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Paolo Coelho

Paolo Coelho

L’oeil critique et la mine circonspecte, je considère froidement l’ouvrage que l‘on m’a mis entre les mains à grand renfort d’adjectifs dithyrambiques : un frêle ouvrage de moins de deux-cents pages, où se chevauchent phrases minimalistes et chapitres concis au possible. Pas de quoi impressionner au premier abord. Moi qui me méfie des best-sellers comme de la peste, j’étouffe un soupir à la lecture de la quatrième de couverture, où l’on y célèbre « un auteur exceptionnel », fort de millions d’exemplaires écoulés à travers le monde. Oh Boy. Dans quelle aventure me suis-je lancée ? J’y découvre tout d’abord une trame assez simple : un berger andalou nommé Santiago part à la recherche d’un trésor faramineux enfoui près des pyramides d’Egypte, sans savoir s’il existe vraiment et sans se douter de l’expérience qu’il s’apprête à vivre. Il sait seulement qu’il doit rencontrer un alchimiste, détenteur des secrets de la fabrication de l’or.
Amatrice invétérée de tournures ampoulées, je me laisse cependant apprivoiser au fil des pages par le style de Coelho, aride et rugueux comme les paysages désertiques qu’il évoque avec brio. Je suis rapidement gagnée par la beauté du message distillé au travers des pages : Santiago se sent mal à l’aise dans l’existence douce mais étriquée du pâtre, et décide de mener à terme sa Légende personnelle, la raison de son existence. Une quête initiatique aussi flamboyante qu’impitoyable, où le désert infécond devient matrice de sagesse, où les tranquilles oasis ne sont pas les endroits les plus pacifiques, et où la détermination peut se briser comme le cristal des coupes que Santiago vend dans une boutique où il s’est installé pendant une étape de son périple.
Au terme de ces deux-cents pages, je relève la tête et reprends mon souffle, déconcertée par la beauté simple et intemporelle du message de l’Alchimiste, dont l’intrigue rudimentaire et les personnages à peine esquissés ne constituent que la gangue. Tandis que la cupidité des compagnons de route de Santiago faillit devant la profondeur philosophique de leur quête, le jeune berger s’aventure sur un autre continent étrange et hostile, apprend un autre langage, et découvre quand il croit tout perdu son âme soeur Fatima, comme une onde rafraichissante après les mirages du désert. Dès lors, quand ma couardise spontanée ou mon ignorance aveugle me conseillerait de rebrousser chemin, le malicieux pâtre andalou m’inspire et m’exhorte à dépasser mes préjugés, à faire de nouvelles rencontres enrichissantes, et à me lancer moi aussi sur le sinueux chemin de ma Légende Personnelle.
Je pourrais conclure en vous disant que ce livre a bercé des millions de lecteurs, de part et d’autre de l’Atlantique. Je pourrais aussi deviser sur son statut d’emblème national. Mais ce serait éclipser son véritable but. L’Alchimiste est plus qu’un simple livre. C’est un petit bijou ciselé de sagesse orientale et d’altruisme, une pierre philosophale, au contact de laquelle nous devenons meilleurs. Et dans cette morosité ambiante, où trouver un sens à sa vie devient chose ardue et où les oeillères sont plus tenaces que jamais, ce n’est pas si fréquent.

 

Le Club littéraire du BdA de Sciences Po