« Libération va inventer les modèles du futur » Philippe Nicolas, coprésident du directoire de Libération

Si l’avenir de la presse quotidienne devient complexe, la vie va trouver son chemin car le besoin d’informations est toujours présent.

 

Philippe Nicolas (ESSEC 88, ENA 93), Coprésident du directoire de Libération

Philippe Nicolas (ESSEC 88, ENA 93), coprésident du directoire de Libération

« J’ai adoré mon passage par les grandes écoles »
Ce sont des endroits où l’on apprend beaucoup et qui apportent de la maturité après une prépa. Chaque grande école ayant sa spécificité, il est intéressant de les panacher. L’ESSEC représente une grande ouverture de champs, où j’ai été amené à prendre des responsabilités. Beaucoup de temps nous était accordé pour mettre en oeuvre des initiatives personnelles et participer à la vie associative. Sciences Po m’a parue plus riche sur le plan académique et donc complémentaire de l’ESSEC. Quant à l’ENA, elle m’a permis d’élargir mon champ de curiosité et d’action, notamment sur les sujets sociétaux dont je me suis occupé quand je travaillais pour l’Etat ou à France Télévisions.

 

« Avec Nicolas Demorand, je copréside un journal en pleine évolution »
Ma fonction consiste à gérer le Journal à un moment où la presse se trouve en difficulté, dans une phase de mutation profonde qu’on peut caricaturer en évoquant « le transfert du papier sur le web ». S’il est passionnant aujourd’hui de chercher le modèle économique le plus efficace, personne ne l’a encore trouvé. Libération est à l’équilibre car, malgré sa petite taille et des moyens limités, ce journal a une grande flexibilité. Nous développons un aspect « start-up » dans toutes nos expérimentations et sommes constamment dans l’innovation. Par exemple, pour la campagne présidentielle, nous avons monté un « hub » bi média sur le thème de la politique, auquel nous avons agrégé les forces du journal pour obtenir une task force avec des personnes issues du web, de l’édition, du service politique et du service Desintox.

 

Le dispositif bimédia pour la présidentielle
Certaines nouveautés fonctionnent très bien comme des billets spécifiques de nos journalistes ou la chronique de Stéphane Guillon, l’ensemble montant en puissance. Nous avons également proposé sur Internet les couvertures « live » des débats des primaires socialistes, très suivies par les internautes et très participatives. Notre stratégie consiste à renforcer nos liens avec les lecteurs, à fournir de l’information exclusive et du débat sur différents supports, sans oublier les forums que nous organisons dans les grandes villes, sur des thèmes présentés par des experts et des personnalités ayant une forte notoriété. Nous devons trouver des moyens modernes et variés pour nous adresser à ce que j’appelle « la famille Libé ».

 

Le coût de l’indépendance
Pendant les primaires du parti socialiste, Libé a couvert le débat sans prendre parti, en jouant un rôle d’arbitre plus que de juge, ce qui a été très apprécié par nos lecteurs. Indépendants, puisque nous ne sommes pas rattachés à un groupe, nous ne pouvons pas nous permettre de faiblesse économique. Notre financement repose sur la vente en kiosque, les abonnements papier, le web (en croissance) et les rentrées publicitaires, nos forums étant financés par des sponsors.

 

NEXT
Nous publions un magazine mensuel, Next, l’espace tendance et culture de Libération.

 

En gestionnaire à l’écoute du métier
J’ai intégré les médias depuis plus de dix ans. Dans tous mes postes, j’ai toujours veillé à ce que ma gestion trouve des solutions pour développer le métier, en accordant une place forte à la conduite du changement, au management, aux ressources humaines et à la stratégie. Pour ce faire, il faut comprendre la culture de l’entreprise afin de la faire évoluer. Libé a vraiment une carte à jouer dans un monde qui malmène la presse mais ouvre de nouvelles opportunités. En effet, la période interactive qui s’ouvre aujourd’hui, est une période qui aurait sûrement fait rêver les fondateurs de Libé, partisans de la participation du plus grand nombre et des débats sur l’agora.

 

« On ne doit pas craindre le web mais se l’approprier »
Si l’avenir de la presse quotidienne devient complexe, la vie va trouver son chemin car le besoin d’informations est toujours présent. Le public, un peu perdu dans la masse d’informations qui passe par le web, a tendance à se raccrocher à des marques. De ce point de vue, la mutation s’est faite dans toutes les grandes enseignes journalistiques.

 

Patrick Simon