A la suite du colloque « Produire en France » de la Fondation Concorde qui s’est tenu jeudi 24 mars à l’Assemblée Nationale autour de figures comme Erik Orsenna, Anne Lauvergeon ou encore Louis Gallois, le constat est inquiétant.

 

Robin Rivaton

L’industrie française, hors services à l’industrie, ne compte plus que pour 16 % du PIB contre 22 % en 1998, ce chiffre atteignant 30 % en Allemagne et 22 % en moyenne dans la zone euro. Aussi l’idée d’un grand pacte de préservation de l’industrie mérite d’être applaudie, ce secteur étant bien souvent un enjeu trop méconnu. Les propositions de la Fondation sont pleines de bon sens, notamment l’idée d’opérer d’urgence un transfert des exemptions de charges des secteurs non exposés à la concurrence telle que la restauration vers les secteurs exposés à la concurrence internationale et donc non protégés.
Pourtant, de manière beaucoup moins réjouissante, tous les intervenants ont blâmé la finance, distribuant ici et là des cartons rouges aux « jeunes de 22 ans qui demandent de fermer des usines » ou « à ces ingénieurs qui préfèrent les salles de marchés à l’industrie ».
Suite au rapport de l’Institut Montaigne, on ne peut que déplorer que trop d’élèves ingénieurs se tournent vers le secteur de la finance. Mais avons nous bien saisi les enjeux sous-jacents ? Pas un intervenant n’a manqué de souligner le manque de capitaux propres des PME et ETI (entreprises de tailles intermédiaires) françaises. Or le contexte n’invite guère à l’optimisme. Avec la directive Solvency II, les assureurs devraient sortir partiellement des marchés d’actions. Déjà le PDG d’Axa Henri de Castries a averti que la part d’actions dans les portefeuilles des assureurs européens avait fondu de 400 milliards d’euros depuis 2000, passant de 15-20 % à 3-4 %. L’arrivée de fonds via les acteurs de private equity est donc une bonne chose. Malgré les risques inhérents aux montages LBO (leveraged buy-out), ne boudons pas notre plaisir de voir des investisseurs soucieux de croissance. Et on peut espérer que les meilleurs étudiants rejoignent ces structures afin de rendre leurs cibles aussi compétitives que possibles.
En outre, les invités ont fustigé l’épargne « dormante » de l’assurance-vie qui stérilise des ressources potentielles pour l’investissement productif. Mais, si on empêche la finance de recruter des étudiants de qualité, qui réalisera cette réallocation salutaire ? Alors certes, il est nécessaire de réorienter nos étudiants vers des métiers moins complexes, dont celui de banquier prêteur qui doit retrouver son aura, mais en aucun cas ne jeter sur la finance un opprobre généralisé. Finance et économie ne sont que les deux faces d’une même pièce, redynamiser l’une en affaiblissant l’autre aurait certainement des incidences à long terme.
Pour finir, rappelons que l’Allemagne qui a reçu jeudi dernier, de manière méritée, de nombreux compliments pour son travail de préservation de l’outil industriel, possède aussi une industrie financière (sic) prospère. Sa bourse nationale Deutsch Börse vient d’avaler sans coup férir, et le NYSE, champion américain et Euronext, notre ex-plate forme nationale.

 

 

Robin Rivaton, étudiant en droit des affaires et de la régulation à Sciences Po et en finance à l’ESCP Europe

 

Actualité du Club Finance Paris
Le Club Finance Paris rassemble 13 associations de finance des grandes écoles de commerce et d’ingénieurs à Paris (X, Ponts, Mines, HEC, ESCP…) et organise des réunions autour de personnalités de la place financière parisienne (Mr Peyrelevade, Mr de Blignières, Mr Bazin…) ainsi que des événements d’envergure à la Maison des Polytechniciens et au Palais Brongniart. A titre d’exemple, nous avons organisé le 2 février 2011, une conférence autour de l’Inspecteur général du groupe Crédit Agricole, Michel Le Masson. L’inspecteur général est le responsable du corps des inspecteurs, en charge de veiller à l’audit interne de la banque et d’éviter les fraudes. Il rapporte directement auprès du Conseil d’Administration et est responsable devant les autorités de supervision et de régulation. Accompagné de Paul Espagno, chef de mission, et de Mr Quest et Melle Reams, DRH Groupe, les étudiants ont eu la possibilité de poser toutes leurs questions et de comprendre les enjeux d’un métier parfois méconnu mais essentiel au fonctionnement de la banque. De manière concrète, nous avons découvert le déroulement d’une mission dans la filiale serbe du groupe. Les carrières dans l’Inspection sont souvent rapides et on retrouve nombre de ses éléments aux plus hauts postes de la banque ensuite.

 

Contact : www.club-finance-paris.com