Elles sont toutes deux économistes et enseignantes en université. Marianne Rubinstein et Jézabel Couppey-Soubeyran ont rédigé « L ’économie pour toutes » (éd. La Découverte), livre expliquant de manière simple des choses compliquées. Résultat : il marche très bien et c’est tant mieux. Rencontre apéritive…

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Pourquoi un livre sur l’économie pour les femmes ? En quoi les ouvrages parus jusque-là n’étaient-ils pas pour elles ?
MR & JCS : Parce que les femmes se tiennent à distance de l’économie. CREDOC, TNS Sofres… tous sont d’accord : à âge et niveau d’éducation égaux, les femmes obtiennent de moins bons scores que les hommes en culture économique et financière de base et trouvent l’information économique peu compréhensible. Le problème n’est pas propre à la France, il en va ainsi pratiquement partout. Or, cette distance n’est pas liée au fait que les femmes auraient moins de capacité à comprendre l’économie que les hommes, mais à un problème de forme. Trop d’économistes ne se soucient pas de clarté ; pour eux, l’enjeu est ailleurs : il s’agit d’asseoir leur légitimité sur une pseudo-scientificité et de se positionner en expert dans une transmission verticale du savoir. C’est tout le pari de ce livre de rompre avec la forme habituelle des ouvrages d’économie pour y intéresser davantage les femmes.

 

Une forme différente et « féminine » en ce qu’il n’existait, dites-vous, pour dire l’économie, qu’une « phrase masculine ». Et puis vos chapitres sont consacrés à la maison, le banquier, le salaire, l’emploi… Pour intéresser les femmes, il faut parler concret ?
Par phrase masculine, nous entendons une phrase en « costume gris », positionnant celui qui l’utilise en surplomb. Jargonneuse et souvent ennuyeuse, c’est une phrase qui véhicule du pouvoir. Nous avons rompu avec cette phrase pour chercher au contraire la connivence et la complicité avec nos lectrices. Quant au concret, disons qu’il s’agit plutôt d’aborder les problèmes économiques par leur angle micro-économique : dois-je acheter ou louer mon logement ? Mon banquier gère-t-il bien mon argent ? Comment concilier travail et vie de famille ?… A partir de cet angle micro, territoire connu, on élargit progressivement jusqu’à traiter toute la question. Par exemple, en partant de « dois-je acheter ou louer mon logement ? », on s’intéresse progressivement au rôle de l’immobilier, à la fois dans la montée des inégalités de patrimoine et dans les problèmes de compétitivité.

 

Un important dernier chapitre est consacré au bonheur !
Les économistes ont commencé à s’intéresser au bonheur quand ils ont constaté que l’augmentation du revenu par tête dans un pays donné ne se traduisait pas par une augmentation du bonheur déclaré. C’est ce que l’on appelle le paradoxe d’Easterlin. Alors que faire à l’échelle de la société pour que les gens soient plus heureux ? Faut-il remettre en cause l’objectif de croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) ? Si la réponse est oui, cela suppose de créer une nouvelle boussole pour savoir dans quelle direction aller. De fait, les grandes institutions comme l’OCDE, l’INSEE, etc. réfléchissent à de nouveaux indicateurs pour mieux prendre en compte la qualité de la vie et les enjeux environnementaux.

 

Qu’apportent les femmes dans les domaines encore majoritairement réservés aux hommes : politique, management, économie ?
Les études montrent que les femmes sont plus sensibles aux inégalités que les hommes, moins enclines à les juger inévitables et plus favorables au soutien des plus fragiles. Elles sont mieux disposées envers l’intervention publique et moins portées sur les solutions de marché. Cela tombe bien, non, au vu des dégâts produits par le « laisser-faire » ? On sait aussi que lorsqu’il faut trouver des solutions nouvelles – et il y a urgence ! –, rien n’est pire que l’entre-soi qui conduit au conformisme de la pensée alors que la confrontation des points de vue enrichit au contraire la réflexion et ouvre de nouveaux horizons. La féminisation de l’économie devrait donc profiter à tous !

 

JB