Alain Bernard, directeur du Centre de Formation des Apprentis de l'ESSEC

L’ESSEC a été pionnier de l’apprentissage en ouvrant une filière dès 1993. Elle reste une référence avec 30 % des élèves de la grande école dans ce cursus de formation et de développement professionnel. Entretien avec Alain Bernard, créateur et directeur du Centre de Formation des Apprentis et Michel Gordin, chargé du développement de l’apprentissage.

« L’ESSEC a toujours nourri une vision du rôle de l’apprentissage dans la formation du manager et des interactions entre l’école, les apprentis et les entreprises », affirme A. Bernard. Pour ces dernières, il peut s’agir de former des managers pour éventuellement les recruter ou d’intégrer un jeune talent durant deux ans. « D’autres en font simultanément un outil d’évaluation de la capacité de leurs managers à accompagner et développer leurs collaborateurs. »

Un projet pédagogique…
Depuis 2008, l’apprentissage est ouvert aux étudiants étrangers « pour lesquels se pose néanmoins la question de leur employabilité, souligne M. Gordin. Ils doivent maîtriser le français et dépasser les barrières culturelles au cours du recrutement et de l’intégration ». Cette situation spécifique pose plus largement la question de l’autonomie que l’on peut attendre des jeunes en entreprise. « Etre autonome au sens indépendant, proactif, proposer et mener des projets, précise A. Bernard, fait partie du développement personnel et professionnel en apprentissage. » En 1ère année, la direction du CFA demande à tous les élèves de la grande école de se positionner. Les candidats doivent motiver leur ambition, car ce cursus ne convient pas à tous les profils. Pour A. Bernard, «choisir l’apprentissage ne doit pas relever de l’opportunisme, mais être adossé à un réel projet professionnel.»

Michel Gordin, chargé du développement de l'apprentissage et professeur associé au département comptabilité contrôle de l'ESSEC

… le début d’une histoire professionnelle …
M. Gordin constate que l’apprentissage est un outil de mixité sociale à la grande école. Les apprentis témoignent en outre qu’ils ont accès à des responsabilités importantes pour leur âge. « Une apprentie dans une banque gère un portefeuille de 2 milliards d’euros d’obligations ! » L’apprentissage est un dispositif d’accélération de la prise de responsabilités et de la carrière, avec un fort impact sur la maturité. «L’apprenti est dans une histoire, explique A. Bernard, sa responsabilité évolue durant les deux ans d’alternance, il utilise son expérience pour entrer dans sa carrière». L’apprenti est accompagné tel un potentiel qui, par sa contribution, doit renforcer l’entreprise. Former un apprenti c’est aussi préparer un collaborateur de demain. « Il faut considérer cette formation de qualité comme un investissement partagé, insiste M. Gordin. Ainsi, les trois opérateurs de télécoms prennent des apprentis et recrutent des jeunes formés chez l’un ou l’autre. »

… et une approche de co-évolution créatrice
En faisant entrer l’entreprise dans l’école, la filière est en tête de pont de l’évolution des besoins en compétences. Le CFA reçoit des offres pour de nouveaux métiers comme déontologue junior dans la banque, ou dans des domaines en pointe comme les emplois verts ou l’entrepreneuriat social. « La grande force de l’ESSEC est de former des généralistes, conclut A. Bernard. Ils possèdent la plasticité nécessaire pour appréhender des problématiques et métiers émergents, dont les entreprises testent la pertinence sur des postes d’apprentis ; avec une incidence aussi, d’un point de vue académique. L’apprentissage place donc l’école et les entreprises dans une approche de co-évolution créatrice. »

A. D-F

Contact : www.essec-apprentissage.fr