Comme nous l’explique Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, cette activité constitue l’un des enjeux majeurs de la Planète pour le XXIe siècle et la France, qui excelle en ce domaine, entend bien mettre en oeuvre tous les moyens dont elle dispose pour relever le défi de l’agroécologie.

Stéphane Le Foll est ministre de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt

Stéphane Le Foll est ministre de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt

Quels sont les enjeux de l’agriculture écologique que vous voulez développer?
Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère qui nous amène à considérer que nous devons continuer à produire pour nourrir une planète qui comptera bientôt 9 milliards d’humains, tout en préservant notre environnement. La question de la durabilité de l’agriculture pose celle des nouveaux modèles que nous serons capables de mettre en oeuvre. L’agroécologie propose des systèmes de production agricole préservant l’environnement, et permettant de régénérer les sols d’augmenter leur production et celle des filières animales ainsi que la qualité des produits tout en limitant l’apport de produits chimiques ou l’utilisation de carburant. La France peut devenir un modèle, elle en a tous les atouts.

 

Allez-vous mener une politique en faveur des exploitations de petite taille et de taille moyenne qui connaissent souvent des difficultés ?
Le maintien de ‘’petites exploitations’’ n’est pas un objectif en soi, mais la course à la taille est à proscrire. Concrètement, les exploitations d’élevage sont souvent de plus petite taille que les exploitations céréalières. Et c’est elle qu’il faut protéger face à la hausse des cours des céréales, justement, alors que la PAC telle qu’elle est conçue favorise les grandes exploitations. J’ai donc proposé à la Commission européenne une réforme qui permettrait de réorienter des paiements européens vers les exploitations de taille plus modeste, qu’il s’agisse d’élevage ou d’autres productions. C’est un enjeu à la fois en termes d’emploi direct mais aussi indirect puisqu’en amont de l’élevage, la filière viande est beaucoup plus intensive que ne l’est l’amont de la céréaliculture.

 

Quels sont les projets phares que vous souhaitez mener à terme au cours de votre ministériat ?
Faire de la France le leader de l’agroécologie, c’est-àdire de ces pratiques diverses qui offrent en les combinant un haut niveau de performance environnementale et un haut niveau de performance économique. 2013 sera réforme de la PAC. D’une part, je dois tordre le cou à l’idée absurde selon laquelle la PAC serait archaïque et égoïste du point de vue de la France. Jusqu’à preuve du contraire, nous nous nourrissons tous les jours et l’activité agricole et agroalimentaire est et sera toujours actuelle, surtout dans le contexte démographique comme je le disais. D’autre part, le consommateur ne peut pas assumer seul la protection de l’environnement et le financement de la souveraineté alimentaire. Ce sont des biens publics dont le paiement doit être collectif. Sans quoi, le prix des aliments deviendrait tel que de plus en plus de ménages pauvres en seraient privés, phénomène déjà trop important aujourd’hui. La PAC est donc une politique publique tout à fait moderne et légitime. Elle doit cependant évoluer, c’est certain et c’est ce que nous ferons. Enfin, le développement de l’agroalimentaire et de la forêt, qui forment avec l’agriculture le premier employeur de France, doit aussi être soutenu, notamment via la Banque Publique d’Investissement. Tout cela sera en l’agroalimentaire et la forêt au deuxième semestre 2013.

 

Comment inciter les étudiants des grandes écoles à intégrer cette filière d’avenir ?
Je leur dirais que les enjeux auxquels nous serons confrontés dans les années à venir, sont considérables. Être en capacité de nourrir l’humanité est un défi planétaire. La qualité de nos productions sur le plan nutritionnel et sanitaire, la préservation d’une ressourcenaturelle comme l’eau ou le développement équilibré des territoires, sont autant de défis que nous devrons relever. Pour y parvenir, nous devons mobiliser toutes les énergies, chercheurs, ingénieurs, dans les sciences de la terre et du vivant, mais aussi professionnels du marketing, de la logistique, etc. Chacun peut y trouver sa place. L’enseignement agricole offre un éventail de formations débouchant sur des emplois porteurs avec un taux d’accès à l’emploi durable plus élevés que bien d’autres domaines. C’est un secteur ouvert et enpleine expansion qui ne cantonne pas les étudiants à une activité ou à un métier. J’ajoute que les femmes sont de plus en plus nombreuses dans les formations de haut niveau. Elles sont même majoritaires.

 

LE MESSAGE DU MINISTRE AUX ÉLÈVES DES GRANDES ÉCOLES ET UNIVERSITÉS
Les jeunes qui font le choix de rejoindre l’enseignement agricole étudient dans des établissements de haut niveau au sein de cursus qualifiants aux débouchés nombreux. Ce qui mérite d’être souligné. Parce que les métiers auxquels ils sont formés sont en prise directe avec les dernières avancées scientifiques ou l’ouverture à l’international. Il n’y a pas de parcours type, de voie privilégiée. L’enseignement supérieur agricole s’adapte avec souplesse à chacun, quel que soit l’historique de son parcours. Cette spécificité intéressante donne du dynamisme à l’enseignement agricole, en fait même un modèle pour une société moderne. Tout est fait pour favoriser les passerelles entre l’enseignement technique et l’enseignement supérieur. C’est le cas de l’apprentissage, de l’accent mis en priorité sur les projets, sur une pédagogie à la carte. Les formations s’appuient sur la recherche au sein même des écoles mais également en lien étroit avec les grands organismes comme l’INRA. On compte par exemple environ une vingtaine d’établissements d’Enseignement Supérieur Agricole, dont 12 établissements nationaux publics, qui accueillent près de 17 000 étudiants avec un taux remarquable de boursiers pour des grandes écoles de 31 % ainsi qu’un excellent taux d’insertion professionnelle. Qui dit mieux ? A travers ces exemples j’essaie aussi de vous montrer que cette diversité est un signe fort d’ouverture sociale. Enfin n’oublions pas la dimension transversale, voire universelle des métiers liés à l’agriculture. Ils sont précisément au coeur de tous nos enjeux de société. Non qu’il s’agisse d’une mode passagère, mais parce qu’ils répondent à des besoins, très quotidiens, très actuels en même temps qu’éternels : comment produire mieux et davantage tout en préservant notre environnement pour nourrir la planète ? Qui pourrait encore éluder cette question ?

 

Patrick Simon