit et de leur forte capacité de remboursement. En effet, ces deux paramètres ne permettent pas de dire que l’évolution du statut des femmes au sein de la société s’améliore en dépit de leur possibilité d’accéder à une certaine indépendance économique. Pour mieux concrétiser l’autonomisation des femmes, les IMF devraient évaluer la performance de leurs services sur d’autres critères que leur simple faculté à rembourser leurs crédits. L’évolution de la relation entre les genres et la place de la femme dans la société devraient aussi être des critères d’évaluation de la performance des IMF. Le but absolu du créateur du microcrédit est de lutter durablement contre la pauvreté. Pour atteindre un tel but les IMF ne doivent pas se contenter d’être des établissements financiers mais doivent aussi travailler à l’intégration sociale des femmes et à une plus grande égalité entre les genres.

 

eMicrOcredit ou comment les entrepreneurs de demain conseillent et financent les entrepreneurs d’aujourd’hui
eMicrOcredit est l’association de Microfinance et d’Entrepreneuriat Social de EMLYON Business School. Composée d’une quinzaine de membres, ses activités sont réparties en 3 pôles :
1- Sensibiliser : eMicrOcredit organise des conférences pour faire connaître la microfinance et l’entrepreneuriat social au sein de l’école.
2- Conseiller : eMicrOcredit travaille en partenariat avec l’ADIE de Vaulx-en-Velin pour accompagner des créateurs d’entreprise issus des banlieues difficiles et anime notamment un module de cours sur la réalisation de l’étude de marché.
3- Financer : eMicrOcredit organise des levées de fonds afin de financer des entrepreneurs du monde entier via notre partenaire Babyloan.org. Depuis sa naissance en 2008 notre association a ainsi financé plus de 26 entrepreneurs pour une somme totale de 5 140 €. Les étudiants prêtent leur argent sans taux d’intérêt sur 6 à 12 mois selon le projet.
eMicrOcredit est également membre de la Fédération Etudiante pour l’Entrepreneuriat Social qui vise à devenir un acteur majeur de l’Economie Sociale et Solidaire en France en mutualisant les ressources et compétences de nombreuses grandes écoles d’ingénieurs et de commerce. L’association eMicrOcredit a également pour axe de développement le conseil aux IMF dans les pays en voie de développement et la réalisation d’un partenariat complet avec une IMF étrangère.

 

Romain Balmary, membre de eMicrOcredit

 

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